La faute aux opérations sur le Yen - Le 23 mai 2007
Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement CanadaÉcoutez le Propos de la semaine.
Votre monnaie s’apprécie-t-elle brusquement? C’est la faute aux opérations sur le yen! Vous n’arrivez pas à comprendre pourquoi les cours du cuivre sont si instables? C’est encore la faute aux opérations sur le yen! Ces temps-ci, on les accuse de tous les maux, et il est souvent le sujet de conversation.
Les opérations sur le yen peuvent prendre diverses formes, mais chaque fois un emprunt se fait en yen japonais, la somme correspondante est ensuite investie dans des actifs financiers ailleurs dans le monde. L’investisseur profite du fait que les taux d’intérêt japonais sont extrêmement faibles, alors que ceux d’autres pays sont bien plus élevés. Donc, l’investisseur emprunte des yens à une banque japonaise, convertit par exemple les fonds en dollars canadiens, achète une obligation de l’État canadien et gagne environ 4 % en différentiel de taux d’intérêt.
Le plus beau dans cette stratégie d’investissement, c’est que l’investisseur gagne 4 % sur toute la structure, alors que la majeure partie de cet argent n’est pas à lui. Il se peut qu’il doive donner à la banque 5 % ou 10 % en garantie – ce qui revient à investir 5 $ de son propre argent pour acheter 100 $ d’obligations canadiennes et donc à gagner 4 $ sur 5 $ seulement investis, soit un intérêt réel de 80 %. En plus, il s’attend à ce que le yen continue de se déprécier et le dollar canadien, de s’apprécier, ce qui lui rapporterait davantage encore.
Notez que plus il y a de prêts consentis en yen et plus ils sont convertis dans d’autres monnaies, plus les taux de change évoluent dans une direction favorable aux investisseurs sous-jacents. Autrement dit, l’évolution des taux de change est presque inévitablement exagérée par l’utilisation de ces paris financiers complexes.
Quelle est l’ampleur de ce phénomène? Difficile à dire, mais tout porte à croire qu’il est important. D’après les données de la Banque des règlements internationaux à Bâle, en Suisse – qui est la banque des banques centrales –, le recours à ces structures d’opérations de change dérivées est en nette augmentation depuis deux ou trois ans. Les valeurs théoriques en circulation sont évaluées à quelque 40 billions de dollars, soit à peu près l’équivalent du PIB mondial. Ces valeurs se comparent également au volume quotidien mondial moyen des transactions sur le marché des changes qui, lui, avoisine les 3 billions de dollars, ce qui est vraiment colossal.
Le problème avec ces structures, c’est le risque de dégagement soudain des positions. Un investisseur qui décide de reprendre ses 5 $ vend 100 $ en obligations canadiennes, vend 100 $ en dollars canadiens et achète des yens pour solder sa position. En conséquence, un changement d’attentes par rapport aux politiques monétaires ou aux monnaies peut entraîner une évaporation très rapide de positions et des fluctuations énormes des taux de change.
Conclusion? Les opérations sur le yen sont un outil légitime pour de nombreuses institutions financières. Mais comme de nombreuses structures financières synthétiques, leur surutilisation comme mécanisme de pari comporte des risques importants, tant pour les investisseurs que pour le système financier mondial en général.
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