Vers une reprise - le 28 octobre 2009

Par Peter G. Hall, Vice-président et économiste en chef, Exportation et développement Canada

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Une fois de plus, la lettre R se retrouve partout – sauf qu’on ne parle plus de récession, mais bien de reprise. Des signes positifs apparaissent dans l’économie et suscitent de grands espoirs. L’ennui, c’est que nous sommes en présence d’une croissance bien inférieure aux niveaux d’activités d’avant la récession. Il est clair qu’il y a une grande différence entre retour à la croissance et amorce d’une véritable reprise. Le signal du départ est donné, mais de grands obstacles restent à franchir avant la ligne d’arrivée.

La course a démarré il y a déjà un certain temps, et nous avons surmonté de grands obstacles. La crise de l’automne dernier s’est dissipée sur les marchés des capitaux, grâce aux injections massives et rapides de liquidités qui ont assuré la circulation des fonds à la suite du problème créé par les actifs toxiques. De grandes institutions financières ont retrouvé la voie de la rentabilité, et les écarts de crédit se sont stabilisés à des niveaux beaucoup plus normaux. L’économie mondiale a également survécu au plongeon de la production et des échanges, une épreuve de haut vol par rapport à celles vécues de mémoire récente. Quant à l’optimisme actuel sur l’avenir à court terme, il arrive malgré une hausse généralisée des taux de chômage.

Tous ces facteurs se sont avérés des obstacles de taille, mais il y en aura d’autres. Les institutions financières devront se tirer d’une nouvelle épreuve, car la hausse du chômage mondial entraîne de plus gros défauts de paiement, qui devraient atteindre leur sommet dans les derniers mois de 2009 et au premier trimestre de 2010.

Autre obstacle : la menace inflationniste. Les indices des prix vont bondir au cours des prochains mois, lorsque l’effet de l’effondrement des cours de l’énergie et des métaux l’an dernier se dissipera. Cette situation pourrait entraîner des préoccupations injustifiées qui mèneraient à un ralentissement mal venu de l’impulsion actuelle, ce qui finirait par retarder la reprise.

La menace du protectionnisme crée encore une autre barrière, qui pourrait saper le redémarrage. Il est triste de noter la force que semblent prendre les mesures protectionnistes à l’égard du commerce mondial, qui mettent en péril la performance commerciale, non seulement dans l’immédiat mais à long terme. Le regain des échanges est essentiel à une reprise mondiale soutenue, et les enjeux sont donc élevés. On s’attend cependant à ce que la raison l’emporte et mette fin à la rhétorique nuisible, et que l’espoir renaisse.
Le Canada doit faire face à un obstacle bien particulier : la monnaie. En effet, le bond réalisé par notre dollar au cours des derniers jours dépasse largement la barre que suggère la conjoncture mondiale. Les conditions actuelles devraient mener à une perte de valeur du huard, mais les facteurs qui le poussent vers le haut pourraient persister, ce qui pèserait lourdement sur la performance à court terme des exportations.

Dernier obstacle, les excès de la période expansionniste, dont nous ne sommes pas encore débarrassés. Le processus devrait s’étendre qu’au milieu de 2010, retardant la reprise jusqu’à la fin de l’année prochaine. Selon les Prévisions à l’exportation de l’automne 2009 d’EDC, l’économie mondiale devrait se contracter de 1,3 % cette année et progresser de 2,9 % en 2010 – relèvement qui sera bien loin de la croissance typique lors des reprises. Parallèlement, l’économie canadienne devrait afficher une baisse de 2,3 % cette année, tirée par la chute vertigineuse des exportations, avant de progresser de 1,9 % en 2010. Dans la plupart des industries, les exportations devraient se raffermir l’an prochain, mais à des niveaux encore bien inférieurs à ceux des années fastes. Les exportations de biens primaires connaîtront généralement une croissance supérieure à la moyenne, tandis que les expéditions de machinerie et d’équipement hors automobile marqueront le pas par rapport aux autres industries.

Conclusion? Si elle ressemble beaucoup à celle des ralentissements économiques précédents, la course vers la reprise a ceci de particulier qu’elle se fait beaucoup plus lentement cette fois-ci. Les obstacles qui restent à franchir seront un test d’endurance, mais ils mèneront les coureurs vers la ligne d’arrivée, lorsque la croissance soutenue reviendra pour de bon – ce que nous pouvons tous espérer pour 2011.


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Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.