Ralentissement mondial et effet domino - Le 26 avril 2006

Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement Canada



On peut jouer aux dominos de deux façons – le joueur peut placer, debout, une rangée de dominos et les regarder tomber l’un après l’autre ou, plus stratégiquement, il peut jouer pour gagner. Les deux métaphores peuvent s’appliquer à l’état actuel de l’économie mondiale.

Commençons par le jeu le plus simple. Les dominos du monde sont parfaitement alignés, mais la modération de l’économie est en marche. Nous n’avons pas encore de preuve irréfutable d’un ralentissement mondial, mais cela se produit uniquement s’il n’est provoqué que par un seul catalyseur. Or, le ralentissement auquel nous assistons suit la voie habituelle – les banques centrales cherchent à ralentir l’expansion pour empêcher la surchauffe. C’est ce qui s’est passé d’abord au R. U., puis en Australie, et maintenant aux É. U.

Les prévisions de croissance aux É. U. sont de 2,7 % pour 2007, ce qui marquera la première année depuis 2002 où la moyenne sera inférieure à 3 %. Cet essoufflement de la croissance américaine s’étendra à la manière de dominos qui s’effondrent, en atteignant pays et secteurs les uns à la suite des autres. L’expansion sera moins forte au Canada (2,7 %) et au Mexique (3,2 %). Elle se contractera aussi en Chine, où elle passera à environ 9 %, en Inde (7 %) et en Russie (5 %). En Amérique du Sud, elle glissera à moins de 4 %.

Tous ces chiffres sont encore très bons. D’autre part, le R. U. connaîtra une reprise, la zone Euro restera stable et la modération se fera à peine sentir au Japon et en Afrique. Sur le plan mondial, la croissance restera solide en 2007, à 4,1 %, après avoir enregistré des taux de 4,3 % en 2006 et 4,5 % en 2005. Néanmoins, la qualité de l’expansion changera considérablement. De nouveaux investissements considérables relèveront la capacité d’approvisionnement, des biens de consommation à la machinerie en passant par le cuivre, les pressions concurrentielles se multiplieront, les pressions inflationnistes diminueront, les cours des produits de base baisseront et les marges bénéficiaires se contracteront.

C’est sur les marchés financiers mondiaux que les dominos tomberont en faisant le plus de bruit, à mesure que les investisseurs réduiront leur influence et se retireront des risques. Les écarts obligataires s’agrandiront par rapport aux crédits des entreprises et aux marchés émergents, mais les risques d’inflation diminueront. Les marchés boursiers devront s’attendre à des revenus moindres des entreprises. Les cours des produits de base baisseront. L’USD restera ferme. Le CAD devrait quant à lui passer à 0,83-0,84 USD d’ici la fin de l’année et à 0,80 0,81 USD à la fin de 2007.

Si l’on prend la forme plus stratégique du jeu de dominos, deux tendances importantes entreront en jeu. D’abord la sécurité énergétique. Les cours du pétrole diminueront mais resteront élevés. Ce qui entraînera des mouvements géopolitiques plus complexes : la Russie fera jouer ses muscles en matière énergétique, l’Inde et l’Iran feront un pas de deux sur un air nucléaire et la Chine continuera à ravir les biens riches en ressources des Amériques et de l’Afrique.

La deuxième tendance stratégique est le protectionnisme, qui déferle ces derniers temps, alors même que la conjoncture mondiale est la meilleure depuis le milieu des années 1990. On ne peut que présumer qu’il se renforcera à mesure que le climat économique se détériorera. Les compagnies devront ajuster leurs stratégies mondiales en conséquence.

Conclusion? La croissance des exportations ralentira à 3 % en 2006 et à 1 % en 2007 et, pour certains, la situation deviendra plus difficile en raison des pressions continuelles que provoquent les cours élevés de l’énergie et la force du CAD. Sans doute un retour à la réalité plus qu’une calamité, mais pas vraiment de quoi se réjouir, non plus.


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Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.