Exportations canadiennes en défense : des débouchés portés par les dépenses militaires mondiales
Précisions au sujet de l’auteur
William Thomas
Associé principal | Renseignements sur les pays et les secteurs
Malcolm Fisher
Analyste quantitatif associé, Centre d’information économique et politique
Dans cet article :
- Pourquoi les dépenses en défense à l’échelle mondiale ont bondi
- L’industrie canadienne de la défense est en croissance
- Où se situe l’avantage concurrentiel du Canada dans le secteur de la défense
- Pourquoi la diversification des exportations en défense importe-t-elle?
- Qu’est-ce qui rend le Canada concurrentiel sur les marchés mondiaux de la défense
- Comment EDC peut soutenir les exportateurs canadiens du secteur de la défense et de la sécurité
Les dépenses du secteur de la défense à l’échelle de la planète entrent dans une nouvelle phase. Les budgets militaires limités de l’après-guerre froide ont laissé place à des dépenses structurellement plus élevées depuis la guerre menée par la Russie en Ukraine et maintenant que nous assistons à des rivalités entre les États-Unis et la Chine ou aux conflits au Moyen-Orient. Les questions concernant l’engagement à long terme en matière de défense poussent les pays à devenir plus autosuffisants dans ce domaine.
Notre époque vit une transformation importante. La hausse de l’approvisionnement au sein des marchés alliés crée un pipeline plus grand et plus stable pour les entreprises du secteur de la défense. Les possibilités d’exportations pour le Canada dépendront de la capacité de nos entreprises à croître afin de pouvoir accepter des contrats étrangers et d’approfondir leur rôle dans les chaînes d’approvisionnement des pays alliés.
Selon Gordon Scharf, responsable national de l’écosystème de la défense à Exportation et développement Canada (EDC), les entreprises canadiennes en défense et en sécurité mènent leurs activités dans un environnement mondial très différent d’il y a quelques années.
« Les pays alliés réorganisent leurs capacités, en renforçant leurs chaînes d’approvisionnement et en cherchant des partenaires de confiance. Le Canada a de solides compétences dans des domaines tels que les intrants perfectionnés, les systèmes terrestres, l’aéronautique et les technologies de mission. Actuellement, l’occasion à saisir est d’aider plus d’entreprises à développer les capacités voulues à l’international et à devenir des partenaires plus étroits au sein des réseaux d’approvisionnement des pays alliés », explique M. Scharf.
Points à retenir
- Les dépenses en défense sont structurellement en hausse et les tensions géopolitiques favorisent une croissance soutenue de l’approvisionnement
- Le secteur canadien de la défense prend de l’ampleur, mais demeure alimenté par la demande intérieure, ses principales forces étant les intrants perfectionnés, les sous-systèmes ainsi que les services d’entretien, de réparation et de révision — surtout dans les secteurs aérien et terrestre
- La croissance de nos exportations est possible, mais dépendra de la diversification de nos marchés ailleurs qu’aux États-Unis ainsi que de notre intégration dans les chaînes d’approvisionnement des pays alliés
En 2025, les membres de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) ont dépensé quelque 1 600 milliards de dollars américains pour leurs capacités militaires fondamentales, dont 954 milliards de dollars américains dépensés par les États-Unis (voir la figure 1). Le Canada et ses alliés européens ont dépensé 627 milliards de dollars américains — une forte augmentation par rapport aux années précédentes, ce qui témoigne d’une perception accrue des menaces et de la pression de restaurer leurs capacités militaires et de rehausser leur arsenal.
Les États-Unis demeurent le pays dont les dépenses en défense sont les plus élevées, mais l’Europe a accéléré les siennes depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Au cours de cette période, les dépenses militaires de base des États-Unis ont augmenté d’environ 10 %, contre 70 % dans les autres pays membres de l’OTAN.
Ce changement reflète un effort renouvelé par les membres de l’OTAN de respecter leur objectif de dépenses en défense de 2 % du produit intérieur brut (PIB), qui a été établi en 2014. En 2025, tous les pays membres de l’OTAN ont atteint cette cible pour la première fois, à l’exception de l’Islande, qui en est exemptée puisqu’elle n’a pas d’armée permanente. Cette étape importante était accompagnée d’un nouvel engagement de dépenser 3,5 % du PIB en dépenses militaires de base d’ici 2035. Les dépenses militaires de l’Asie-Pacifique ont aussi bondi, mais à un rythme plus graduel, pointant vers des ajustements plus lents de leurs dépenses en défense.
Si l’OTAN exige des dépenses militaires de base de 3,5 % d’ici 2035, les dépenses totales devraient s’approcher des 3 000 milliards de dollars américains, non ajustés avec l’inflation (voir la figure 2). Les dépenses deviendraient aussi plus équilibrées sur le plan géographique au sein de l’alliance; la part des États-Unis déclinerait alors que celle du Canada et des alliés européens s’accroîtrait. Pour les entreprises de l’écosystème de la défense et de la sécurité, cela laisse présumer d’un pipeline d’approvisionnement plus important et plus stable en ce qui a trait aux munitions, aux plateformes, aux intrants et aux services techniques.
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Dans ce contexte, l’industrie de la défense du Canada prend de l’expansion. Selon les plus récentes données d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE), le secteur a généré approximativement 17,3 milliards de dollars de revenus en 2024.
Le secteur de la défense fait principalement référence à des sociétés œuvrant dans la production et l’entretien d’équipement militaire ainsi que dans le soutien et les services militaires. Puisque ces activités chevauchent plusieurs industries, ISDE estime que le secteur de la défense canadien profite d’une combinaison de sources de données, notamment les enquêtes obligatoires, les données gouvernementales et la collaboration de l’industrie, plutôt que sur une seule classification industrielle.
Comme le montre la figure 3, les revenus intérieurs du Canada dans le secteur de la défense ont crû presque deux fois plus rapidement que les exportations ces dernières années. Cela suggère que l’expansion de l’industrie est surtout alimentée par l’approvisionnement du gouvernement canadien, plutôt que par une croissance plus rapide de ses ventes à l’international.
Plus largement, cette tendance reflète le rôle de longue date des dépenses publiques pour façonner la base industrielle du Canada. Ce phénomène de renforcement intérieur devrait se poursuivre à court terme en vertu de la Stratégie Industrielle de Défense du Canada avant que les sociétés puissent contribuer de façon plus significative à la croissance des exportations. La Stratégie est basée sur un cadre « construire-collaborer-acheter », qui vise à développer les capacités d’exportation en renforçant d’abord la base industrielle du pays. En vertu de cette approche, le Canada cible environ 70 % de dépenses en défense à octroyer aux sociétés nationales, une hausse par rapport aux 50 % actuellement.
Lorsqu’on examine plus attentivement le secteur canadien de la défense (voir la figure 4), on remarque que les revenus se concentrent dans des domaines de capacités déjà établies et déjà intégrées aux chaînes d’approvisionnement de pays alliés.
La force industrielle du Canada est la plus évidente dans les filières suivantes :
- Les véhicules terrestres, pour lesquels les sociétés canadiennes détiennent un rôle établi dans les marchés de la défense des pays alliés
- Les sous-systèmes de pointe, y compris les capteurs, les appareils électroniques et les logiciels
- Les services techniques comme les services d’entretien, de réparation et de révision
- Les systèmes de mission et de simulation dans les domaines aérien, terrestre et maritime
Globalement, le modèle de défense du Canada est moins centré sur le leadership technique et plus sur le maintien, les sous-systèmes, les services d’ingénierie et les plateformes de créneaux sélectionnées.
L’aéronautique est le principal moteur d’exportation du Canada dans le secteur de la défense (voir la figure 5), reflétant son rôle concurrentiel et hautement intégré à l’échelle mondiale dans les intrants de pointe tels les moteurs et les composants, comme le souligne le récent article d’EDC sur le sujet.
Selon Peter Johnston, directeur de l’Équipe de l’aéronautique à EDC, « le secteur de l’aéronautique du Canada donne à notre industrie de la défense une solide base d’exportation. Qu’il s’agisse de moteurs et de composants, de simulateurs ou de services d’entretien, de réparation et de révision, les entreprises canadiennes sont déjà des fournisseurs de confiance au sein des chaînes d’approvisionnement aéronautiques mondiales. Les pays alliés augmentent leurs dépenses en défense et grâce à ce savoir-faire, les entreprises d’ici sont en bonne posture pour capitaliser sur un bassin grandissant de débouchés à l’étranger. »
La comparaison des figures 4 et 5 démontre que les activités maritimes représentent une part de choix dans l’industrie de la défense au pays, appuyée par un investissement fédéral notable dans la construction navale au cours de la dernière décennie dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale (SNCN). Cependant, cette approche ne s’est pas encore traduite par une capacité exportatrice marquante. Cela reflète l’axe prioritaire de la SNCN, qui est de rebâtir ses capacités intérieures et d’appuyer le renouvellement et l’entretien à long terme de ses flottes après une période importante de déclin dans le secteur de la construction navale au Canada.
Cela dit, le potentiel d’exportation pourrait prendre de l’ampleur à mesure que ces capacités arrivent à maturité. De récents partenariats internationaux, comme le Pacte de collaboration sur les brise-glaces (le Pacte), un protocole d’entente trilatéral entre le Canada, les États-Unis et la Finlande axé sur le développement de brise-glaces, mettent en lumière les possibilités croissantes pour les entreprises canadiennes, particulièrement en conception, en ingénierie et dans la construction de navires spécialisés. Cette possibilité se reflète dans l’entente de 2026 qui permettra à l’entreprise canadienne Seaspan Shipyards d’exporter des plans de brise-glace et les cahiers de charges de chaîne d’approvisionnement connexes afin d’appuyer la construction de jusqu’à six navires de sécurité de la Garde côtière étatsunienne dans l’Arctique.
Si l’on examine l’avantage comparatif révélé du Canada, la figure 6 indique les exportations canadiennes en défense qui sont actuellement plus concurrentielles sur la scène mondiale. Le Canada obtient de bons résultats dans le secteur de l’aéronautique et dans certains secteurs de la défense, notamment les véhicules de combat, les propergols et poudres propulsives, les détonateurs et les sous-systèmes comme l’équipement de navigation, les lasers et l’optronique. Cela renforce le fait que les meilleures possibilités d’exportation du Canada résident dans les intrants de pointe, surtout pour les applications terrestres et aériennes, et que les capacités existantes ont le potentiel de conquérir les marchés mondiaux de la défense en pleine croissance.
Comme pour l’ensemble des exportations du Canada, les États-Unis demeurent le marché dominant du secteur, représentant environ la moitié de nos exportations en défense, variant d’approximativement 49 % en 2020 à environ 63 % en 2024 (voir la figure 7). Cette concentration reflète en partie le degré élevé d’intégration entre les chaînes d’approvisionnement industrielles canadiennes et étatsuniennes, particulièrement dans des filières comme l’aéronautique et la fabrication, où la production transfrontalière est courante.
L’Europe est devenue une source importante de diversification, sa part atteignant 17 % en 2024. Celle-ci devrait augmenter parallèlement à l’augmentation des dépenses en défense dans toute la région. Au-delà de ces deux marchés, les parts d’exportation diminuent plus fortement. Des régions telles que le Moyen-Orient et l’Afrique, tout comme l’Australie, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande (les autres membres du Groupe des cinq, un organe de partage de connaissances) offrent des débouchés dignes de mention par rapport à leur taille. La hausse des exportations vers le Moyen-Orient en 2020 découle d’un contrat isolé de véhicules blindés légers et non d’une tendance d’exportation soutenue.
Le paysage concurrentiel mondial varie du tout au tout selon les créneaux. Sur les marchés à systèmes intégrés et axés sur les plateformes, comme ceux des véhicules de combat, des munitions, des propergols et poudres propulsives et des aéronefs, le jeu est verrouillé par une poignée de maîtres d’œuvre bien établis aux États-Unis et dans l’Union européenne. Ces entreprises sont soutenues par des relations étroites en matière d’approvisionnement national et des chaînes d’approvisionnement hautement intégrées, ce qui dresse des obstacles majeurs à l’entrée sur le marché.
En revanche, les intrants des plateformes finales de défense, comme les pièces d’aéronefs, les composants spécialisés et les technologies de détection ou d’optronique, sont plus accessibles aux nouveaux acteurs de l’industrie. Dans le paysage des intrants, la compétitivité ne passe plus par le titre de fournisseur principal, mais par les coûts, la fiabilité et l’intégration aux chaînes d’approvisionnement des pays alliés. Cela concorde avec la plupart des forces actuelles du Canada, hormis la production de véhicules blindés, ce qui suggère que la croissance des exportations proviendra plus probablement des composants et des sous-systèmes que des plateformes complètes.
Un facteur habilitant important est la position du Canada en matière de minéraux critiques. Le pays produit 10 des 12 matières premières essentielles à la défense selon l’OTAN et jouit d’une réputation de fournisseur fiable d’intrants pour les alliés. Cela se reflète dans la production établie d’intrants, notamment le titane, à environ 12,7 % de la production mondiale, l’aluminium, à environ 4,5 % et le cuivre, à environ 1,5 %. Ces matériaux soutiennent notre capacité concurrentielle pour les composants d’aéronefs, les intrants de véhicules et la fabrication de produits de défense.
Au-delà de la production actuelle, le Canada détient également d’importantes réserves de minéraux critiques pour la défense, dont le gisement de Mactung, riche en tungstène, l’antimoine, qui représente environ 3,9 % de l’assiette mondiale, et des éléments des terres rares que le Canada ne produit pas encore à grande échelle. L’expansion des activités d’extraction et de traitement dans ces domaines renforcerait la sécurité de l’approvisionnement, réduirait les coûts des intrants et améliorerait la compétitivité du secteur canadien de fabrication en matière de défense.
Ce qu’il faut conclure pour les exportateurs canadiens en défense
Le Canada aborde le cycle actuel de la défense mondiale avec une force réelle, mais asymétrique. Au pays, l’industrie est en plein essor, portée par la hausse des marchés publics et une véritable volonté politique, avec des créneaux très spécialisés : les services d’entretien, de réparation et de révision, les systèmes de mission, la simulation, les véhicules terrestres et les intrants aéronautiques.
Toutefois, les exportations se cantonnent toujours à des capacités et à des marchés précis. Si les dépenses des alliés continuent d’augmenter jusqu’en 2035, le Canada aura l’occasion de convertir l’élan national en une croissance plus vaste de ses exportations. La concrétisation de cette occasion dépendra de la capacité des entreprises canadiennes à croître au-delà des programmes nationaux et à approfondir leur intégration dans les écosystèmes d’approvisionnement des pays alliés.
Pour percer les marchés mondiaux de la défense et de la sécurité, le savoir-faire technique ne suffit plus. Les entreprises ont également besoin d’une compréhension claire des cycles d’approvisionnement, des exigences des acheteurs, des risques géopolitiques et du financement nécessaire pour évoluer.
EDC travaille avec des entreprises canadiennes du secteur de la défense et de la sécurité pour évaluer les possibilités, gérer les risques et tisser des liens sur les marchés mondiaux. En 2025 seulement, nous avons fourni 692 millions de dollars en solutions de financement et d’assurance à 28 entreprises canadiennes de cette filière.
Voici comment nous soutenons les entreprises canadiennes dans l’ensemble de l’écosystème de la défense :
- Renseignements sur les marchés et analyses pour donner aux exportateurs une meilleure compréhension des exigences des acheteurs, des facteurs de risque et des débouchés au sein de chaînes d’approvisionnement fiables.
- Financement et solutions de fonds de roulement pour permettre aux entreprises d’accroître leur production, d’investir dans leur croissance et de rivaliser pour conclure des contrats internationaux plus importants.
- Solutions de gestion des risques, notamment l’assurance crédit commercial, pour aider les entreprises à se protéger contre le non-paiement et soutenir leurs activités internationales avec assurance.
- Un Programme de jumelage d’affaires et des services consultatifs pour aider les entreprises à solidifier leurs relations avec les acheteurs, les partenaires et les institutions financières à l’international.
Communiquez avec votre gestionnaire relationnel ou envoyez une demande de renseignements sur nos produits pour savoir comment EDC peut aider votre entreprise à être concurrentielle dans le secteur de la défense et de la sécurité.
Remerciements
Nous tenons à remercier les spécialistes de la direction des retombées industrielles et technologiques d’ISDE, qui ont généreusement partagé leur temps et leurs connaissances. Leur contribution a permis de consolider notre analyse tout au long du présent rapport.