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Exportations canadiennes : où est l’impulsion?

Weekly Commentary

​Le 11 février 2016


 

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Malgré la turbulence, nous avons eu droit à un moment de félicité. En effet, en dépit de l’instabilité qui a plané en 2015, les exportations canadiennes de marchandises ont fini l’année avec un bond mensuel de 3,9 %, qui a permis de réduire de près de deux tiers notre déficit commercial. Cette excellente performance – survenue sur fond de crainte généralisée que les statistiques commerciales du Canada continuent de décevoir – s’est poursuivie en faisant fi du tumulte sur les marchés financiers au début de la nouvelle année. S’agit-il d’une statistique parmi d’autres soumise à la volatilité et qui sera effacée par un mois à la baisse, ou a-t-on des raisons de croire que les perspectives s’améliorent?

Cette performance pourrait ne durer qu’un mois, mais la croissance en décembre a retenu l’attention sur plusieurs fronts. Tout d’abord, on note un mouvement à la hausse dans 10 des 11 principales catégories d’industries mesurées, et seul le secteur des minéraux de base s’est contracté. Quant aux autres secteurs, cinq ont réalisé des résultats exceptionnels pour ce mois, avec en tête de liste l’aéronautique (+26 %). Le secteur des produits minéraux a lui aussi fait belle figure, suivi par les biens de consommation, le secteur automobile et la machinerie industrielle.

La croissance généralisée des exportations en décembre a conclu une année pour le moins mouvementée. Fortement pénalisé par la glissade des cours, le secteur énergétique a vu fondre le tiers de ses exportations totales en 2015. Les minéraux de base ont été sauvés par les exportations de minéraux non métalliques et la hausse des volumes de cuivre et de nickel. Par contre, les sous-catégories ont pâti. Dans l’ensemble, le secteur a stagné. Mais, rassurerons-nous, les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. Durant l’année, les exportations de biens de consommation se sont raffermies (+18,5 %), suivies de près par les expéditions automobiles et de pièces automobiles (+16,8 %). La filière aéronautique, pour sa part, s’est adjugé des gains de 15 %, tandis que la croissance des exportations de machinerie et d’équipement s’est résolument campée dans les deux chiffres.

Les sceptiques pourraient balayer ces bons chiffres du revers de la main en les attribuant surtout aux gains induits par le plongeon du dollar canadien. La performance des exportations (corrigée en fonction des prix) est certes moins spectaculaire, mais elle demeure toujours très impressionnante avec une progression dans de nombreux secteurs : les biens de consommation (près de 7 %); la machinerie industrielle (+6 %); les produits forestiers (+5,7 %), et ce, malgré la baisse des expéditions de pâtes et de papiers; les minéraux de base (+6,6 %). Et pour beaucoup d’analystes, la plus grande surprise a été la performance des exportations énergétiques (+6,8 %, corrigée en fonction des prix). Dans ces catégories, le dynamisme dépasse de loin la croissance du PIB. Dans bien des cas, cela signifie que la production augmente et que la capacité se resserre. En ajoutant à ce tableau un huard volant à basse altitude, il est très possible que le Canada assiste bientôt à une poussée correspondante de l’investissement dans les usines et les équipements.

C’était l’an dernier. Que nous réserve l’avenir? Voilà où l’impulsion sera d’une importance fondamentale. La faiblesse de l’activité persistera en 2016 dans l’énergie. Toutefois, en termes réels, c’est le calme plat. Le profil du secteur des produits chimiques et des plastiques est encore plus lamentable en 2015 avec un déclin de 2,5 % par rapport à la moyenne annuelle. Plus surprenante est l’atonie des exportations d’appareils électriques et électroniques (-1,6 %) à la fin de l’année. Pourtant, c’est dans le secteur des minéraux de base que le repli a été le plus marqué : en décembre, la croissance a chuté de 7,8 % par rapport à la moyenne annuelle – et relancer ce secteur en 2016 ne sera pas chose facile.

Y a-t-il de bonnes nouvelles? Oui, absolument. Le secteur automobile suit une très forte tendance à la hausse : sa croissance actuelle est de 8,4 %, soit supérieure à la moyenne mensuelle des exportations pour 2015. Même élan du côté des biens de consommation, surtout des produits pharmaceutiques (+7 %); de la machinerie industrielle (+4,6 %); et des produits forestiers (+3,9 %). Dans chacune de ces catégories, on note une inflexion positive et soutenue à l’approche de la fin de l’année. La belle tenue du secteur des produits minéraux est encourageante, quoique surtout attribuable à l’embellie de décembre. Il faudra voir si cette impulsion persistera.

Cette analyse révèle que sur plusieurs fronts – surtout dans les secteurs offrant une valeur ajoutée supérieure et étant exposé aux fluctuations de notre monnaie –, les exportations canadiennes profitent de perspectives éblouissantes pour 2016. Il est vrai que la turbulence sur les marchés financiers a miné la confiance au début de l’année. Or, d’après l’activité réelle – et la solidité aux États-Unis des fondamentaux dans les domaines de la consommation, du logement et de l’investissement commercial, qui constituent les ressorts de cette activité –, l’avenir immédiat s’annonce prometteur pour les exportateurs, d’autant que les entreprises disposent des liquidités pour alimenter une vague d’investissement dans la sphère commerciale.

Conclusion?

Les pessimistes n’ont qu’à bien se tenir : l’impulsion est réelle, et les chiffres des exportations canadiennes (corrigés des prix) pour les principales industries suivent une tendance très affirmée. Si les cours remontent, même le secteur des ressources pourrait renouer avec la croissance en 2016. Les exportateurs commencent l’année en beauté.

Le présent propos est uniquement présenté à titre d’information. Il ne se veut pas une déclaration générale ou détaillée sur un sujet particulier et aucune déclaration ni confirmation, expresse ou implicite, n’est faite à l’égard de son exactitude, de son opportunité ou de son intégralité. Ce propos ne vise pas à fournir de conseils de nature financière, juridique, comptable ou fiscale et ne devrait pas servir à cette fin. EDC et l’auteur se dégagent de toute responsabilité à l’égard des pertes ou des dommages attribuables à l’utilisation des renseignements qui y sont énoncés ou encore à leur inexactitude ou aux erreurs ou aux omissions qu’ils peuvent contenir.

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 Biographies

 

Peter G. HallPeter G. Hall
Vice-président and économiste en chef

Arrivé à Exportation et développement Canada (EDC) en novembre 2004, M. Hall compte plus de 25 années d'expérience de l'analyse et des prévisions économiques. Il est chargé de superviser les analyses économiques, les évaluations des risques-pays de même que les activités des groupes de recherche de la Société. M. Hall formule également des conseils stratégiques aux cadres supérieurs d'EDC. Il agit comme conférencier, participe à des tables rondes internationales de même que des forums sur les politiques et commente régulièrement l'évolution de l'économie mondiale et les enjeux propres au commerce extérieur du Canada à la télévision, à la radio et dans la presse écrite. En outre, il signe le très populaire Propos de la semaine, accessible en format imprimé et vidéo, où il traite de diverses questions économiques marquant l'actualité internationale.

Avant d'entrer à EDC, M. Hall a dirigé le Service des prévisions économiques du Conference Board du Canada. Il a occupé la présidence de la Canadien Association for Business Economics, regroupement national de 600 économistes, et de sa plus importante antenne régionale, l'Ottawa Economics Association. M. Hall est par ailleurs membre bénévole du conseil et du comité de deux écoles privées à Ottawa. Il est diplômé en économie de l'Université Carleton et de l'Université de Toronto.

Stuart BergmanStuart Bergman
Économiste en chef adjoint et directeur de groupe Centre d'information économique et politique

Stuart Bergman est économiste en chef adjoint et directeur de groupe, Centre d'information économique et politique, à Exportation et développement Canada (EDC) depuis mars 2011. Il occupait auparavant le poste de directeur de groupe, Analyse et prévisions économiques. Dans le cadre de ses fonctions, M. Bergman assure le leadership et la direction d'un groupe varié et hautement spécialisé d'économistes, d'analystes des risques politiques et de professionnels de la veille. Il conseille aussi les équipes sectorielles et les cadres supérieurs d'EDC sur l'atténuation des risques transactionnels et de portefeuille, ainsi que sur la planification générale et les activités de développement des affaires. Il représente par ailleurs EDC à des forums économiques nationaux et internationaux. Il est souvent appelé à accorder des entrevues aux médias et à agir comme conférencier au Canada et ailleurs dans le monde.

M. Bergman a fait des études supérieures en économie et relations internationales à la School of Advanced International Studies de l'Université Johns Hopkins, aux États-Unis.

 

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