Les hauts et les bas du pétrole - le 20 septembre 2006

Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement Canada



Depuis quelque temps déjà, le marché mondial du pétrole est une source de frustration pour les prévisionnistes économiques. Les lois de l’économie ont-elles été révoquées? En un mot : non.

À la base, les faits sont simples : après un plongeon à 10 USD le baril lors des crises financières mondiales à la fin des années 1990, le pétrole est remonté en moyenne à environ 30 USD pendant presque toute la période 2000-2003, sauf pour une baisse vers la fin de 2001 – qui n’a pas duré longtemps. À partir de 2004, les cours ont commencé une ascension régulière, passant à 40, 50, 60, puis 70 USD. Ils ont atteint un sommet de 78 USD plus tôt cette année.

On n’a jamais manqué d’explications pour la hausse constante des cours. La croissance économique mondiale a atteint des niveaux records en 2004-2005. La Chine et l’Inde sont devenus de gros consommateurs de pétrole, leur part commune de la consommation mondiale passant de 5 à 11 % entre 1990 et 2005. Ajoutons à cela une série de perturbations dans l’offre au Venezuela, au Nigéria, en Russie, en Iraq et aux É. U., greffons-y les tensions géopolitiques actuelles au Moyen Orient, et les analystes ont alors des raisons de prévoir le baril à 100 USD ou plus.

À l’arrière-plan, se profilait aussi la théorie dite du sommet, qui pose comme principe que la capacité mondiale de production a atteint son seuil. Cependant, même les tenants de cette théorie conviendraient qu’aujourd’hui, la force qui fait monter les cours n’est pas une pénurie de pétrole comme telle, mais une pénurie de capacité de remplacement, qui a rendu le système vulnérable aux perturbations temporaires dans l’approvisionnement. Ayant été échaudées dans le passé par des cours qui se sont effondrés subitement, les compagnies pétrolières ont été prudentes dans leurs prévisions des cours pour établir leurs plans d’exploration et d’investissement, et le niveau de capacité de remplacement a régulièrement baissé au fil du temps.

L’émergence des compagnies pétrolières nationales à vocation acquisitive joue aussi un rôle. Les nations ont toujours perçu le pétrole comme une ressource stratégique. Cependant, les cours élevés des deux dernières années ont renforcé la volonté des gouvernements de ne pas manquer de pétrole à l’avenir, d’où de nombreux achats publics d’actifs pétroliers – transactions pour lesquelles le prix a beaucoup moins d’importance que la sécurité en matière d’énergie.

Malgré tout cela, il est clair que les lois de l’économie s’appliquent toujours au marché mondial du pétrole. Les cours élevés devraient réduire la demande et encourager de nouveaux investissements en capacité d’approvisionnement. C’est ce qui est en train de se passer : on constate déjà en Amérique du Nord une tendance à acheter des voitures plus petites et de moins voyager. Les pétrolières réexaminent leurs plans d’investissement, renforcent les taux de rendement des champs existants, augmentent la production dans les sables bitumineux et annoncent d’intéressantes découvertes en eaux profondes. En outre, les cours élevés du pétrole contribuent au ralentissement émergent de la croissance économique mondiale, ce qui entraînera par ricochet un ralentissement de la croissance de la demande en pétrole.

Par conséquent, les forces économiques montrent la voie vers de nouvelles baisses des cours pétroliers dans les toutes prochaines années – on peut prévoir comme référence raisonnable des cours de 35 à 45 USD à long terme, même s’ils vont probablement plutôt fluctuer pendant un certain temps entre 50 et 60 USD, tant que l’on rebâtira la capacité de remplacement.

Conclusion? Prévoir les cours pétroliers est toujours risqué. Compte tenu du peu d’approvisionnement excédentaire en ce moment, toute perturbation économique, politique ou climatique pourrait renvoyer les cours dans les 70 USD. Malgré tout, les lois de l’économie regagnent un peu de leur traction sur le marché pétrolier.


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Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.