Le terme « difficiles » n’est pas assez fort pour décrire mes deux dernières visites annuelles au Mexique. Bien sûr, je me réjouis toujours à l’idée de connaître l’évolution des activités entre les entreprises mexicaines et canadiennes, de discuter de l’économie du pays avec des analystes et des représentants du gouvernement, d’apprécier l’incroyable hospitalité des gens du pays, et de profiter du temps chaud (en ce moment, le Canada traverse un épisode de froid polaire!). Pourtant, janvier n’a pas apporté les meilleures nouvelles pour le Mexique. L’an dernier, la nouvelle administration américaine avait, dès la première semaine de son entrée en service, annoncé une taxe d’ajustement à la frontière – qu’elle avait immédiatement retirée. Cette année, l’avenir de l’ALENA est en jeu, et une élection générale est imminente. Assistera-t-on au même fiasco que l’an dernier ou la situation sera-t-elle cette fois plus grave?

La renégociation de l’ALENA menace toujours la libéralisation des échanges au Mexique

La volte-face de la présente administration américaine en matière de politique commerciale est pour le moins spectaculaire. La signature de l’ALENA a notamment contribué à rendre la frontière plus fluide et à créer des maquiladoras. Par cette politique délibérée, on a reconnu le fait que la hausse – passagère – des déficits sur les plans du commerce et de l’investissement était un prix juste à payer pour les États-Unis afin de réduire l’immigration illégale, les activités commerciales illicites et la corruption. Le libre-échange et l’investissement transfrontalier ont donné de l’espoir à une nouvelle génération de Mexicains pouvant réussir sans quitter leur pays. La politique américaine actuelle met cela en péril, ce qui pourrait avoir de graves répercussions.

Jusqu’ici, la fanfaronnade politique n’a pas pénalisé l’économie mexicaine. En 2017, sa croissance devrait s’établir à 2,2 %, alors que les exportations ont progressé au taux respectable de 2,8 %. Fait à noter, l’investissement direct étranger vers le Mexique a facilement dépassé 20 milliards de dollars, un chiffre impressionnant qui n’est pas très loin des sommets. À l’image des entreprises canadiennes, les sociétés mexicaines vont de l’avant et tirent parti de l’embellie de la croissance mondiale.

Le statu quo est de plus en plus difficile à maintenir. Les États-Unis brandissant davantage la menace d’un retrait de l’ALENA, les entreprises pourraient devoir prendre des décisions cruciales. Les risques liés à la chaîne d’approvisionnement incitent, à tout le moins, les entreprises à se doter de plans de secours en matière d’approvisionnement. La perspective d’une nouvelle réglementation sur la teneur des produits influe sur les décisions des lieux de production. Les multinationales étrangères sont plus réticentes à ce que la Maison-Blanche scrute à la loupe leurs activités actuelles ou potentielles au Mexique.

Le risque couru par l’investissement commercial au Mexique

En fait, sur plusieurs fronts, c’est l’investissement commercial au Mexique qui est le plus à risque. Les changements proposés à l’architecture actuelle du commerce constituent un facteur dominant, mais il y a d’autres implications plus générales. Les élections mexicaines du 1er juillet annoncent la possibilité très réelle d’un changement de cap total sur le plan des politiques – ce qui rendrait le contexte commercial plus incertain. Un virage populiste qui ferait élire un leader moins conciliant et favorable aux entreprises pourrait aggraver cette situation et contrarier de futurs projets d’investissement.

Et puis il y a un autre facteur : l’insécurité budgétaire implicite. Les entreprises doivent aussi ajouter de nouvelles obligations fiscales à leurs calculs en matière d’investissement. Or, l’incertitude dans ce domaine change la donne. Par ailleurs, les incitatifs gouvernementaux ont aidé à attirer des investissements au Mexique. Une diminution de la capacité à financer de nouvelles entreprises commerciales serait alors une déconvenue. De plus, un changement dans la sphère politique remettrait en cause les politiques de dérégulation et de privatisation. Le préjudice à l’activité économique viendrait agiter le spectre du facteur sécurité et de la montée des activités commerciales clandestines qui, par leur nature, profitent souvent de la dégradation économique.

La fin de l’ALENA ne ferait que des perdants

L’idée d’un retour à des temps moins prospères est très frustrante puisqu’elle est jugée futile pour toutes les parties touchées, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les données n’accréditent pas la thèse voulant que le Mexique vole des emplois à d’autres pays. Le taux de chômage est de 4,1 % aux États-Unis, passe à 5 % au Canada, et s’oriente vers des creux cycliques en Europe occidentale. Certes, le niveau plus faible de participation générale de la main-d’œuvre exagère cette réussite, mais on note même des progrès sur ce front. Deuxième raison : la croissance mondiale gagne en puissance plus rapidement que prévu – elle semble abondante et découragée les ripostes protectionnistes. Enfin, troisième raison : de nombreuses théories et des décennies d’expérience confirment que personne ne profite d’une restriction du commerce, y compris ses responsables. Le Mexique serait donc le grand perdant si l’accord est réduit à néant – il serait toutefois l’un des trois pays à monter sur le podium des perdants. Au bout du compte, personne n’y gagnerait.

Conclusion?

Le Mexique profite du regain de la croissance mondiale : voilà une excellente nouvelle pour les exportateurs et les investisseurs canadiens sur ce marché. Jusqu’ici, « la marée montante a gardé les navires à flot ». Pourtant, si des trous sont percés dans la coque d’un ou de plusieurs des navires – et qu’ils commencent à prendre l’eau –, ils deviendront une entrave pour le reste des navires du port.

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