Faut-il croire à la faiblesse du billet vert? - Le 17 mai 2006
Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement CanadaL’USD a baissé au cours des derniers mois, ce qui a incité de nombreux observateurs à prédire, une fois de plus, sa fin prochaine. Les analystes canadiens sont particulièrement sensibles à cette question, beaucoup parmi eux pensant que la force du CAD s’explique en grande partie par la faiblesse de l’USD.
Comme dans bien des cas, il peut être utile de remettre les choses en perspective. Il faut bien définir l’USD, parce que beaucoup de monnaies sont souvent exprimées par rapport à lui. Au lieu de se concentrer sur un seul taux de change, par exemple celui de l’euro, de la livre, du yen ou du franc suisse, les économistes préfèrent analyser un indice mesuré par rapport à un panier de monnaies, chaque monnaie étant pondérée d’après son importance dans le commerce des É.-U. Parmi ces indices, le plus utilisé est celui que publie régulièrement la banque d’investissement américaine J.P. Morgan.
Si l’on examine le taux de change pondéré par rapport aux échanges au cours des douze derniers mois, on a certainement l’impression que l’USD a fait une énorme chute depuis le début avril. Or, il n’a en réalité baissé que d’environ 4 %, et si nous retournons au point record de la période, en novembre dernier, le recul total n’a été que légèrement supérieur à 5 %. Nous sommes loin d’un crash, même s’il est bien sûr toujours possible que ce soit le début de quelque chose de plus grande envergure.
Mais revenons encore plus en arrière, au début du cycle économique mondial actuel, en 1994 1995. L’économie se portait très bien, peut-être un peu trop bien, et le resserrement des conditions monétaires a produit un ralentissement qui, parti des É. U., s’est étendu à d’autres pays et a finalement conduit aux différentes crises, en Asie, en Russie et au Brésil, et entraîné une forte décélération mondiale, surtout dans les pays en développement. L’économie mondiale s’est rétablie en 2002 2003 et a atteint sa vitesse de croisière en 2004 avant de retrouver une vitesse normale en 2005 2006.
C’est un cycle complet pour la planète. Au cours de la première moitié de ce cycle (1995 2001), l’USD a gagné environ 30 %, à un moment où l’économie mondiale ralentissait et où les crises se succédaient. Depuis, avec la reprise, il a perdu environ les deux tiers de ce montant. D’après cette analyse, de nouveaux risques de détérioration pourraient apparaître, mais la situation actuelle est pratiquement identique à celle de 1995 – resserrement de la part des banques centrales, ralentissement émergent aux É. U. – et ces conditions vont s’étendre dans le monde jusqu’à la fin de 2006 et en 2007. Comme le monde se porte mieux aujourd’hui qu’en 1997, il n’y aura probablement pas de crise, mais l’USD pourrait néanmoins se raffermir au cours des 12 à 18 prochains mois, en même temps que l’économie deviendra plus modérée.
Remontons encore plus loin dans l’histoire du dollar américain. Depuis 30 ans, il accuse des variations dont la fourchette s’étale sur plus ou moins 25 30 %. Les creux se sont produits en 1978-1980 puis en 1990 1995, et les sommets ont été atteints en 1984 1985 puis en 2001 2002. D’après cette analyse, le billet vert s’approche du milieu de la fourchette de ses fluctuations à long terme – valeur raisonnable, compte tenu de la phase actuelle du cycle économique mondial.
Conclusion? L’USD n’est pas faible. Il est bien placé dans la fourchette de ses fluctuations historiques étant donné la conjoncture mondiale. Qui plus est, les conditions émergentes laissent croire qu’il se renforcera au lieu de s’affaiblir – sans parler du CAD, qui devrait tendre à la baisse.
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