La production automobile assombrit les signaux économiques - 1 août 2007
Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement CanadaÉcoutez le Propos de la semaine.
Les économistes disposent d’une quantité incroyable de statistiques sur l’économie – production, ventes, expéditions, exportations et importations, emploi et ainsi de suite. Il est rare que toutes peignent le même tableau et, parfois, un seul élément nouveau peut vraiment assombrir les perspectives.
Prenons deux idées très répandues. Premièrement, l’économie américaine a considérablement ralenti dans les premiers mois de l’année, mais le secteur manufacturier donnerait des signes de légère reprise estivale. Deuxièmement, le consensus est que l’économie canadienne tourne rond dans l’ensemble, mais que le secteur manufacturier peine. Cependant, même dans le secteur manufacturier canadien, les nouvelles semblent meilleures cet été, puisque les expéditions reprennent.
Tout économiste peut vous dire qu’il est impossible de comprendre l’économie canadienne et américaine sans comprendre le secteur de l’automobile. Même si l’automobile représente tout juste 1,6 % du PIB canadien et 1 % de l’emploi au total, le secteur a une influence bien plus large que cela sur le reste de l’économie manufacturière et de services. En outre, la décision d’acheter une voiture nous en dit beaucoup sur l’état d’esprit du consommateur, qui peut influer sur toute la consommation.
Les ventes d’automobiles sont faibles jusqu’ici cette année aux É.-U., soit en baisse d’environ 1,6 % par rapport à l’an dernier. Cette faiblesse se concentre sur les Trois de Détroit, dont les ventes sont en recul d’environ 4 %. Ce triste tableau persistera probablement, étant donné les incertitudes que les consommateurs américains doivent affronter sur le marché du logement. Au Canada, les ventes d’automobiles sont solides, mais elles ne représentent que 10 % environ du marché nord-américain et ne sont donc pas le moteur de l’économie.
Dans les tout premiers mois de l’année, malgré la faiblesse des ventes d’automobiles, les Trois de Détroit ont vu nettement baisser leurs stocks de voitures invendues. Le niveau des stocks, qui tourne autour de 60 jours de ventes dans l’idéal, est passé de 91 jours fin janvier à quelque 51 jours en mai. Donc, malgré de piètres perspectives de ventes, les Trois de Détroit ont relancé la production, des deux côtés de la frontière. Cette volonté de reconstituer les stocks tient en partie au fait que les trois constructeurs négocient de nouveaux contrats avec leurs ouvriers cet été. Les négociations devraient être dures et pourraient déboucher sur un mouvement de grève, et les trois constructeurs en seraient encore plus limités dans leur aptitude à répondre à la demande des clients.
Conséquence de ce mini-cycle dans la production automobile, l’activité manufacturière repart dans les deux pays, mais cela s’avérera presque certainement temporaire. Donc, le redressement apparent de la croissance du PIB américain au deuxième trimestre est exagéré, car, au fond, c’est le comportement du consommateur américain qui déterminera la croissance pour le reste de l’année. De même, au Canada, la reprise des expéditions manufacturières qui se dessine est elle aussi probablement passagère. En fait, dans les cinq premiers mois de l’année, elles ont augmenté de 1,2 % par rapport à la même période l’an dernier, mais si l’on enlève les véhicules, la proportion retombe à 0,2 %.
Conclusion? Les circonstances particulières dans le monde de l’automobile – qui pourraient se retrouver dans d’autres secteurs aussi – assombrissent les tendances sous-jacentes dans l’économie américaine et canadienne. L’économie américaine n’en finit pas de s’essouffler, et il reste probable que l’économie canadienne lui emboîtera le pas.
Écoutez le Propos de la semaine.
Abonnez-vous pour recevoir le Propos de la semaine par courriel.Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.