Lors d’une élection, le choix du peuple se résume ainsi : changement ou continuité. La victoire d’Andrés Manuel López Obrador (surnommé AMLO) du parti MORENA aux élections présidentielles mexicaines le 1er juillet laisse croire que le peuple a décidé collectivement qu’il était temps pour un changement. Les gens devront toutefois patienter encore un peu, puisque le président n’entrera en fonction qu’en décembre.

Au Mexique, le système électoral est assez simple. Le candidat ayant obtenu le plus grand nombre des suffrages exprimés l’emporte.

Dès le début, AMLO affichait une forte longueur d’avance sur ses adversaires. Son rival au deuxième rang, Ricardo Anaya, est le chef du Parti de l’action nationale (PAN), un parti de centre droit qui a dirigé une coalition avec le centre gauche. José Antonio Meade, le candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) au pouvoir, a terminé troisième en raison de l’insatisfaction générale de la population à l’égard du bilan du président sortant en matière de gouvernance.

La croissance économique anémique ainsi que la corruption et la violence criminelle ont semblé réduire l’appétit des électeurs mexicains pour des projets du même acabit.

La portée populaire d’AMLO

L’ancien maire de Mexico en était à sa troisième course à la présidence. Lui qui fut un personnage controversé tout au long de sa carrière politique n’a pas ménagé ses prises de position pendant la campagne électorale. Le candidat de gauche compte délivrer le gouvernement et les entreprises de la corruption. Sa promesse d’accroître les dépenses relatives aux programmes sociaux, y compris le financement de l’éducation et de la sécurité sociale, et de mettre davantage l’accent sur le secteur agricole du Mexique, a trouvé écho auprès des jeunes électeurs et des électeurs ruraux.

Un choix qui n’enchantait pas les chefs d’entreprise du Mexique

Parmi les principaux détracteurs d’AMLO figuraient les chefs d’entreprise. En effet, les grandes sociétés mexicaines n’ont pas hésité à exprimer leurs préoccupations quant à une possible victoire d’AMLO, laissant entendre que son approche et les dépenses publiques qui en résultent pourraient mettre les finances publiques en péril. Au début de la campagne, il avait également parlé de reprendre le contrôle du gouvernement dans des secteurs clés comme celui du pétrole et du gaz, ainsi que celui des infrastructures.

En juin, certains sondages indiquaient qu’AMLO obtiendrait plus de 50 % des votes, ce qui lui donnerait un mandat fort. C’est pourquoi beaucoup Mexicaines craignaient de voir se concrétiser certaines des promesses électorales les plus controversées.

Le pragmatisme peut l’emporter sur la rhétorique

Cependant, à l’approche de la date des élections, AMLO a semblé adoucir son ton en affirmant qu’il n’avait pas l’intention d’« exproprier » des entreprises ou de « nationaliser » quoi que ce soit. Il a explicitement déclaré, lors du débat des chefs diffusé le 12 juin, qu’il envisagerait de s’éloigner des politiques économiques de ses prédécesseurs, axées sur l’exportation. Il a précisé que « le Mexique peut produire ce qu’il consomme ». Parallèlement, il a évoqué son ferme appui au renforcement de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), sous réserve de ne pas signer un « mauvais accord ».

En plus de prononcer un discours mitigé, AMLO a pourvu des postes ministériels importants dirigeants politiques, lesquels bénéficient d’une réputation relativement bonne et qui ont exprimé des points de vue plus modérés, souvent même en désaccord avec AMLO.

En fin de compte, la mesure dans laquelle son parti MORENA mettra en œuvre certaines des promesses électorales les plus controversées dépend du résultat des élections au Congrès, ainsi que de sa capacité à maintenir la cohésion au sein de la coalition au Congrès. La coalition dirigée par le parti MORENA a obtenu une majorité simple au Congrès, et non une majorité absolue. Ce résultat est susceptible de s’avérer un facteur modérateur et d’entraîner une prise de décision politique plus pragmatique.

Le Mexique est bien intégré dans les marchés mondiaux

AMLO pourrait trouver difficile, voire pénible, de renverser vingt années de politiques gouvernementales progressistes qui ont vu l’ouverture graduelle du marché mexicain :

  • Le Mexique fut le premier pays de ce côté-ci de l’Atlantique à signer un accord commercial avec l’Union européenne en 2001.
  • Compte tenu de l’engagement du Mexique envers le libre-échange, les investisseurs et les exportateurs canadiens peuvent obtenir un accès immédiat à plus de 45 marchés dans le monde grâce aux 10 accords commerciaux signés par le Mexique. Ceux-ci comprennent l’ALENA avec le Canada, l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) ainsi que six accords commerciaux préférentiels.
  • La déréglementation de 2012-2014 a déclenché une vague de promesses d’investissements étrangers dans le secteur de l’énergie au Mexique, s’élevant à environ 162 milliards de dollars américains.

Les entreprises canadiennes bénéficient d’occasions d’affaires au Mexique

Quel que soit le résultat des élections, les entreprises canadiennes sont toujours bien placées pour investir au Mexique.

  • Depuis le début de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1994, les échanges bilatéraux entre le Canada et le Mexique ont plus que quadruplé pour atteindre environ 40,8 milliards de dollars en 2016.
  • Les filiales de sociétés canadiennes au Mexique vendent pour plus de 14 milliards de dollars par année en biens et services et soutiennent près de 80 000 emplois.
  • Les fournisseurs de services canadiens sont devenus de grands partenaires au Mexique dans les secteurs de l’énergie, y compris le pétrole et le gaz, ainsi que l’électricité.
  • Il existe de nouveaux débouchés pour les entreprises canadiennes au Mexique, notamment dans les secteurs du commerce de détail et de l’agroalimentaire.
  • Le Mexique est la cinquième destination en importance des exportations de marchandises du Canada.

Les entreprises canadiennes sont bien établies au Mexique et jouissent d’une bonne réputation en tant que partenaires solides et intermédiaires honnêtes. Le Président élu  affirme que les relations commerciales entre le Canada et le Mexique est extrêmement importante et que le Mexique choisirait un accord bilatéral avec Canada si l’ALENA échoue. EDC continue de collaborer avec les entreprises canadiennes en présentant des acheteurs mexicains à des fournisseurs canadiens et en mettant en place des programmes de financement pour appuyer les secteurs clés et des secteurs en croissance.