La Corée signale un mouvement de recul - Le 9 août 2006

Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement Canada



On perçoit souvent l’économie sud-coréenne comme un baromètre de la conjoncture mondiale. Les entreprises dont les activités sont sensibles au cycle économique devraient donc prendre au sérieux les signes de ralentissement dans ce pays.


L’économie coréenne n’a progressé que de 0,8 % au 2T2006, soit une baisse par rapport à 1,2 % au 1T2006, taux qui lui-même était inférieur à celui de 1,6 % enregistré au cours des deux trimestres du 2S2005. Comparativement à il y a un an, elle croît à raison de 5,3 %, mais il est clair que le dynamisme a considérablement fléchi. Pour illustrer le phénomène, précisons que, même si elle ne ralentit pas davantage pendant le reste de l’année, la croissance annuelle glissera à tout juste 3,5 % à la fin de 2006.


Ce sont les dépenses des ménages qui tirent le ralentissement, particulièrement évident dans le secteur de la construction, qui est en pleine contraction. Pourquoi? Tout d’abord, les taux d’intérêt ont augmenté d’un point complet de pourcentage depuis octobre dernier, afin de prévenir l’émergence de pressions inflationnistes. L’économie est en bonne santé, le chômage ne dépassant pas 3,5 %, et l’inflation, 2,5 %, mais les autorités craignent que les cours élevés du pétrole ne créent une hausse de l’inflation dans quelque temps.


En fait, la Corée est l’un des plus gros importateurs de pétrole au monde. La facture pétrolière a représenté 6,5 % du PIB du pays en 2005, plus du double du taux enregistré deux ans plus tôt. Au total, elle a augmenté de plus de 20 % en 2005, et sera encore plus élevée en 2006. Ce qui force les consommateurs à dépenser moins sur d’autres biens et services, et c’est là la deuxième raison du ralentissement.


Parallèlement, les exportations coréennes restent solides, en hausse de 19 % en juin par rapport aux niveaux d’il y a un an. Même si ce chiffre crée quelque réconfort car il démontre que l’économie n’est pas en récession, les exportations progressent beaucoup moins vite qu’il y a 12 à 24 mois, lorsque les taux fluctuaient de 30 à 40 %. Vers la Chine, alors qu’elles ont crû à un rythme supérieur à 50 % en 2004 et en 2005, elles ont ralenti à 12 % au 1S2006. En supposant que la Chine réussisse à réduire encore la croissance de son économie – et tout indique que les autorités sont absolument déterminées à y parvenir –, les exportations coréennes diminueront alors encore plus : les ventes à la Chine représentent en effet plus de 20 % des ventes à l’étranger.


La Corée occupe une place unique en son genre, à la fois comme important exportateur vers les É. U. et la Chine, et comme grand importateur de pétrole, ce qui fait qu’elle est heurtée de plein fouet par les forces vives qui agissent au plan mondial. Ceci s’est également avéré lorsque l’économie mondiale a fluctué par le passé. Pendant le ralentissement mondial de 1997-1999, la Corée s‘est naturellement retrouvée parmi les leaders, étant donné que la crise asiatique était un ingrédient majeur de la rétrogradation. Dans le même ordre d’idées, la relance de l’économie coréenne en 1999-2000 a précédé la reprise mondiale de deux ou trois trimestres. Cependant, en 2000-2001, le ralentissement dans ce pays a aussi précédé la modération générale, et la reprise de 2002-2003 a également été un indicateur avancé pour l’ensemble du monde. En conséquence, le nouveau ralentissement est très probablement, encore une fois, un signe avant-coureur d’une croissance plus faible à l’échelle planétaire.


Conclusion? Il y a peu de raisons de compter sur un scénario allant au-delà d’une modération de la croissance en Corée, et donc, plus généralement, dans le monde, mais les autres risques se sont clairement réduits, et il faudra suivre le mouvement en Corée pour savoir jusqu’où pourra descendre la croissance.




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Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.