Pourquoi EDC a-t-elle, pour la première fois en 2021, créé un poste de chef du développement durable?

Notre stratégie pour 2030 place les principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) au cœur de nos activités et de notre culture. Pour nous, c’est essentiel à la pérennité d’EDC, de même qu’à la viabilité économique du Canada à long terme. Nous croyons également que dans l’économie mondialisée actuelle, de saines pratiques ESG sont indispensables aux entreprises canadiennes; pas uniquement parce qu’elles contribuent à atténuer les risques, mais aussi parce qu’elles servent d’accélérateur concurrentiel.

En me confiant le rôle de chef du développement durable, EDC a démontré son intention d’intégrer plus rapidement encore les valeurs, principes et processus ESG dans tous les pans de notre organisation et dans le soutien que nous offrons aux entreprises canadiennes.

Quelle influence ont eue ces changements sur la gouvernance et la gestion des pratiques ESG à EDC?

Le temps que consacrent le Conseil et la haute direction aux enjeux ESG pendant leurs réunions est probablement l’exemple le plus parlant. Pour les réunions plénières, on est passé de 20 minutes par réunion en 2018 à 180 minutes en 2021. Nous avons également mis à jour les mandats de chacun des comités du Conseil pour y inclure les volets ESG sous leur supervision.

Ensuite, prévoyant que notre Groupe du développement durable serait davantage sollicité, nous l’avons scindé en trois équipes : Réussite ESG des clients, Politiques ESG et Stratégie, rayonnement et présentation des résultats liés aux pratiques ESG, qui fonctionnent chacune sous la houlette d’un poste de vice-présidence créé à cet effet. Nous avons également embauché des personnes à l’expertise plus pertinente. L’Équipe de la réussite ESG des clients sert trois segments de clientèle (petites, moyennes et grandes entreprises), ce qui cadre avec notre stratégie pour 2030 et la structure élargie de notre groupe Expérience-client. Cette nouvelle structure nous aide aussi à adapter pour chacun de ces segments notre offre en ce qui a trait à la gestion de risque, aux produits du savoir et aux services-conseils sur les questions ESG.

Nos clients verront-ils une différence?

Absolument. Avant même de nous engager à soutenir un client, nous accordons maintenant le même poids aux risques financiers et aux risques ESG dans nos processus décisionnels et de contrôle préalable, puis nous réfléchissons aux moyens qui sont les nôtres pour aider le client à améliorer ses pratiques ESG. Nous sommes plus disposés que jamais à refuser une transaction à cause des risques ESG qu’elle présente.

Nous sommes aussi plus déterminés et mieux préparés pour aider nos clients à trouver des débouchés liés aux facteurs ESG. Compte tenu de la transition actuelle vers une économie sobre en carbone, nous prévoyons par exemple d’utiliser notre capital et notre expertise en matière de changements climatiques pour aider davantage d’entreprises canadiennes à suivre leur propre plan de transition. Nous discernons également un fort potentiel d’exportation chez les entreprises détenues ou dirigées par des personnes qui s’identifient à des groupes en quête d’équité, notamment les femmes, les Autochtones, les Noirs et autres personnes racisées, les personnes handicapées et les membres de la communauté LGBTQ2+. Nous redoublons d’efforts pour les soutenir, tant pour faire tomber les obstacles qui les freinent que pour les aider à saisir de nouvelles occasions.

EDC s’est à nouveau démarquée en tant qu’organisme de crédit à l’exportation en s’engageant à atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Comment comptez-vous y arriver?

Nous avons un plan solide, mais savons aussi que nous n’avons pas toutes les réponses. Nous procéderons par étape, un peu comme nous l’avons fait ces dernières années en mettant à exécution les engagements énoncés dans notre Politique sur les changements climatiques ou par l’intermédiaire de nos divulgations financières liées au climat.

Ce que nous voulons faire en priorité, c’est réduire notre soutien financier aux secteurs qui émettent le plus de carbone, notamment en réduisant radicalement le soutien aux projets et aux entreprises de combustibles fossiles à l’étranger. Par la suite, notre priorité sera d’aider nos clients canadiens à réduire leurs émissions, tout en augmentant notre soutien aux entreprises engagées dans une transition vers un modèle d’affaires sobre en carbone.

Même si la cible pour 2050 reste importante, c’est en premier lieu ce que nous accomplirons d’ici 2030 qui déterminera notre capacité à atteindre la cible finale. Voilà pourquoi notre plan comporte des cibles graduelles. En plus des cibles publiées, qui visent une réduction de 40 % du financement des six secteurs de notre portefeuille qui émettent le plus de carbone d’ici 2023 (par rapport à 2018), EDC s’est engagée à fixer et à divulguer des cibles de réduction des émissions et une cible de financement durable d’ici le 1er juillet 2022. Un document d’information sur ce plan a été publié sur notre site Web.

Comment allez-vous concilier ces engagements climatiques avec le mandat d’EDC, qui est de soutenir tous les secteurs, y compris ceux à forte intensité de carbone comme le secteur pétrolier et gazier?

Vu la nature de notre économie, nous ne pensons pas que cesser purement et simplement de soutenir le secteur canadien du pétrole et du gaz naturel soit une solution. En effet, le secteur de l’énergie emploie, directement ou indirectement, des centaines de milliers de personnes et il représente plus de 20 % des exportations canadiennes. Nous comptons plutôt soutenir les entreprises pétrolières et gazières qui innovent et s’efforcent sérieusement de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ces entreprises jouent un rôle crucial dans le passage de notre pays à une économie sobre en carbone.

Nous avons l’intention d’adopter une approche collaborative plutôt que punitive avec nos clients en matière de décarbonation. Cette approche misera sur plusieurs solutions, notamment le financement durable, les investissements dans le domaine des technologies propres, les prêts liés à la durabilité et les obligations vertes.

La question des droits de la personne est systémique et requiert un haut niveau de collaboration des parties prenantes. Comment EDC mobilise-t-elle ses partenaires et renforce-t-elle ses capacités dans le but d’impulser une transformation profonde de la chaîne de valeur?

La mobilisation des parties prenantes occupe une place fondamentale dans notre approche des droits de la personne, comme dans tous les autres volets ESG. Nous sommes dans une position unique qui nous permet de rallier aussi bien les acteurs du secteur public que du secteur privé pour nous attaquer ensemble à ces problèmes et insuffler un réel changement.

À l’interne, nous avons mis en place une formation obligatoire sur les facteurs ESG, dont une partie est consacrée aux droits de la personne. Nous avons aussi créé un groupe de travail composé d’employés de tous les secteurs d’activité, que nous avons formés pour qu’ils nous aident à intégrer notre Politique sur les droits de la personne dans nos activités. En collaboration avec nos spécialistes des droits de la personne, nous avons conçu de nouveaux outils de contrôle préalable qui nous aideront à respecter les engagements énoncés dans cette politique. Ils seront lancés en 2022.

À l’externe, nous jouons un rôle actif au sein du groupe de spécialistes de l’environnement et des enjeux sociaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et avons exposé en 2021 l’avancement du plan d’exécution de notre Politique sur les droits de la personne et de nos activités en matière d’influence et de réparation. Nous sommes également devenus membres du réseau Financial Institutions Practitioners Circle de Shift, qui offre aux chefs de file du monde de la finance une tribune pour discuter des défis et des possibilités liés à l’application des Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme des Nations Unies.

En matière d’intégrité commerciale, de transparence et de divulgation, EDC doit se conformer à des exigences très rigoureuses. Comment avez-vous amélioré ces pratiques en 2021?

Nous cherchons constamment à faire mieux. En 2021, nous avons fait évaluer par un tiers notre exposition aux risques liés à l’éthique et nous avons été heureux de constater qu’EDC fait bonne figure parmi ses homologues internationaux, dont certains ont été classés par Ethisphere parmi les « entreprises les plus éthiques au monde ». Au terme de l’évaluation, on nous a également recommandé certaines améliorations sur lesquelles nous allons travailler dans la prochaine année.

En outre, nous sommes dans la deuxième année d’application de notre Politique sur la transparence et la divulgation depuis qu’elle a été renommée et actualisée. Cette politique établit un cadre pour la divulgation d’information sur nos activités, selon une approche qui concilie, d’une part, l’impératif de confidentialité de nos clients, et d’autre part, le droit à l’information de la population canadienne. Nous souhaitons ainsi évoluer avec notre époque et avec les valeurs canadiennes, c’est-à-dire vers plus d’ouverture. En 2021, nous avons d’ailleurs mis à jour nos systèmes de sorte que si une transaction est refusée au cours d’un examen préliminaire, les risques ESG sont identifiés et consignés. Ainsi, nous pouvons dorénavant inclure dans nos rapports le nombre de clients potentiels refusés, par produits et par équipes de comptes. Notre processus de production de rapports concernant les refus pour des motifs ESG a ainsi été bonifié, comme nous nous étions engagés à le faire en 2020.

Quelles sont les prochaines grandes étapes du parcours ESG d’EDC?

En respectant nos engagements et en atteignant nos cibles ESG, nous aurons franchi un grand pas dans la réalisation de nos ambitions et nous aurons adopté des pratiques parmi les plus exemplaires du secteur financier. Mais je voudrais aussi mentionner quelques grandes initiatives lancées en 2021 que nous allons dynamiser dans la prochaine année : la refonte de notre Stratégie ESG, pour l’harmoniser avec notre stratégie globale; les conclusions de l’évaluation de l’importance relative; la consultation de nos parties prenantes en vue du prochain examen de nos politiques de gestion des risques environnementaux et sociaux; et, bien sûr, l’établissement de cibles à court terme pour assurer un suivi de notre engagement à atteindre la carboneutralité. Nous communiquerons publiquement nos progrès tout au long de ce processus. Voir la section ESG de ce rapport pour en savoir plus sur nos plans et notre stratégie en la matière.

 

Justine Hendricks
Chef du développement durable d'EDC