Les pertes d’emplois du président Bush, soyons plus précis - Le 14 mars 2007

Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement Canada

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George W. Bush est accusé de bien des maux. Ainsi, nombre de ses détracteurs lui reprochent souvent la perte de 3 millions d’emplois manufacturiers, résultat, selon eux, de ses politiques commerciales.

Cette accusation repose, cependant, sur une théorie simpliste. Les critiques font observer que les É.-U. ont un lourd déficit commercial, en particulier avec la Chine, ce qui signifie que les Américains importent plus en provenance de Chine qu’ils n’exportent vers ce pays. Pour ces critiques, à chaque article chinois qu’un Américain achète, un emploi américain disparaît.

Depuis janvier 2001, l’économie américaine a certes perdu 3 millions d’emplois manufacturiers. Mais il faut voir plus loin. En fait, elle a créé 5 millions d’emplois depuis que George Bush est au pouvoir. Autrement dit, les secteurs non manufacturiers sont à l’origine de quelque 8 millions de nouveaux emplois.

De quels genres d’emplois s’agit-il? Surtout d’emplois dans le secteur des services – environ 7 millions. Ainsi, on compte 1,8 million de nouveaux emplois dans les soins de santé, 1,3 million dans l’administration publique, 700 000 dans les finances, 500 000 dans l’éducation et 84 000 dans les transports. Le secteur du tourisme d’accueil en a créé 1,4 million. Et plus de 800 000 emplois ont été créés dans la construction et 100 000 dans l’exploitation minière.

Certains rétorquent à cette analyse que les emplois créés sont de moins bonne qualité et sont moins rémunérés que ceux perdus, en citant souvent comme exemple la croissance de l’emploi dans le tourisme d’accueil. Cependant, en 2001, le salaire moyen dans le secteur des services était seulement inférieur de 4 % au salaire manufacturier moyen, et aujourd’hui il ne l’est plus que de 1 %. La raison en est que, depuis 2001, les salaires du secteur des services ont augmenté de 21 % et les salaires manufacturiers, de 17 %. Et dans la construction – destination courante des ouvriers d’usine licenciés –, ils sont supérieurs d’environ 20 % au salaire manufacturier moyen. C’est pourquoi aux É.-U., les dépenses et les revenus totaux sont élevés, malgré les difficultés des fabricants.

Force est de reconnaître aussi que cette restructuration de l’économie américaine n’a pas commencé en 2001, car on assiste depuis 50 ans à un éloignement graduel mais continu du secteur manufacturier au profit d’autres secteurs. En 1955, 31 % des emplois américains (15,5 millions) étaient dans la fabrication. À présent, on ne parle plus que de 10,3 %, soit environ 14 millions d’emplois. En revanche, on compte aujourd’hui 2,7 fois plus d’ouvriers dans la construction et 3,6 fois plus d’employés dans le secteur des services qu’il y a 50 ans.

Le commerce international joue un rôle clé dans cette histoire. La productivité et les salaires des ouvriers américains ont considérablement augmenté au cours des 50 dernières années. Cela tient pour beaucoup au fait que les entreprises recourent au commerce international pour gagner en efficacité, en faisant exécuter à l’étranger des tâches à faible productivité et en augmentant l’intensité de capital de la production aux É.-U. L’importance des échanges bilatéraux pour l’économie américaine a plus que quadruplé depuis 1955. Les importations de produits manufacturés à faible coût font augmenter le pouvoir d’achat américain, ce qui entraîne une création d’emplois dans d’autres secteurs de l’économie.

Conclusion? Le secteur manufacturier américain est certes obligé de se restructurer, mais ce n’est pas nouveau. Il le fait avec succès depuis plus de 50 ans. Le commerce international fait partie de la solution, et n’est pas le problème. Il appartient aux décideurs de l’expliquer plus clairement.


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Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.