Entrepreneure stressée examinant des comptes

1. Récession économique sur les marchés développés

Dans le but de freiner l’inflation et, plus important encore, calmer les attentes inflationnistes, les banques centrales aux États-Unis, au Canada et en Europe privilégient une approche vigoureuse en relevant à plusieurs reprises les taux d’intérêt – de nouvelles hausses sont d’ailleurs attendues au cours des prochains mois. L’augmentation des coûts d’emprunt entravera la capacité des consommateurs à financer l’achat d’une nouvelle voiture ou maison, ou encore l’achat d’autres biens. La morosité des consommateurs gagnera les entreprises, ce qui se traduira à terme par une détente de l’activité de l’économie réelle. Le scénario de référence des Services économiques d’EDC n’évoque pas ce risque, vu le dynamisme de la consommation et la pénurie de main-d’œuvre, le tout sur fond de très faible chômage. Le rythme et l’ampleur des relèvements de taux d’intérêt pourraient bien faire plonger dans la récession l’économie américaine et d’autres économies avancées, comme le Canada.

 

 

Homme d’affaires pointant un stylo vers les données d’un tableau

2. Inflation, effritement de la demande et révision des risques  

Dans leurs efforts pour surmonter les écueils posés par une conjoncture difficile, les banques centrales risquent de mal juger l’incidence du resserrement de la politique monétaire en donnant la préséance à la lutte contre l’inflation malgré les contrecoups sur le secteur financier. La progression des taux d’intérêt bien au-delà des niveaux considérés comme neutres rend très probable une révision des risques, ce qui serait lourd de conséquences pour le secteur financier. Les entreprises financièrement fragilisées par la pandémie sont exposées à d’importants risques de défaut en raison de la raréfaction rapide des liquidités.

 

 

Navire de marchandises bloqué dans un port

3. Chaînes d’approvisionnement et pénurie de main-d’œuvre

Des décennies d’efforts ont permis d’établir des chaînes d’approvisionnement complexes capables d’adaptation et d’agilité. Or, celles-ci ont été bouleversées par les différends commerciaux entre les États-Unis et la Chine et les répercussions de la crise sanitaire. Avant que les chaînes d’approvisionnement ne puissent regagner le terrain perdu, l’économie mondiale a subi les effets des confinements en Chine, puissance incontestable du secteur de la fabrication, et de la guerre en Ukraine, dont les contrecoups sont ressentis dans une myriade de secteurs, des céréales à celui du pétrole et du gaz naturel. Le marché de l’emploi serré – résultat d’une main-d’œuvre disponible moins abondante et de la diminution de l’immigration – a accentué les tensions à l’ensemble des secteurs.

De plus, des événements météo extrêmes et l’apparition d’un nouveau virus pourraient aisément perturber les chaînes d’approvisionnement au cours de l’année à venir. En réponse, les fabricants ont augmenté leurs stocks et se sont mis en mode recrutement pour prévenir tout choc futur du côté de la main-d’œuvre. De nouvelles tendances se dessineraient à l’avenir, comme le rapatriement des activités à proximité ou près d’un marché ami (les activités des chaînes d’approvisionnement seraient alors uniquement menées par des pays partenaires), ce qui permettrait d’assurer le déroulement des activités jusqu’à ce que les fabricants, les détaillants et les autres acteurs de l’écosystème trouvent des solutions de rechange et s’adaptent à la nouvelle réalité – où la résilience l’emporte sur l’efficacité.

 

 

Missiles sol-air en position de lancement

4. Conflit entre la Russie et l’Ukraine

L’invasion de la Russie par l’Ukraine a pris au dépourvu la plupart des dirigeants du monde. L’impact du conflit et les sanctions imposées à l’initiative de l’Occident ont bouleversé les chaînes d’approvisionnement de produits de base essentiels, notamment celles des céréales et de l’énergie. La hausse des prix des aliments et de l’énergie a fait monter en flèche l’inflation partout sur le globe. Même si le scénario de référence des Services économiques d’EDC prévoit que la guerre restera limitée à l’Ukraine, une escalade et une expansion du conflit dans d’autres pays posent toujours un risque de dégradation des perspectives. En fait, cette guerre a des répercussions directes sur les exportations canadiennes. Le plus récent sondage de l’indice de confiance commerciale d’EDC révèle que plus du tiers des répondants ont de la difficulté à se procurer des intrants ou doivent composer avec des retards découlant du conflit qui fait rage en Ukraine.

 

 

Maintenant une pièce de monnaie à côté d’une pile de pièces et d’un modèle du monde

5. Crise de la dette souveraine

Ces dernières décennies, les marchés émergents ont conduit d’importantes réformes structurelles, dont l’adoption de taux de change flottants, ce qui les rend plus résistants aux chocs externes du genre de ceux observés dans les années 1980 et 1990. Les faibles taux d’intérêt et une inflation peu élevée ont permis aux entités souveraines et aux entreprises en difficulté de rester à flot et d’emprunter à des taux abordables. Or, dans un contexte de relèvement des taux d’intérêt et de croissance décevante, on s’inquiète de plus en plus de la possibilité d’une nouvelle crise de la dette souveraine.  

À l’heure où près de 50 pays se trouvent en situation de surendettement ou risquent sérieusement de l’être – parce qu’ils ont été trop lents à restructurer leur dette –, le récent défaut de paiement du Sri Lanka ne serait pas un événement isolé. Une crise systémique de la dette souveraine reste peu probable, selon le scénario de référence des Services économiques d’EDC, mais si une pareille crise éclate, ces répercussions s'étendraient à l’ensemble des économies émergentes. Les marchés développés, comme les États européens en périphérie, pourraient subir des tensions financières qu’elles pourraient cependant gérer grâce à leur plus grande habileté à absorber les chocs. 

 

 

Ouvrier d’une plateforme pétrolière au coucher du soleil

6. Marché de l’énergie sous tension

La guerre en Ukraine et les sanctions prises à l’endroit des exportations énergétiques russes ont exacerbé un marché mondial de l’énergie déjà sous tension. Les cours énergétiques élevés et leur incidence sur l’inflation ont accentué l’incertitude économique et l’agitation sociale partout sur le globe. La pénurie d’énergie a aussi modifié le paysage géopolitique, alors que les pays se mettent en quête d’autres sources d’approvisionnement. À moyen et à long termes, le maintien des cours énergétiques élevés aura comme effet de modérer la demande en produits pétroliers, d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables et de faire basculer le centre mondial du commerce de l’énergie des pays riches en pétrole aux pays générant le plus d’électricité. En tant que grand producteur de pétrole et exportateur net d’énergie, à court terme, le Canada devrait profiter de l’ascension des cours énergétiques, ce qui attirera plus d’investissements vers le secteur pétrogazier.

 

 

Fèves de soja chargées dans une camion sur une ferme.

7. Sécurité alimentaire mondiale

Compte tenu de l’effet combiné de l’inflation, des perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement – en plus d’une guerre qui fait rage en Ukraine, l’un des principaux greniers de la planète –, l’offre alimentaire mondiale a rarement été soumise à autant d’incertitude. Les denrées alimentaires et les engrais coûtent de plus en plus cher et se font de plus en plus rares. Les consommateurs et les producteurs en faisant les frais, et les gouvernements sont pressés d’intervenir. Sur bon nombre de marchés émergents, les répercussions de ce sursaut de l’inflation pourraient être dévastatrices vu la capacité limitée de beaucoup de consommateurs et de gouvernements de s’adapter à des prix plus élevés et de nouvelles perturbations des chaînes d’approvisionnement.

Cette situation étant appelée à persister, le problème de l’insécurité alimentaire pourrait bien effacer plusieurs des gains réalisés cette dernière décennie sur les fronts économique et du développement, et contribuer aux troubles politiques dans la plupart des pays de l’hémisphère Sud. Les restrictions visant les exportations alimentaires risquent de devenir un sujet incontournable de la politique intérieure de plusieurs marchés émergents, les gouvernements accordant la priorité aux besoins de leur propre pays au détriment du commerce mondial. Un scénario de ce genre offre l’occasion aux exportateurs canadiens du secteur agroalimentaire ayant les ressources nécessaires d’aider à atténuer les tensions sur l’offre.

 

 

Route sinueuse traversant une forêt luxuriante

8. Réglementation face à la menace climatique

Face à la reconnaissance internationale de l’urgence d’agir pour relever les défis environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), les gouvernements et les acteurs industriels sont de plus en plus pressés d’accroître leurs engagements dans ces domaines. La déclaration ESG transparente et proactive est en voie de devenir la norme, et elle est de plus en liée aux primes versées aux hauts dirigeants. Souvent, ces engagements ne s’inscrivent pas dans des initiatives volontaires, mais deviennent plutôt des exigences réglementaires mettant l’accent sur la convergence des normes et des cibles ESG. Même si ce virage augmente le coût de faire des affaires pour les secteurs, il annonce aussi de meilleurs rendements et un accès au crédit à moindres frais. Le bilan ESG procurera un avantage concurrentiel et exclura certains acteurs du marché. Il subsiste le risque que beaucoup d’entreprises ne soient pas prêtes à effectuer ces changements ou n’aient pas correctement pris en compte le coût de la transition.

 

 

Des gens d’affaires en Asie traversent une rue du centre-ville

9. Une mondialisation marquant le pas

La guerre en Ukraine et les sanctions imposées à l’encontre de la Russie mettent à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement et réorientent les flux commerciaux (les exportations d’énergie prennent la route de Chine et de l’Inde plutôt que celle de l’Europe). Cette guerre n’est que le plus récent écueil pour le commerce international, après la crise sanitaire et le différend commercial entre les États-Unis et la Chine. Réunis, ces chocs poussent les entreprises à passer à l’action et à accorder la priorité à la sécurité du commerce plutôt qu’à son efficience. Pour ce faire, elles revoient leurs chaînes d’approvisionnement en augmentant le nombre de leurs fournisseurs, en accumulant des stocks et en investissant dans l’intégration verticale. Par ailleurs, les gouvernements adoptent de plus en plus des politiques industrielles à l’intention des secteurs « stratégiques » afin de réduire leur dépendance économique. Si, au final, de telles mesures rendent les entreprises plus résilientes, elles entraînent des coûts supplémentaires importants, qui seront sans doute répercutés aux consommateurs et aux contribuables. La fin de la mondialisation ne s’impose pas comme un scénario allant de soi. Chose certaine, une transformation est en train de s’opérer. Pour une nation commerçante comme le Canada, il est vital de comprendre comment elle évoluera.

 

 

Dirigeants d’entreprise dans une salle de conférence discutant de sujets d’ordre financier

10. Vague de défauts chez les entreprises

Outre les marchés des capitaux et les entités souveraines, les entreprises représentent une autre catégorie d’actifs à surveiller de près. L’économie mondiale a repris du poil de la bête au deuxième trimestre de 2020 et de 2021, mais ces gains ont été réalisés aux prix d’une hausse sensible de l’endettement des entreprises. Cet endettement a été favorisé par les généreuses garanties sur les prêts consenties par les gouvernements et un coût d’emprunt à un plancher inédit, les banques centrales déployant des programmes de relance monétaire en abaissant les taux d’intérêt. Or, le repli économique – causé par les tensions inflationnistes et les problèmes de la chaîne d’approvisionnement – et des conditions financières plus serrées posent des risques pour les entreprises puisque les investisseurs se détournent des entreprises endettées et exigent des rendements plus élevés.  

L’accès facile aux marchés du crédit a permis aux entreprises « zombie » – à savoir celles qui ne sont pas viables sur le plan financier – de survivre sans remplir des exigences en matière de profitabilité et de productivité, et ce, en tirant parti des ressources des banques et des marchés financiers. Selon certaines estimations, un cinquième des 3 000 plus grandes sociétés cotées en Bourse seraient considéré comme des « zombie ». L’accès sans réserve aux marchés du crédit étant révolu, alors que les gouvernements retirent leur soutien financier et que l’économie ralentit la cadence, le risque à court terme d’une vague de défaut chez les entreprises est une éventualité à laquelle les exportateurs canadiens doivent se préparer.