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L’Inde est-elle à un tournant?

Propos de la semaine

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2011-12-1

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00:06:31

Speakers

Peter G. Hall

Description

Peter G. Hall, v.-p. et économiste en chef d'EDC, se demande si l’Inde saura relever les défis qui pourraient l’empêcher de réaliser son potentiel.

L’Inde est-elle à un tournant? - Le 1er décembre 2011

Il n’est pas exagéré de dire que l’Inde présente le potentiel économique le plus important et durable de la planète – et qu’elle doit surmonter de formidables obstacles pour arriver à cette croissance. Ses infrastructures matérielles sont célèbres, pour toutes les mauvaises raisons qu’on imagine, mais son billion de dollars de dépenses promet d’y remédier. Il ne faudrait pas oublier les problèmes politiques légendaires du pays, que tout l’argent du monde ne suffirait pas à régler. Alors, cet immense marché est-il plus prometteur que risqué?

Prenons le potentiel de croissance. Si l’on en croit les facteurs économiques fondamentaux, l’Inde connaîtra au cours de la prochaine décennie une croissance soutenue de 8 % par année. La volonté de consacrer beaucoup de capitaux aux infrastructures aidera, mais la dynamique économique actuelle et des données démographiques favorables renforcent sensiblement ces perspectives. En effet, l’essor économique des 20 dernières années a permis de constituer une classe moyenne de 274 millions d’Indiens. Et les projections sont encore plus impressionnantes : la Banque asiatique de développement prévoit qu’au cours des dix prochaines années ce chiffre fera plus que doubler pour passer à 600 millions. Aucune autre économie n’affiche pareilles statistiques. Cependant, il y a tellement en jeu que l’on peut se demander si l’Inde saura relever les défis qui pourraient l’empêcher de réaliser son potentiel.

Cette année, les progrès ont été difficiles sur le front politique et celui des infrastructures. Il est vrai que l’Inde a été le théâtre d’une série ininterrompue de scandales de corruption, les plus éclatants étant ceux des ventes de licences de téléphonie 2G, des contrats pour les Jeux du Commonwealth, de l’« achat de votes » ainsi que du « pillage » des mines du Karnataka. Ces scandales ont terni la réputation du gouvernement et, sous l’effet des protestations soutenues de l’opposition, il est même arrivé qu’ils paralysent le fonctionnement quotidien de l’appareil gouvernemental et le processus parlementaire. Résultat, on a reporté l’approbation de mégaprojets et de réformes essentielles, notamment des réformes foncières et fiscales.

Mais au-delà des cris d’indignation de l’opposition, il semble que l’Inde ait atteint un tournant quant à sa tolérance à l’égard de la corruption. C’est ce qu’illustre la grève de la faim de l’activiste Anna Hazare pour réclamer des lois plus strictes contre la corruption, une action qui a fait la une des journaux du monde entier. Étant donné la liberté de ton de la presse indienne, la couverture ne s’arrêtera probablement pas là. Les changements seront-ils au rendez-vous? Il faut des décennies pour venir à bout d’une corruption tenace. En Inde, ce délai sera plus long en raison de la lourdeur du processus d’établissement des politiques. Pourtant, on aurait tort de sous-estimer le pouvoir et l’exaspération croissante d’une population qui aspire à beaucoup mieux. Des signes évidents de sa soif de changement devraient garantir la poursuite des réformes politiques.

Les entreprises canadiennes souhaitant profiter des débouchés sur ce marché prometteur doivent composer avec des risques particuliers, de nature économique, politique et opérationnelle. Malgré tout, celles qui sont déjà présentes en Inde estiment que les risques sont gérables si les produits et les modèles d’affaires sont adaptés aux réalités indiennes.

Les exportateurs canadiens voulant s’implanter sur ce marché devraient savoir qu’EDC a défini pour l’Inde une stratégie détaillée destinée à mieux leur faire connaître ce pays, et à leur expliquer comment y saisir les principales occasions d’affaires et comment y atténuer risques. Cette stratégie cible les secteurs où les capacités canadiennes correspondent le mieux aux possibilités de croissance, comme les secteurs de l’automobile, des industries extractives, des télécommunications et, tout particulièrement, des infrastructures. Parallèlement, des négociations entre les gouvernements canadien et indien en vue d’un accord de libre-échange sont en cours et elles devraient se conclure en 2013, ce qui facilitera encore plus les échanges commerciaux bilatéraux.

Conclusion? Les aspirations de la population indienne représentent le plus grand espoir que ce pays connaisse bientôt de grands changements qui lui permettront de réaliser son potentiel – et il vaut mieux se préparer dès maintenant à jouer un rôle dans une évolution qui ne manquera pas d’être spectaculaire.