Allocution prononée par : Sherry Noble
Première vice-présidente, Solutions technologiques et d'affaires
Ottawa - 2 février 2010
LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI
Mesdames et Messieurs.
Bonjour et bienvenue. Permettez-moi d’abord de remercier les MEC de m’avoir invitée à exprimer quelques points de vue d’EDC sur l’orientation du financement du commerce international.
On dit souvent que sans financement, 90 % du commerce international ne se ferait pas. C’est donc un sujet qui mérite qu’on s’y attarde.
Lors du Forum économique mondial qui s’est tenu à Davos, la semaine dernière, on a beaucoup parlé de l’amélioration des systèmes financiers et de la refonte de la réglementation bancaire. Le Canada, frappé lui aussi par la récession, est ressorti malgré tout comme un modèle de stabilité et de solidité financières. D’ailleurs, en 2009, pour la deuxième année consécutive, le Forum a nommé le Canada le pays ayant le système financier le plus sain du monde.
Une partie de cet honneur revient à la grande accessibilité – et solide santé financière – d’EDC, l’organisation dont je fais partie, et de la Banque de développement du Canada – la BDC –, une autre société d’État. Nos deux organismes ont travaillé en collaboration pour atténuer les effets de la crise du crédit sur des milliers de fabricants et d’exportateurs canadiens. Grâce à ces deux institutions, le Canada a pu gérer la crise sans avoir à créer d’organisation spéciale ou à mettre en place de processus complexe.
Le gouvernement s’est tourné vers EDC, notamment pour accroître la capacité de prêt et d’assurance crédit du Canada, car même les banques canadiennes, pourtant relativement stables, limitaient ces services en raison des coûts et des risques exceptionnellement élevés.
EDC est donc devenue une bouée de sauvetage pour bon nombre d’entreprises canadiennes qui avaient grandement besoin de ce type de services. Notre organisme a travaillé de concert avec la BDC et les banques commerciales afin d’accroître les sommes disponibles pour le crédit et d’en faciliter l’accès aux entreprises canadiennes de toutes les tailles et de tous les secteurs.
Avant de voir ce qui constitue la « nouvelle normalité » en financement, du point de vue d’EDC du moins, j’aimerais vous dresser un portrait de l’année mouvementée que nous venons de vivre. Nos résultats financiers de 2009 sont certainement dignes d’intérêt en eux-mêmes, mais ce qui est encore plus intéressant, c’est qu’ils permettent de dégager de nouvelles tendances, tendances qui pourraient transformer le financement du commerce extérieur tel qu’on le connaît.
Résultats de 2009
Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas très bien EDC, nous aidons les entreprises canadiennes à développer leurs activités sur les marchés internationaux depuis maintenant 65 ans. Comment? En fournissant des prêts et des services d’assurance grâce auxquels les entreprises peuvent accroître leur fonds de roulement, se protéger contre les défauts de paiement et obtenir des cautionnements de contrat ou d’exécution, pour ne donner que ces exemples.
Compte tenu de nos activités, nous avons, à EDC, un point de vue privilégié sur la situation des marchés mondiaux :
- Nous arrangeons des prêts en partenariat avec des banques canadiennes et internationales, dont beaucoup sont représentées aussi.
- Nous travaillons de concert avec certaines des plus grandes multinationales du monde – des clients d’entreprises canadiennes.
- Nous appuyons les exportations et les investissements de milliers d’entreprises canadiennes sur plus de 180 marchés.
Pendant la récession, le gouvernement a élargi nos pouvoirs afin que nos services profitent aussi au marché intérieur. Il a également injecté des fonds pour nous aider à remplir notre mandat de base, qui consiste à favoriser le commerce et l’investissement canadiens à l’étranger.
Un programme gouvernemental, le Programme de crédit aux entreprises, a réuni EDC, la BDC, des banques commerciales et des compagnies d’assurance en vue d’accroître le crédit disponible pour les entreprises de toutes tailles.
- Nous avons surtout accordé des prêts complémentaires, de l’assurance crédit et des garanties à des entreprises de taille moyenne et à de grandes sociétés actives sur le marché intérieur, et nous avons fait la même chose pour nos clients exportateurs de toutes tailles.
- Les entreprises plus petites ont été soutenues par la BDC, comme l’expliquera peut-être mon confrère de la BDC;
- Au total, en 2009, EDC a accru la capacité de financement et d’assurance du marché intérieur de près de 3 milliards de dollars, ce qui lui a permis d’aider plus de 200 entreprises.
L’année 2009 a été une année record pour EDC : nous avons accueilli plus de 2 100 nouveaux clients, dont la majorité a fait appel à nous pour notre programme d’assurance crédit. Au total, nous avons servi près de 8 500 clients, ce qui constitue un autre record dans l’histoire d’EDC.
- Ces chiffres prouvent clairement l’importance de l’assurance crédit et des garanties pour soutenir l’activité commerciale, stimuler le commerce extérieur ou simplement aider les entreprises à traverser une période difficile.
- Les banques aussi ont eu besoin de nous plus que jamais. Nous avons conclu près de 5 000 transactions en partenariat avec des institutions financières du pays; ça aussi, c’est un record.
- Ces partenariats viennent renforcer I’approche de partage de risque que nous favorisons pour appuyer l’activité canadienne sur les marchés mondiaux.
Par exemple, dans les marchés plus à risque où les institutions financières sont moins bien établies, le financement privé a une action limitée.
Dans bien des cas, EDC peut combler le fossé entre ce que le financement privé peut fournir et ce dont l’exportateur ou l’investisseur canadien a besoin pour conclure le contrat.
Si nous pouvons jouer ce rôle, c’est parce que notre modèle de risque et notre mandat diffèrent de ceux du secteur privé.
Oui, nous aussi, nous devons recouvrer nos coûts et maintenir notre capacité de croissance, mais nous ne sommes pas poussés par un actionnaire qui s’attend à des profits tous les quatre mois.
Toutefois, comme dans la plupart des entreprises, notre volume d’activités a diminué l’an dernier; de 86 milliards de dollars en 2008 – un record – nous sommes passés à 83 milliards de dollars.
La bonne nouvelle, c’est que la baisse est faible; moins de 4 pour cent.
Par comparaison, la baisse a été beaucoup plus marquée pour les activités canadiennes sur les marchés mondiaux : les exportations ont chuté de presque 25 pour cent!
Bien que les volumes d’EDC aient connu une baisse dans l’ensemble, il y a eu des exceptions notables du côté de l’assurance contrat, des cautionnements d’exécution et de l’assurance risques politiques.
Comme je l’ai déjà mentionné, ce sont là de bons outils pour libérer le fonds de roulement d’une entreprise et s’assurer qu’elle ne perd pas des sommes exorbitantes dans des opérations coûteuses investies dans des temps incertains.
De plus, nos transactions pour faciliter l’investissement direct canadien à l'étranger ont augmenté l’an dernier.
Et un plus grand nombre de clients ont utilisé plusieurs de nos produits, ce qui signifie que les exportateurs font un usage plus recherché des outils de financement. Et cette tendance s’applique aussi aux PME.
Bref, les entreprises qui ont utilisé nos divers services de crédit ont pu continuer à exporter et à investir, même si elles ont limité ces activités en raison de la récession. Imaginez ce qu’elles pourraient faire dans de bonnes conditions!
Tendances et perspectives
Quelles tendances pouvons-nous dégager de ces résultats et de ce que nous avons entendu ici sur le commerce international? Il y en a trois dont j’aimerais parler, en précisant les conséquences de chacune sur le financement.
Premièrement, la reprise est encore chancelante; on s’attend à ce que les risques demeurent élevés dans tous les marchés.
Vu l’ampleur de l’intervention gouvernementale et la volatilité persistante, le secteur privé a une capacité de prêt et une tolérance au risque plus faibles que dans les années grasses.
On prévoit que les gouvernements partout dans le monde éviteront de mettre fin à leurs plans de relance trop tôt et adopteront une réglementation pour prévenir une autre crise.
Les banques canadiennes sont en meilleure position que la plupart des institutions financières du monde, mais elles aussi seraient touchées par un resserrement mondial de la réglementation et de la surveillance financières.
Par exemple, une nouvelle réglementation pourrait vouloir dire des coûts supplémentaires pour toutes les banques, qui devront peut-être perfectionner leurs technologies, accroître leur personnel ou rehausser leurs politiques de constitution de provisions pour répondre aux nouvelles normes internationales.
À EDC, nous continuons de recevoir des demandes de prêt et d’assurance crédit pour le marché intérieur, mais leur nombre diminue à mesure que les banques reprennent de la vigueur.
Nous croyons que nous serons appelés à recentrer notre attention sur notre mandat principal, c’est-à-dire aider les entreprises d’ici à se développer sur les marchés internationaux en leur fournissant des outils de financement et d’assurance crédit.
Deuxièmement, les spécialistes s’entendent pour dire que la prochaine décennie sera celle des économies émergentes.
Les exportations canadiennes ont chuté pour tous les marchés en 2009, mais ce qu’on observe surtout depuis 2000, c’est qu’il y a une tendance constante vers la diversification des marchés. Que ce soit par choix ou par obligation, les entreprises ne mettent plus tous leurs œufs dans le panier américain.
Par exemple, en 2000, le Canada a exporté 83 pour cent de ses produits et services aux États-Unis; en 2009, ce pourcentage est descendu à 71 pour cent.
Nous avons observé le même type de tendance dans nos volumes d’activités pré-récession; de 2007 à 2008, nos activités sur les marchés émergents ont fait un bond de 30 pour cent.
Le retour au courant de mondialisation entraîne de nombreuses conséquences sur le financement :
Par exemple, les institutions financières seront de plus en plus appelées à proposer des solutions pour des transactions outre frontière complexes.
Les institutions présentes dans plusieurs pays, ou qui ont un partenaire dont c’est le cas, seront souvent mieux placées pour développer ces solutions.
EDC a déjà 14 représentants sur des marchés à forte croissance, marchés qui prendront encore plus d’expansion cette année.
En ayant des représentants à l’étranger, nous pouvons plus rapidement comprendre les besoins des deux parties et réunir des ressources publiques et privées pour réaliser la transaction.
Malgré la récession, nous avons facilité un plus grand nombre de transactions qui ont permis aux entreprises canadiennes d’investir dans des projets, des opérations, et des coentreprises à l’étranger.
Nous avons fourni de l’assurance risques politiques, de l’assurance contrat et des garanties de cautionnement pour des projets d’envergure, sans parler du financement de projets comme tel. Ces tendances se poursuivront avec la montée de la mondialisation.
Enfin, dans le secteur financier, les partenariats public-privé sont là pour rester.
Si les banques deviennent plus conservatrices, cela créera un fossé que les organismes de crédit à l’exportation et les institutions financières multilatérales devront combler.
À l’heure actuelle, relativement peu d’organismes de crédit à l’exportation ont la même souplesse qu’EDC pour établir des partenariats avec des institutions financières privées.
Certains de ces organismes sont des prêteurs de dernier recours. D’autres ne peuvent fournir que des garanties; ils n’ont pas le pouvoir d’accorder de financement directement.
Il y a toutefois des organismes en Europe et dans divers marchés émergents qui adoptent des modèles de gestion similaires au nôtre.
Cette tendance peut contribuer à faire avancer – de manière responsable – d’importants projets d’investissement partout dans le monde.
Compte tenu du fait que les marchés émergents continueront d’investir dans des infrastructures vitales, les occasions seront nombreuses pour les partenariats public-privé.
Les entreprises canadiennes, grandes et petites, pourraient en profiter, soit de façon directe, soit en s’associant à des entreprises internationales. Elles pourraient utiliser les outils financiers et les connexions qu’EDC et le système bancaire canadien mettent conjointement à leur disposition.
Conclusion
En résumé, on prévoit que les institutions financières privées demeureront plus prudentes au cours des prochaines années, que ce soit par choix ou pour respecter les nouvelles exigences gouvernementales. Par conséquent, au sortir de cette récession, on fera appel au secteur public plus que jamais pour fournir du financement, des garanties de cautionnement et d’autres solutions de crédit nécessaires au commerce international.
C’est cela, la « nouvelle normalité », et les entreprises qui comprennent bien le financement et les autres options de crédit à leur disposition jouiront d’un avantage concurrentiel dans la nouvelle économie mondiale.
Les institutions financières privées devraient rester plus conservatrices au cours des prochaines années. La demande de financement et d’autres solutions de crédit du secteur public sera donc plus grande que jamais.
C’est la nouvelle « normalité », et les entreprises qui comprendront pleinement le financement et les autres options de crédit à leur disposition auront un avantage concurrentiel.
Merci de votre attention.