Les prévisionnistes se retroussent les manches - Le 30 juillet 2008
Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef, Exportation et développement CanadaÉcoutez le Propos de la semaine.
Il est tout à fait normal que les prévisionnistes révisent leurs prévisions. Et qu’il s’agisse de la météo, de l’heure d’arrivée d’un avion ou de l’économie, plus on s’approche, plus les prévisions se précisent. Les turbulences récentes ont entraîné des modifications importantes des prévisions économiques à court terme. Que disent maintenant les prévisionnistes?
Au début de l’an dernier, ils étaient assez optimistes à propos de 2008. Les plus grandes économies du monde, qui représentent collectivement la moitié de la production mondiale, devaient afficher une croissance moyenne de 2,5 %, soit à peu près la tendance à long terme. Un an plus tard, ils ont ramené leurs prévisions à 1,9 %, et au milieu de 2008, ils les ont encore révisées à la baisse, à seulement 1,5 %. Il s’agit, à n’en pas douter, d’une révision assez spectaculaire, qui place certaines économies au bord de la récession sinon carrément en récession. Les prévisions seront-elles révisées à la baisse une autre fois? Probablement pas. La mayonnaise 2008 commence à prendre; une moitié de l’année est derrière nous et, à moins d’une grande surprise, ce que les prophètes voient maintenant correspond probablement à ce qui arrivera.
Le regard se porte désormais sur 2009 et, dans ce cas, la situation est plus inquiétante. En janvier, les futurologues étaient optimistes que les perspectives des grandes économies s’amélioreraient, et ils prédisaient que la croissance s’accélérerait à 2,3 %. Depuis, les révisions ont été rapides et prononcées. Les prévisions pour 2009 ont été révisées à la baisse autant que celles de 2008, mais trois fois plus vite. À l’heure actuelle, la croissance prévue des grandes économies est de seulement 1,3 %, un peu moins que les prévisions pour 2008.
Les perspectives différentes de l’économie américaine ont joué un grand rôle dans les révisions globales. Après un faible premier trimestre, les prévisions moyennes ont été amputées de 1,2 % et se sont établies à un maigre 1,5 %. Mais les États-Unis ne sont pas seuls : la croissance prévue du Royaume-Uni a été réduite de moitié et fixée à 1% à peine, les prévisions pour l’Espagne ont été ramenées de 2,4 % à seulement 1,1 % et la réduction a été plus forte que la moyenne en Irlande. Toutes les grandes économies occidentales ont participé à la révision à la baisse et, pour la plupart d’entre elles, l’année 2009 risque d’être plus faible que 2008.
Le Canada est une rare exception à la règle. En moyenne, les prévisionnistes croient qu’après une année 2008 léthargique, la croissance doublera presque l’an prochain. Selon les Prévisions à l'exportation de l’été 2008 des Services économiques d’EDC, la croissance économique canadienne sera de 1,1 % cette année et de 2 % en 2009, car les exportations se stabilisent et la demande intérieure reste ferme. Les faibles niveaux d’activité tiendront les exportateurs sur le qui-vive en 2009, mais un dollar canadien un peu plus bas les aidera un peu.
Et le reste du monde? Les autres pays industrialisés devraient généralement enregistrer eux aussi un ralentissement de leur croissance en 2009. Qui plus est, la tendance touche également les marchés émergents. La Chine, après une croissance époustouflante d’un peu moins de 12 % en 2007, a ralenti le pas avec une croissance de 10,1 % au deuxième trimestre de cette année. En Inde, les réactions à la hausse de l’inflation, la détérioration du compte courant et les préoccupations budgétaires menacent les perspectives à court terme. Et en Amérique du Sud, la croissance s’est modérée au premier trimestre à cause du durcissement de la politique monétaire, de l’appréciation des monnaies et de l’affaiblissement des résultats commerciaux. De fait, les économies qui ne participent pas à la tendance à la baisse se comptent sur les doigts de la main.
Conclusion? Très minoritaires il y a un an à peine, les prévisionnistes qui croient que le ralentissement est vraiment mondial sont devenus nettement majoritaires. Et la plupart d’entre eux sont aussi convaincus maintenant que la reprise n’est pas imminente. Dans ces circonstances, les exportateurs devraient se préparer pour quelques années de vaches maigres et être sélectifs dans leurs activités internationales à court terme.
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