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Opposition des indicateurs précurseurs

Weekly Commentary

​Le 21 janvier 2016


 

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L’année 2016 vient à peine de commencer, mais janvier s’achève, et nous avons tous traversé le passage obligé du Nouvel An : prévisions et calculs de risques. Dans l’ensemble, nous amorçons la nouvelle année assez prudemment. Et pour cause : depuis plusieurs années, nos attentes élevées sont d’emblée réduites à néant par une interruption politique, météorologique ou autrement imprévisible. Alors, doit-on se préparer à un tel événement au premier trimestre, ou bien les indicateurs structuraux – qui semblent à la hausse – auront-ils le dernier mot? Déroutés par la persistance irritante de ce que les économistes appellent des événements « exogènes » (c’est-à-dire hors du système, imprévisibles), les gens d’affaires me demandent s’il est possible d’ajuster les modèles pour tenir compte de ces événements inattendus, mais récurrents. La réponse? C’est possible, mais si une nouvelle tendance saisonnière se dessine – en raison du réchauffement climatique ou pour toute autre raison –, l’ajustement saisonnier finira par en venir à bout. Voilà pour l’ajustement technique. Maintenant, qu’en est-il du monde réel? Que laissent présager les données?

À cette période de l’année, les indicateurs précurseurs nous donnent un bon coup de main. Le problème, c’est que certains des points de donnée prévisionnels les plus fiables ont perdu le nord. Prenons le cuivre, par exemple – on pourrait lui décerner un doctorat en économie pour sa capacité historiquement reconnue à prévoir les mouvements économiques. À la fin de 2015, son rendement annuel avait chuté de près de 30 %. La dernière fois qu’il s’était égaré ainsi remontait à 2008 et, avant cela, à 2001. Peu encourageant.

Le rendement du marché des actions est lui aussi inquiétant. La chute de 5 % de l’indice S&P 500 en septembre dernier a été surpassée, ce qui a ébranlé les perceptions du rendement à court terme. Malgré la reprise, les niveaux sont toujours bien inférieurs. Jusqu’à maintenant, la prudence que manifestent les experts dans leurs déclarations de début d’année semble justifiée.

Cela dit, il reste à examiner d’autres signaux importants. Aux États-Unis, la moyenne hebdomadaire des premières demandes d’assurance-emploi tend à diminuer, un signe évident de croissance durable. De plus, elle est inférieure à celle constatée lors des deux derniers creux, soit au début des années 2000 et de 2005 à 2007, deux périodes marquées par un taux de chômage extrêmement faible. Les permis de construire, un autre bon indicateur américain, poursuivent leur solide remontée. Les nouvelles commandes de biens de consommation et de matériaux affichent maintenant une croissance accélérée, ce qui témoigne d’une forte demande chez les consommateurs américains. Les commandes de biens d’équipement, qui ont déçu après une forte augmentation en 2014, semblent de nouveau en hausse.

Certaines voix invitent à la prudence, soulignant que d’autres éléments de l’indice américain ne sont pas aussi positifs. C’est vrai – l’indice de crédit a récemment affiché un recul, les attentes des consommateurs ne coïncident pas et la courbe de rendement s’est en quelque sorte aplatie. Nous pouvons cependant faire une distinction entre les indicateurs : il semble y avoir une différence importante entre les signaux financiers et ceux liés au regain des activités intérieures réelles. Un paradoxe? En temps normal, oui. Mais compte tenu du resserrement historique de la politique monétaire par la Fed, la réabsorption des liquidités excessives nuit aux indices boursiers, aux produits de base et, par extension, aux devises et à la disponibilité du crédit. Tous ces éléments seraient normalement favorisés dans un cycle de croissance, mais pas cette fois-ci, vu les mesures stratégiques extraordinaires auxquelles on assiste depuis des années. Avec tout cela, comment donc justifier l’optimisme face au court terme?

Si l’on rassemble les dix éléments de l’indicateur composite avancé, le résultat global est une impressionnante augmentation, qui a propulsé l’indice à un seul point de son sommet précédent, en mars 2006. Pour l’économie américaine, du moins, cet indicateur essentiel soutient bien la thèse prospective d’un rendement supérieur aux prévisions de début d’année, ce qui aurait pour effet de tous nous rassurer et, donc, de favoriser la croissance.

Conclusion?

Les perspectives des États-Unis sont toujours embrouillées par un désaccord dans l’interprétation de ses indicateurs prospectifs. Si l’on divise ces indicateurs par segments, force est de constater que ceux qui ne sont pas faussés par les changements de politique s’avèrent particulièrement positifs. Nous croyons que cette fois-ci, ils pèseront plus dans la balance.

Le présent propos est uniquement présenté à titre d’information. Il ne se veut pas une déclaration générale ou détaillée sur un sujet particulier et aucune déclaration ni confirmation, expresse ou implicite, n’est faite à l’égard de son exactitude, de son opportunité ou de son intégralité. Ce propos ne vise pas à fournir de conseils de nature financière, juridique, comptable ou fiscale et ne devrait pas servir à cette fin. EDC et l’auteur se dégagent de toute responsabilité à l’égard des pertes ou des dommages attribuables à l’utilisation des renseignements qui y sont énoncés ou encore à leur inexactitude ou aux erreurs ou aux omissions qu’ils peuvent contenir.

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 Biographies

 

Peter G. HallPeter G. Hall
Vice-président and économiste en chef

Arrivé à Exportation et développement Canada (EDC) en novembre 2004, M. Hall compte plus de 25 années d'expérience de l'analyse et des prévisions économiques. Il est chargé de superviser les analyses économiques, les évaluations des risques-pays de même que les activités des groupes de recherche de la Société. M. Hall formule également des conseils stratégiques aux cadres supérieurs d'EDC. Il agit comme conférencier, participe à des tables rondes internationales de même que des forums sur les politiques et commente régulièrement l'évolution de l'économie mondiale et les enjeux propres au commerce extérieur du Canada à la télévision, à la radio et dans la presse écrite. En outre, il signe le très populaire Propos de la semaine, accessible en format imprimé et vidéo, où il traite de diverses questions économiques marquant l'actualité internationale.

Avant d'entrer à EDC, M. Hall a dirigé le Service des prévisions économiques du Conference Board du Canada. Il a occupé la présidence de la Canadien Association for Business Economics, regroupement national de 600 économistes, et de sa plus importante antenne régionale, l'Ottawa Economics Association. M. Hall est par ailleurs membre bénévole du conseil et du comité de deux écoles privées à Ottawa. Il est diplômé en économie de l'Université Carleton et de l'Université de Toronto.

Stuart BergmanStuart Bergman
Économiste en chef adjoint et directeur de groupe Centre d'information économique et politique

Stuart Bergman est économiste en chef adjoint et directeur de groupe, Centre d'information économique et politique, à Exportation et développement Canada (EDC) depuis mars 2011. Il occupait auparavant le poste de directeur de groupe, Analyse et prévisions économiques. Dans le cadre de ses fonctions, M. Bergman assure le leadership et la direction d'un groupe varié et hautement spécialisé d'économistes, d'analystes des risques politiques et de professionnels de la veille. Il conseille aussi les équipes sectorielles et les cadres supérieurs d'EDC sur l'atténuation des risques transactionnels et de portefeuille, ainsi que sur la planification générale et les activités de développement des affaires. Il représente par ailleurs EDC à des forums économiques nationaux et internationaux. Il est souvent appelé à accorder des entrevues aux médias et à agir comme conférencier au Canada et ailleurs dans le monde.

M. Bergman a fait des études supérieures en économie et relations internationales à la School of Advanced International Studies de l'Université Johns Hopkins, aux États-Unis.

 

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