Y a-t-il une intensification des risques à l’échelle mondiale? Beaucoup le pensent. Cette question est d’ailleurs souvent débattue à EDC. Chaque jour, nous sommes bombardés de mauvaises nouvelles : de la possibilité d’une guerre commerciale imminente en passant par une nouvelle catastrophe naturelle causée par les changements climatiques. Comment trouver un sens à tous ces événements?

Pour obtenir des réponses, bon nombre d’investisseurs se tournent souvent vers l’indice VIX, qui mesure les attentes du marché à l’égard de la volatilité à court terme. Le plus récent résultat de l’indice est en hausse de 19 % par rapport à la même période l’an dernier. D’autres indicateurs habituels de la volatilité, notamment les cours de l’or, ne montrent pas de fluctuations notables. Cependant, plusieurs des risques présentés ici, même s’ils sont toujours considérés comme des risques extrêmes (c’est-à-dire peu probables, mais ayant une forte incidence) ont de plus en plus de chance de se réaliser et pourraient bien devenir des scénarios de référence.

1. L’Amérique forteresse

Le risque trônant au sommet de notre palmarès demeure l’Amérique forteresse. Alors que l’an dernier on s’inquiétait de l’imposition éventuelle d’une taxe d’ajustement à la frontière américaine, on se préoccupe de plus en plus de l’avenir de l’ALENA, de la possibilité d’une renégociation en profondeur de l’accord, et de l’incidence qu’aurait sur le Canada un retrait américain.

2. La mondialisation du protectionnisme

Étroitement liée au premier risque de notre palmarès, on trouve l’inquiétude que les mesures prises par les États-Unis gagnent le reste du monde : à savoir le risque croissant de la mondialisation du protectionnisme. L’annonce récente de l’imposition de droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium risque de provoquer des mesures de représailles – une réelle menace à la croissance mondiale au moment même où elle gagne en puissance. L’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste que vient de signer le Canada atténue ce risque. Malgré tout, la structure du commerce international est toujours mise à l’épreuve.

3. Une récession mondiale

Les deux premiers risques de notre palmarès sont alimentés par une vague d’opposition au commerce. Pourtant, dans le cas du risque d’une nouvelle récession mondiale, on ignore quel serait l’élément déclencheur : le surendettement des entreprises? l’effondrement de la confiance des consommateurs? Si une nouvelle crise éclate, le contexte serait très différent par rapport à la dernière crise : en effet, les gouvernements en Occident n’ont plus les capacités budgétaires – et leur banque centrale respective n’a plus la marge de manœuvre en matière de politique monétaire – pour remédier à la situation.

4. Le défaut quasi souverain

Des conditions de crédit accommodantes ces dernières années ont permis à des sociétés publiques sur les marchés émergents d’accumuler des niveaux élevés de dette extérieure. Advenant une hausse des taux, ces sociétés pourraient se trouver en situation d’être incapables de payer les sommes dues aux fournisseurs. Les sociétés publiques sont particulièrement exposées du fait de leur dette grandissante et des sombres perspectives pour les cours pétroliers.

5. Des attaques informatiques contre de grandes sociétés privées ou publiques

Le vol de données et le cybersabotage à des fins économiques qui sont commis par des groupes criminalisés peuvent infliger des dommages considérables à l’infrastructure essentielle d’un pays et à son secteur privé. Le Canada n’est pas à l’abri de ce risque grandissant. La Banque du Canada a maintes fois affirmé que les cyberattaques ont la capacité de miner la confiance envers notre système financier.

6. Les guerres entre États

Même s’il a peu de chance de se concrétiser, le risque d’une guerre entre États soulèverait une véritable onde de choc sur l’économie mondiale s’il n’était pas contenu. La montée des tensions militaires entre la Russie et l’Occident, tout particulièrement en Syrie, augmente la possibilité de bavures et d’une poursuite de l’escalade.

7. Une crise du crédit et financière en Chine

Les déséquilibres financiers s’accentuent en Chine. Les niveaux d’endettement, surtout des sociétés publiques et des administrations locales, sont reconnus comme des risques croissants. La dette totale dépasse actuellement 250 % du PIB. Une crise dans le secteur financier, attribuable à de mauvaises créances, causerait un repli économique généralisé et pénaliserait la demande pour les exportations canadiennes.

8. Un conflit dans la péninsule coréenne

Les Jeux olympiques d’hiver nous ont montré des images d’unité entre les athlètes des deux Corées. De plus, les récentes actions diplomatiques du régime de la Corée du Nord ont diminué les tensions et la probabilité d’un conflit dans la péninsule coréenne à court terme. Ce risque reste toutefois présent et pourrait revenir sur le devant de la scène.

9. L’impact de l’automatisation et de la technologie sur l’emploi des jeunes

La tendance à un recours plus fréquent à la technologie et l’automatisation perturbe déjà les industries traditionnelles. Les jeunes seront touchés de façon disproportionnée par ces changements, ce qui pourrait avoir un effet déstabilisant sur la société, et notamment la politique à l’échelle nationale.

10. Un Brexit désordonné

À la même période l’an dernier, l’Europe semblait en voie d’élire des partis radicaux ayant la zone euro dans leur ligne de mire. Pourtant, les partis centristes l’ont emporté, et la France a élu son président le plus pro-européen depuis des décennies. Même si la possibilité d’un Brexit désordonné reste préoccupante, ce risque a beaucoup diminué par rapport à l’an dernier.

 

Enfin, nous réservons une mention honorable à l’effondrement des devises causé par les cryptomonnaies. La montée des cryptomonnaies, qui échappent à tout contrôle et qui sont vulnérables au vol, pourrait avoir des effets très perturbateurs sur la masse monétaire mondiale.

Conclusion?

Même si les changements ont été nombreux depuis un an, notre classement des principaux risques reste à peu près le même. Cela s’explique en partie par le fait que les changements structurels, même accélérés par la technologie, n’arriveront pas du jour au lendemain. Pour saisir les occasions créées par ces risques, les exportateurs canadiens doivent comprendre comment ils évolueront et connaître leurs répercussions.