Le nouveau déficit du cône Sud - Le 4 juin 2008

Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef, Exportation et développement Canada

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À quelque 5 % par an entre 2004 et 2007, la croissance du PIB mondial était nettement supérieure à sa limite de vitesse et les ressources de la planète s’en sont ressenties, pour ne pas parler des infrastructures existantes, en particulier sur les marchés émergents. Le cône Sud ne fait pas exception, car ses infrastructures énergétiques sont très restreintes. Le déficit énergétique croissant de la région limitera-t-il la croissance à court terme?

Collectivement, les trois grands pays du cône Sud – Brésil, Argentine et Chili – ont enregistré une croissance de 6,1 % entre 2004 et 2007. Ce qui leur a, bien sûr, ouvert l’appétit côté énergie, car la demande mondiale de produits primaires et industriels de la région a fait augmenter les besoins des gros consommateurs d’énergie, tout comme la prospérité a fait grimper la consommation d’énergie nationale. Résultat, les sources d’énergie régionales sont mises à forte contribution, le cours des ressources naturelles monte et le flux des échanges essentiels de produits énergétiques est menacé.

Le Brésil est riche en ressources énergétiques, mais c’est aussi un très gros consommateur d’énergie. Sa production de gaz naturel couvre tout juste plus de la moitié de ses besoins et il doit importer le reste. La demande d’électricité continue de mettre la capacité de production à rude épreuve, et l’augmentation de l’offre suffit tout juste à faire face à des besoins grandissants. Les réserves pétrolières sont importantes et en hausse, mais là encore, la production répond tout juste aux besoins actuels de 2,2 millions de barils par jour. La production intérieure d’éthanol aide à pallier pour une bonne part les pénuries d’énergie, mais étant donné les besoins énergétiques globaux du Brésil, les flux d’importation sont vitaux pour l’économie.

La situation est encore plus critique au Chili. Même si sa consommation d’énergie équivaut au septième environ de celle du Brésil, le Chili est loin d’avoir ses sources d’énergie intérieures. Ainsi, il consomme 16 fois plus de pétrole qu’il n’en produit et 7,6 fois plus de gaz naturel, et il importe presque tout son charbon. De plus, l’approvisionnement en électricité est déficitaire depuis 2005, et la production hydroélectrique – qui représente la moitié de la production totale – est moins bonne cette année à cause de la sécheresse de 2007. Le rationnement de l’énergie aide, pour l’instant. Il faudra des sources d’importation sûres et beaucoup d’investissements pour garantir l’avenir énergétique du Chili.

En revanche, l’Argentine est un exportateur d’énergie régional important. Forte des premières réserves de gaz naturel d’Amérique du Sud, elle est un fournisseur clé du Chili et de l’Uruguay. Mais cela change : une forte croissance économique plus les contrôles des prix font augmenter la demande intérieure de gaz naturel et, faute d’investissements suffisants, l’offre est limitée. Pour assurer son approvisionnement intérieur, l’Argentine a réduit ses exportations et elle essaie, sans grand succès, d’encourager l’investissement.

En apparence, la situation semble sombre. Mais les importateurs d’énergie réagissent. Le Brésil recherche activement de nouvelles sources d’hydrocarbures, investit dans des terminaux de gaz naturel liquéfié et encourage la construction de nouvelles centrales électriques. De même, les investissements chiliens dans la production hydroélectrique et dans les centrales au charbon, ainsi que dans la capacité de production renouvelable, seront productifs dès 2009. En bref, l’approvisionnement énergétique limité a provoqué un boom de l’investissement régional qui persistera à moyen terme – et des investisseurs étrangers et locaux y participent.

Au bout du compte? Le cône Sud est confronté à un déficit énergétique. Le ralentissement de la croissance économique et des conditions météorologiques plus normales donneront un nécessaire répit à court terme. Au-delà, le déficit restera très problématique. Mais cette fois, contrairement aux déficits passés de la région, l’antidote est l’investissement, pas le repli.


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Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.