En quoi consiste le syndrome hollandais? - le 12 octobre 2005

Par Stephen S. Poloz, premier vice-président, Groupe des produits de financement, Exportation et développement Canada



Les cours élevés du pétrole soulèvent des questions à propos du syndrome hollandais, une maladie qui, au mieux, affaiblit. Or, pour bien des compagnies, la maladie n’est qu’une autre théorie économique – comment savoir si on la couve?

Théoriquement, toute économie dotée à la fois d’une ressource clé et d’un secteur manufacturier peut contracter la maladie. Supposons que le cours mondial de la ressource monte en flèche, provoquant une forte expansion du secteur. La monnaie va en général s’apprécier, ce qui va créer des pressions sur le secteur manufacturier. C’est plus ou moins ce qui s’est passé aux Pays-Bas dans les années 1970 lorsque les cours énergétiques ont bondi et qu’il y a eu une poussée sur le florin – d’où le nom de la maladie.

Il est clair que la situation actuelle pourrait bien infliger le syndrome hollandais au Canada. Les cours du pétrole ont encore augmenté pendant les douze derniers mois, faisant bondir le CAD aux alentours de 0,85 USD. Alors que certains exportateurs profitent de ces cours élevés – producteurs de pétrole, fabricants d’équipement pour le pétrole et le gaz, sociétés d’exploration de l’énergie et sociétés d’ingénierie –, d’autres empochent moins de CAD pour chaque vente à l’exportation en USD. Ce n’est que s’ils importent des intrants que les exportateurs ont la possibilité de compenser l’appréciation de la monnaie, parce que ces importations coûtent moins cher.

Dans le contexte actuel, l’impact sur les exportateurs peut être plus fort. Les banques centrales réagissant pour maîtriser l’inflation, les prix plus élevés de l’énergie vont vraisemblablement faire baisser ceux des autres secteurs, car ils grugent le pouvoir d’achat pour d’autres biens et services. Des entreprises se retrouvent ainsi en pleine tourmente : cours énergétiques élevés, baisse des prix des exportations en USD, et moins de CAD pour chaque vente en USD.

C’est dans les marges bénéficiaires que la présence du syndrome hollandais devrait se révéler. Depuis le milieu de 2004, à la suite de l’énorme hausse des cours du pétrole et du bond du CAD, les marges sont restées pratiquement les mêmes (environ 8 %), pour l’ensemble de l’économie. Mais cela n’empêche pas que des mouvements importants ont eu lieu dans certains secteurs, particulièrement ceux des mines et de l’énergie, où les marges ont grimpé considérablement, de 14-16 % à plus de 20 %. Dans la plupart des autres secteurs, elles sont restées assez stables.

Dans le secteur manufacturier, on a assisté à une baisse assez modeste des marges bénéficiaires, qui sont passées de tout juste au-dessus de 7 % à environ 6 %, mais si l’on examine les sous-secteurs, la présence du syndrome hollandais y est plus nette. Dans les secteurs des produits du bois et du papier, les marges ont baissé de près de 11 % à presque 6 %, et dans celui des produits manufacturés du bois, de plus de 14 % à environ 9 %. En ce qui concerne les produits minéraux non-métalliques, elles ont chuté de plus de 10 % à moins de 3 %. Pour les véhicules motorisés et les pièces, elles sont aujourd’hui inférieures à 1 %, contre 3,5 % au milieu de 2004. Elles ont par contre augmenté pour les alcools et le tabac (passant à plus de 29 %), les métaux fabriqués et la machinerie, les ordinateurs et l’électronique, le matériel de transport et l’ameublement.

Conclusion? Les symptômes du syndrome hollandais commencent à apparaître, la hausse des marges bénéficiaires dans le secteur de l’énergie coïncidant avec leur contraction dans plusieurs sous-secteurs de la fabrication. La suite va dépendre de la durée des pressions – et tout cela repose sur les cours énergétiques.


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Les vues exprimées dans ce propos sont celles de l‘auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de vue d´EDC.