À peine quelques jours avant la date butoir du 31 octobre, l’Union européenne a accordé un nouveau report du Brexit en vertu de l’article 50, soit jusqu’au 31 janvier 2020. On qualifie ce sursis de « flextension », car il donne au Royaume-Uni la flexibilité de se retirer à tout moment d’ici le jour J. Si l’on évite ainsi une rupture brutale, au grand soulagement de plus d’un exportateur, le dossier est loin d’être clos et les faits récents montrent bien que de nouveaux rebondissements politiques entourant les négociations peuvent survenir à tout instant.

Étant donné les liens politiques et économiques que le Canada entretient historiquement avec le Royaume-Uni, si ce dernier quitte l’Union européenne, il y aura d’importantes répercussions sur les rapports entre les exportateurs canadiens et leurs clients britanniques. Le Royaume-Uni est le quatrième marché d’exportation en importance du Canada, derrière les États-Unis, l’Union européenne (sans le Royaume-Uni) et la Chine; les exportations de biens et services vers ce pays totalisaient 23,3 milliards de dollars en 2018. En particulier, les services représentaient 7 milliards de dollars, soit 55 % des exportations canadiennes totales vers le pays en 2018 (à l’exclusion de l’or), ce qui fait du Royaume-Uni le seul marché important où l’exportation de services surpasse celle des biens.

Mais si ces chiffres parlent d’eux-mêmes, ils ne disent pas tout. Par exemple, de nombreuses entreprises canadiennes ont des sociétés affiliées sur les îles Britanniques. En 2016 (l’année la plus récente pour laquelle nous avons les données), les ventes de ces sociétés affiliées s’élevaient à 39,4 milliards de dollars, un montant qui ne cesse de croître depuis. Et cette présence canadienne croissante est soutenue par des investissements directs substantiels, qui atteignaient 177 milliards de dollars à la fin de 2017. Ces chiffres non seulement montrent à quel point l’économie du Canada est intimement liée à celle du Royaume-Uni, mais ils laissent aussi entrevoir l’ampleur des effets économiques potentiels que pourra avoir le Brexit sur les entreprises canadiennes.

Le Brexit et les exportateurs canadiens

Un Brexit dur – en d’autres termes le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne sans que les parties soient parvenues à un accord – pourrait avoir des impacts significatifs, surtout à court terme. Mais même si l’État britannique arrive à négocier l’accord qu’il souhaite, son économie risque d’en pâtir pendant des années. Un nouveau rapport d’un groupe de réflexion britannique, par exemple, prédit que les effets du dernier accord présenté en date par le premier ministre Boris Johnson se feraient encore sentir au bout d’une décennie; le produit intérieur brut (PIB) par habitant serait amputé de 2,3 % à 7 %, si l’on tient compte des répercussions sur le commerce, l’immigration et les gains de productivité futurs.

Pour les exportateurs canadiens, il va sans dire que la moindre incertitude économique sur un marché cible de la taille du Royaume-Uni a de quoi inquiéter. En cas de ralentissement économique à n’en plus finir dans le sillage du Brexit, la demande pour les produits et services canadiens risque de chuter dans de multiples secteurs. Les exportateurs qui dépendent des expéditions de marchandises au Royaume-Uni pourraient subir des retards et des perturbations considérables dans leurs livraisons, le temps que le pays adopte et mette en place ses nouvelles procédures douanières.

« Pour les exportateurs canadiens, il va sans dire que la moindre incertitude économique sur un marché cible de la taille du Royaume-Uni a de quoi inquiéter. »

Une gestion proactive des repercussions du Brexit

Comment tenir la barre de vos activités d’exportation dans les eaux troubles de l’économie post-Brexit? Une planification soigneuse : voilà votre planche de salut. Une part essentielle de la préparation au Brexit, par exemple, est de s’informer au maximum des effets probables de chaque issue possible sur votre secteur d’activité. Si certains secteurs s'en sortent relativement indemnes, d’autres, comme les services financiers, le secteur automobile ou l’agriculture, risquent de s’en ressentir davantage. Une fois que vous aurez saisi les nuances des répercussions que le Brexit pourra avoir sur vos affaires, il sera important de concevoir un plan d’action exposant clairement comment vous comptez composer avec chacun des scénarios.

« Une part essentielle de la préparation au Brexit est de s’informer au maximum des effets probables de chaque issue possible sur votre secteur d’activité. »

Heureusement, c’est un travail dans lequel vous n’avez pas à vous lancer seul. Maintenir la communication ouverte avec vos partenaires d’affaires au Royaume-Uni est une bonne façon de rester au fait de l’actualité là-bas. Et il existe des réseaux commerciaux établis par des entreprises canadiennes des deux côtés de la manche (au Royaume-Uni et dans l’Union européenne) qui pourraient vous aider à éviter les perturbations ainsi qu’à vous adapter aux potentiels renversements de tendance dans le commerce et la production. Vous pourriez aussi obtenir les conseils d’un spécialiste juridique ou technique pour vérifier que vous pourrez mener vos affaires de la même manière avant et après le Brexit.

Le gouvernement du Royaume-Uni et la Commission européenne ont chacun publié des ressources pour aider les entreprises à se préparer aux diverses issues possibles du Brexit, et le Service des délégués commerciaux du Canada (SDC) a mis en ligne une page d’information à l’intention des exportateurs canadiens.