« Les machines prennent le dessus ». Voilà un thème récurrent de la presse économique et du monde des affaires. La robotique, la collecte de données, le numérique et l’intelligence artificielle comptent parmi les déterminants de la révolution qui s’opère aujourd’hui. Les changements et les perturbations se produisent à une vitesse folle, ce qui force les organisations, tous types confondus, à s’adapter. Même l’éternelle question sur le rôle de l’humain refait surface. Faut-il s’en inquiéter?

Cette inquiétude (et l’appel à résister à la technologie) remonte à la première révolution industrielle, à la fin du XVIIIe siècle. Ned Ludd, un ouvrier mécontent, avait forcé les portes d’une usine pour détruire un stock de coton et des métiers à tisser parce que « ces machines jetaient les travailleurs au chômage ». À l’époque, ces perturbations de l’activité ont eu des effets catastrophiques sur nombre d’entreprises, et les actions de Ludd ont lancé un mouvement où la seule voie pour préserver l’ordre économique était de détruire la machinerie des usines qui sous-tendait les méthodes de production. Le mouvement des Luddites a fini par s’essouffler : on a trouvé des façons de réorganiser les activités industrielles afin qu’elles améliorent – éventuellement – les conditions de tous.

Des millions de travailleurs sur la touche

Bon nombre redoutent que les changements actuels produisent un effet semblable – et à titre de preuve ils invoquent les millions de travailleurs au chômage dans les économies occidentales, dix ans après la grande récession. En fait, on s’inquiète qu’une catégorie de travailleurs ne soit plus nécessaire – la technologie ayant rendu leur participation à l’économie inutile et le système capitaliste les ayant relégués au statut de simples statistiques démographiques. Les alarmistes envisagent un scénario plus sombre : craignant la montée inexorable et exponentielle de la technologie, ils annoncent une marginalisation à grande échelle des cols bleus, mais aussi des cols blancs.

Laissé à lui-même, le système capitaliste engendre d’énormes perturbations; et par lui-même, il n’affiche pas un bilan très positif pour ce qui est de les minimiser. Ce faisant, les projections linéaires portant sur les résultats nous amènent à faire des prédictions catastrophistes qui, en fin de compte, se révèlent totalement fausses. Pourquoi? Presque toujours, elles font abstraction du fait que l’ingéniosité déployée pour révolutionner la production est appliquée à la réorganisation de l’économie d’une manière qui, au fil du temps, a démontré sa capacité à élever le niveau de vie de chacun.

Le populisme, une sérieuse menace au progrès

Ne pas reconnaître cette réalité – ou encore ne pas l’expliquer au plus grand nombre – pourrait aboutir à une relance aux accents luddites. Aujourd’hui, les travailleurs sans emploi s’expriment haut et fort, manifestent lors de l’élection et la quasi-élection de candidats afin de dire leur opposition à l’ordre économie établie – la mondialisation, les institutions de l’après-guerre, le gouvernement, les grandes entreprises, le fameux « 1 % » – et menacent d’ébranler ces piliers afin de remettre les pendules à l’heure. Ces nouveaux leaders – et leur quête des victimes du coupable – pourraient bien conduire cette foule sur le pas de la porte de la technologie.

Pourtant, le chômage atteint des creux sans précédent

Les faits sont ici essentiels, et des arguments décisifs suffisent à réfuter la logique populiste. Tout d’abord, notre monde dominé par la technologie affiche l’un des plus bas taux de chômage de l’histoire, peu importe l’économie étudiée. Ensuite, on constate des pénuries chroniques de main-d’œuvre de travailleurs qualifiés, au Canada, aux États-Unis et partout en Europe occidentale, ce qui crée des occasions de reconversion ou de changement de carrière. Enfin, les travailleurs au chômage ont l’espoir que des segments clés de l’économie n’ont toujours pas connu une véritable reprise depuis la fin de la récession. Et certains de ces secteurs sont parmi ceux qui emploient le plus de travailleurs semi-qualifiés. Ainsi donc, il semble que le chômage en masse ne surviendra pas avant longtemps ou que notre capacité d’adaptation sera bien supérieure à celle du XVIIIe siècle.

Cela ne veut pas dire que nous devrions rester sur la touche et être de simples spectateurs. Loin de là. À vrai dire, les préoccupations de l’heure sont nécessaires, car elles nous poussent à agir. Les organisations de tous genres savent qu’elles doivent se transformer; les personnes, pour leur part, savent qu’elles doivent rester en phase avec les changements et que l’adaptation est un élément crucial. Nous profitons d’un avantage de taille : l’accès universel à l’information pour prendre ces décisions. Les intentions de Ludd étaient bonnes, mais si ces actions avaient porté fruit, elles nous auraient condamnés tous à un état de pénurie.

Conclusion?

La technologie continuera à transformer la façon dont nous interagissons avec l’économie. Évidemment, il y aura toujours des conséquences douloureuses. Voilà pourquoi il sera primordial de pouvoir s’adapter avec brio. Une réaction aux allures luddites irait à l’encontre de tout – y compris le bien-être général.

 

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