L’économie chinoise se modère-t-elle ? - Le 31 janvier 2007
Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement CanadaOn ne peut pas faire de prévisions complètes de l’économie mondiale sans analyser celle de la Chine. En fait, nombreux sont ceux qui diraient aujourd’hui que le monde va dans le sens de la Chine – ce que l’on réservait autrefois à l’économie américaine.
Actuellement, selon la dernière méthode de calcul de la Banque mondiale, la Chine représente légèrement plus de 15 % de l’économie mondiale, contre 20 % pour les É. U. et moins de 2 % pour le Canada. La moyenne de la croissance chinoise ayant dernièrement dépassé 10 %, ces chiffres signifient donc que ce pays contribue à près d’un tiers de la croissance économique mondiale. Il n’est pas surprenant, par conséquent, qu’un graphique de la croissance historique du PIB chinois ressemble à un graphique de l’économie mondiale; on a constaté un boom de 11 à 13 % en 1994-1995, un ralentissement de 7 à 8 % pendant la période de crises qui s’est étalée de 1997 à 2001, et une reprise graduelle de 2002 à 2006.
Les dernières données en provenance de Chine montrent une croissance de 10,4 % d’une année à l’autre au 4e trimestre 2006. Il s’agit d’une légère décélération par rapport au taux de plus de 11 % noté six mois plus tôt, mais compte tenu du manque de fiabilité des statistiques, cela ne nous apprend pas grand-chose.
Cependant, si l’on creuse un peu au-delà des manchettes, on voit quelques signes précurseurs d’un ralentissement. L’une des plus grandes craintes est que la Chine surinvestisse et que cela provoque une crise et une récession à mesure que l’économie s’ajuste au trop-plein. En conséquence, l’annonce d’une modération des dépenses d’investissement serait une bonne nouvelle, et il semble qu’elle va se produire. Au milieu de 2006, les dépenses d’investissement augmentaient à un rythme supérieur à 30 % par an, mais elles sont maintenant à 25 % selon les données les plus récentes. Parallèlement, la croissance de la production de ciment a ralenti, passant de plus de 25 % à environ 15 %, et celle de la production industrielle a elle aussi diminué, de près de 20 % en juin dernier à environ 15 % très récemment.
Les données sur le commerce international sont aussi prometteuses. Bien que les exportations chinoises continuent de croître à raison de 25 à 30 % par an, la tendance des importations américaines venant de Chine est à la baisse depuis 8 à 10 mois. Qui plus est, les importations chinoises progressent moins rapidement, de 25 % à environ 15 % dernièrement. Et, bien que les données ne soient pas très fiables, la croissance des ventes au détail aurait diminué d’environ 25 % à moins de 15 %.
Cette analyse laisse croire non seulement que la croissance dangereuse des dépenses d’investissement commence à ralentir, mais aussi que l’expansion espérée des dépenses de consommation ne se produit peut être pas. Et cela arrive juste au bon moment : le taux d’inflation se déplace déjà vers le haut. L’IPC a bougé plus ou moins de 1 à 2 % en 2005 et pendant une bonne partie de 2006, mais il a commencé à monter à la fin de l’année dernière, et se trouve en ce moment à 2,8 %.
Les autorités veulent éviter une poussée inflationniste et ont haussé les taux d’intérêt, restreint le crédit et permis peu à peu au yuan de s’apprécier, ce qui a entraîné un ralentissement de la croissance des prêts et de la monnaie. Tout cela suggère qu’il faut s’attendre à d’autres mesures officielles, si elles s’avèrent nécessaires, mais qu’un ralentissement est de plus en plus probable, d’une manière ou d’une autre.
Conclusion? Il est trop tôt pour dire qu’il y a ralentissement en Chine, mais les signes précurseurs sont là. Dès qu’il y aura consensus à ce sujet, les cours des produits de base vont probablement subir une nouvelle baisse.
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