Le Canada compte plus de 50 000 entreprises dirigées par des Autochtones, c’est-à-dire des membres des Premières Nations, des Métis ou des Inuits. Cette communauté d’entreprises forte et dynamique apporte annuellement plus de 30 milliards de dollars à l’économie canadienne. D’après l’Indigenomics Institute (disponible en anglais), ce chiffre pourrait passer à 100 milliards d’ici 2024.

Les institutions financières canadiennes cherchent de plus en plus à se rapprocher de ces entreprises. La Banque de Montréal, la plus ancienne du pays, possède une équipe qui s’emploie exclusivement à tisser des liens avec les communautés des Premières Nations. Elle est par ailleurs déterminée à doubler ses prêts aux Autochtones entre 2019 et 2025. À l’autre extrémité du spectre, le jeune prêteur privé torontois Bridging Financing inc. a récemment créé un fonds consacré aux Autochtones. Et à l’autre bout du pays, Vancouver City Savings Credit Union (Vancity), qui se décrit comme une coopérative financière fondée sur les valeurs, privilégie une démarche globale : elle aide les organisations autochtones et les Premières Nations sur plusieurs plans : services financiers, littératie financière, logement abordable et développement économique. Ce sont là quelques-unes des nombreuses institutions financières qui voient d’importants débouchés en cette clientèle, majoritairement composée de petites et moyennes entreprises (PME), réparties dans tous les secteurs : exploitation minière traditionnelle, produits de la mer, services de technologies de pointe, hébergement, produits de santé et de beauté.

Les entreprises canadiennes ont été durement touchées par la crise de la COVID-19, et la communauté d’affaires autochtone ne fait pas exception. Bouleversement des chaînes d’approvisionnement mondiales, chute marquée des revenus, besoin de fonds de roulement accru pour couvrir les frais d’exploitation… et ce ne sont là que quelques exemples des difficultés qu’elles doivent affronter. Le tourisme, le commerce de détail et la chaîne d’approvisionnement de l’industrie des ressources (énergie, exploitation minière) ont particulièrement souffert de la pandémie, et la fermeture des opérations et établissements de jeu et stations touristiques fait perdre une importante source de revenus et d’emplois à de nombreuses communautés des Premières Nations. 

Issues d’un groupe économiquement désavantagé, les entreprises autochtones vivent de surcroît d’autres difficultés particulières, dont la plupart sont la conséquence directe du racisme institutionnel et systémique. Ces difficultés peuvent limiter leur croissance ou nuire à la vente de leurs biens et services à l’étranger.

Principaux defis

1. Le manque d’accès à des fonds de roulement. C’est là le principal problème des entreprises autochtones, et ce, pour plusieurs raisons :

  • Beaucoup n’ont pas de relation avec les banques traditionnelles, situation à laquelle EDC tâche de remédier dans le cadre de son plan relatif aux entreprises autochtones, en facilitant les mises en relation de ces entreprises avec les institutions financières.
  • Elles font souvent l’objet de préjugés, étant considérées comme plus « à risque » en raison d’antécédents historiques.
  • Souvent, elles n’ont pas le nantissement exigé pour obtenir des prêts ou des marges de crédit opérationnelles.
  • Même s’ils ont des actifs, les utiliser pour obtenir un prêt n’est pas une option pour les entrepreneurs autochtones vivant dans les réserves.
A ship coming into Nunavut.

 

2. Communautés dans des régions éloignées. Qu’elles se trouvent dans le nord de l’Ontario, au Nunavut, au Labrador ou aux Territoires du Nord-Ouest, les entreprises des régions éloignées rencontrent souvent divers obstacles :

  • Expédition de produits. La logistique du transport est complexe quand il n’y a pas de routes ni d’aéroports à proximité.
  • Connexion à Internet. Sans service fiable, ou sans service du tout, il n’est pas facile de communiquer avec les clients, les fournisseurs et les institutions financières.

3. Le manque d’accès aux ressources. La main-d’œuvre qualifiée, les fournisseurs locaux et l’aide stratégique et financière sont difficilement accessibles. Les banques sont moins présentes en milieu rural ou éloigné, ce qui limite l’accès au financement et aux conseils financiers.

4. Statut socioéconomique. Les populations autochtones sont moins scolarisées que la moyenne au pays; un faible pourcentage détient un diplôme universitaire. Autres facteurs :

  • Taux d’incarcération élevé. Au Canada, les Autochtones représentent plus de 30 % de la population carcérale fédérale. De toutes les femmes incarcérées dans des établissements fédéraux, 42 % sont autochtones. (Et pourtant, ironiquement, les petites entreprises autochtones sont principalement dirigées et exploitées par des femmes.)
  • Moyens limités. En moyenne, les entreprises autochtones disposent de moins de ressources financières et ont moins d’actifs pouvant servir au nantissement que les autres entreprises. Il est donc d’autant plus difficile pour les entrepreneurs autochtones d’avoir accès au capital nécessaire pour faire croître et prospérer leur entreprise.
The Inukshuk is a symbol of hope, safety and friendship.

Partenaires de confiance

En tant que responsable national des exportateurs autochtones à Exportation et développement Canada (EDC), j’ai pour mission de faire connaître les besoins et les difficultés propres à la communauté d’affaires autochtone et de participer à l’élaboration d’une stratégie pour bien servir ce marché. D’abord, il faut établir des relations et un lien de confiance, ce qui prend du temps et de la patience. Les dommages du passé sont l’un des plus grands obstacles à surmonter.

Les peuples autochtones ont commencé à faire du commerce bien longtemps avant l’arrivée des premiers colons européens. Le commerce entre tribus a prospéré partout en Amérique du Nord, et cet esprit entrepreneurial inné est encore bien vivant aujourd’hui. Un récent sondage du Conseil canadien pour le commerce autochtone (disponible en anglais) et d’Affaires mondiales Canada a révélé que près du quart des PME dirigées par des Autochtones au Canada font de l’exportation, soit deux fois plus que les PME non autochtones. Comme le Canada représente moins de 2 % de l’économie mondiale, il faut souvent s’ouvrir aux marchés étrangers pour parvenir à une croissance durable. En témoignent les études sur le sujet, qui montrent que les entreprises exportatrices sont plus productives, plus rentables, plus novatrices et plus résilientes que les autres. C’est la raison pour laquelle la prédilection pour le commerce international des PME dirigées par des Autochtones est un modèle très attrayant pour les institutions financières.

Reconciliation

En 2007 a été conclue la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, le plus important règlement de recours collectif de l’histoire du Canada. Dans sa foulée est née la Commission de vérité et réconciliation du Canada, qui a pour mandat de prendre acte de la souffrance et des blessures causées par les pensionnats, d’étudier la question et de formuler des recommandations sur la manière de réparer les torts du passé pour que débute la guérison entre les Canadiens et les peuples autochtones.

En juin 2015, la Commission a publié un rapport contenant 94 « appels à l’action », leur but étant d’orienter les obligations des organisations pour favoriser la réconciliation par l’encouragement de la participation des populations autochtones, les investissements dans la collectivité, la promotion de la diversité au travail et la sensibilisation des employés. Tout comme ses institutions financières partenaires, EDC, dans le cadre de sa stratégie à long terme pour mieux servir les entreprises autochtones, travaille à mettre en place une approche plus complète pour ses interactions avec cette communauté.

Comment EDC et ses institutions financières partenaires peuvent-elles aider?

EDC tend la main aux institutions financières et aux entreprises pour mieux comprendre les besoins et les difficultés de cette communauté, essentiellement composée de jeunes qui sont animés par la créativité. Bon nombre des institutions partenaires d’EDC possèdent tout un bagage d’expérience et de connaissances directes dans ce domaine. En échangeant ce savoir et en collaborant, nous sommes mieux à même d’aider ces entreprises à prendre de l’ampleur, à se diversifier et à conquérir les marchés étrangers. EDC a par exemple commencé à adopter la stratégie des institutions financières en ce qui concerne la durée des prêts à accorder aux entreprises détenues par les communautés autochtones et leurs sociétés de développement économique. Après tout, auprès d’organisations aussi stables, un prêt de 10 à 15 ans n’est pas si risqué.

Pour devenir des partenaires de confiance et nous montrer plus accessibles aux entreprises autochtones, nous devons travailler main dans la main, de nation à nation, pour offrir des produits et des services qui répondent aux besoins. Écrivez à l’Équipe du canal bancaire d’EDC pour savoir comment votre institution financière peut exploiter les produits d’EDC dans cette optique.

Au-delà des solutions financières, EDC peut aussi tirer parti de son réseau et de ses partenaires de l’écosystème du commerce international pour mettre ces entreprises autochtones en contact avec de nouveaux clients et fournisseurs, ainsi qu’avec des institutions financières, et favoriser ainsi leur croissance.

Au bout du compte, le succès des entreprises autochtones profitera à leurs communautés ainsi qu’à l’ensemble des Canadiens. Si nous collaborons, tout le monde peut en sortir gagnant.

Quelques chiffres

Plus de 56 000 entreprises détenues par des Autochtones au Canada

Plus de 30 G$ de contribution des entreprises autochtones à l’économie canadienne

24 % des PME autochtones font de l’exportation

1,4 % des PME canadiennes sont détenues majoritairement par des Autochtones

65 % des entrepreneurs autochtones dépendent de leurs économies personnelles pour démarrer une nouvelle entreprise

19 % des entrepreneurs autochtones comptent sur le crédit et les prêts bancaires pour démarrer une nouvelle entreprise