Todd Evans, directeur de groupe, Services de recherche à Exportation et développement Canada, affirme que la diversification joue un rôle majeur dans la réduction du risque commercial global.
« Une société qui vend tout ce qu’elle produit aux États-Unis a fort à risquer si la situation se dégrade, explique-t-il. En diversifiant les lieux où elle exporte ou effectue ses investissements, une société atténue ses risques économiques, financiers et politiques. »
Il ajoute que beaucoup de sociétés s’inquiètent des discussions aux États-Unis sur un ajustement fiscal à la frontière, l’imposition de tarifs d’importation et les questions frontalières.
« Voici donc l’occasion d’envisager d’autres marchés, souligne M. Evans. Bien que nous suggérions aux Canadiens desonger à l’ensemble des marchés mondiaux, l’entrée en vigueur prochaine de l’AECG rend l’UE particulièrement intéressante à l’heure actuelle. »
Au Canada, les secteurs et les produits qui pourront profiter de l’AECG sont nombreux : agriculture, aéronautique, automobile, services financiers et aux entreprises, produits pétroliers et chimiques, foresterie et dérivés du papier.
Evans signale que la diversification assure généralement une certaine durabilité aux activités des entreprises. En effet, on constate une croissance des ventes et une stabilité supérieures chez les sociétés diversifiées.
« Il est avantageux de s’établir sur divers marchés, surtout pour les petites sociétés désireuses de s’intégrer à la chaîne d’approvisionnement d’un joueur majeur, car elles peuvent faire valoir leur expérience dans les différentes régions où elles sont installées, ce qui leur procure un avantage certain lorsqu’elles approchent des multinationales et des acheteurs d’envergure. »
Il souligne également que l’Europe n’est pas un marché unique : l’AECG regroupe 28 pays. D’ailleurs, il s’accorde avec M. Allam pour affirmer qu’une fois installé là-bas, on se rapproche des marchés avoisinants. Par exemple, s’établir en Croatie donne accès à l’Afrique du Nord, à la Turquie et au Moyen-Orient.
Petit avertissement toutefois : l’Europe n’est pas un marché homogène. « Il peut y avoir de bonnes différences entre la stratégie adoptée pour l’Espagne et celle qui conviendra en Pologne », précise-t-il.
Il ajoute que la diversification ne se limite pas aux biens et services vendus : elle englobe aussi l’investissement direct canadien à l’étranger (IDCE) et l’établissement de sociétés affiliées à l’étranger.
« Le commerce mondial n’est pas qu’une question d’exportation; il y a aussi l’investissement à considérer, déclare-t-il. On observe souvent que les exportations suivent le sillon tracé par l’investissement à l’étranger : l’IDCE et l’établissement de sociétés affiliées à l’étranger leur ouvrent la voie. Même si d’autres exportateurs canadiens pourraient bénéficier des investissements d’une société, celle-ci ne manquera toutefois pas d’élargir ses débouchés sur le marché où elle investit et sur les marchés avoisinants. Une présence en Espagne peut ouvrir des portes en Afrique du Nord. »
Evans rappelle que la portion de l’AECG adoptée par le Parlement européen ne prévoit pas de mécanisme de règlement des différends en matière d’investissement, mais que les investissements font néanmoins partie de l’accord. Même si ce mécanisme ne sera mis en place que plus tard, la majeure partie de l’accord entrera tout de même bientôt en vigueur.