Ces temps-ci, avoir une bonne nuit de sommeil n’est pas chose facile pour les exportateurs canadiens. Tout va bien du côté des ventes à l'export – en très forte progression grâce à une économie américaine tournant à plein régime. Ce qui les tracasse, c’est que ce bel élan se brise. La menace du protectionnisme est devenue l’une des principales causes de leur insomnie : en effet, ils redoutent énormément des changements radicaux à la superstructure du commerce international, et se demandent comment s’y préparer. Leurs craintes sont-elles fondées?

Voilà une excellente question. Le soutien au mouvement d’opposition au commerce à l’échelle du globe s’est intensifié en raison du caractère inattendu de la grande récession et de l’incapacité de l’économie mondiale a engendré une croissance respectable depuis sept ans. Des millions de personnes ont été incapables de se trouver un bon emploi ou se sont retrouvées sur la touche, ce qui a provoqué une réaction négative envers les gouvernements, les entreprises, les institutions de l’après-guerre et « le 1 % le plus riche ». C’est une dynamique délicate : alors que la frustration s’installe, les mécontents retournent en masse sur le marché du travail. L’activisme pourrait mettre à mal une architecture qui répond enfin aux demandes des activistes.

Par chance, les déclarations enflammées contre le commerce n’ont pas jusqu’ici donné lieu à des actions concrètes. L’an dernier, les diverses élections tenues en Europe ont toutes validé les structures traditionnelles. Les États-Unis menacent encore de se retirer d’accords commerciaux, notamment de l’ALENA, mais dans ce cas précis, le gouvernement américain revient sans cesse à la table avec un message appelant à la modernisation de l’accord.

L’importance du PTPGP pour le Canada

Malgré cet état de tension, des accords sont conclus. Le Canada a signé l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe, et tout indique qu’il pourrait signer l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) cette semaine, ce qui est une nouvelle très emballante pour plusieurs raisons. Première raison : l’accord aborde de manières inédites des éléments liés à la propriété intellectuelle. Deuxième raison : il établit de nouvelles règles pour le commerce des services, un segment en émergence du commerce international. Troisième raison : l’accord réunit des nations au parcours de croissance très inspirant et pouvant poursuivre sur leur lancée pendant des années. Enfin, quatrième raison : l’accord aurait pu tomber à l’eau dans la foulée du retrait des États-Unis, mais cela n’a pas été le cas. Abstraction faite de l’accord conclu avec la Corée, il s’agit du premier accord de libre-échange entre le Canada et l’Asie, et celui-ci viendra accroître – de plus de 13 % – la part substantielle du PIB mondial à laquelle le Canada accède au moyen d’accords commerciaux.

Le commerce entre le Canada et les pays du PTPGP

Qu’est-ce que le Canada en retirera? En 2017, le flux des biens et des services entre le Canada et les pays du PTPGP a avoisiné les 100 milliards de dollars, ce qui fait collectivement de ces pays le troisième partenaire commercial du Canada. Lorsqu’on fait abstraction du Japon, on constate que les exportations de marchandises vers ce groupe d’économies ont enregistré une croissance annuelle de 6,6 % depuis 2000, soit plus de quatre fois la moyenne canadienne. Plus récemment, ce taux a régulièrement été le double de la croissance globale des exportations de biens. En prenant en compte les relations encore plus importantes avec les pays du PTPGP dans la sphère de l’investissement – se chiffrant à 122 milliards de dollars en 2016 –, les perspectives deviennent encore plus éclatantes.

Le fait d’abaisser les barrières tarifaires avec les pays du PTPGP générera des retombées considérables. En effet, les économistes d’Affaires mondiales Canada estiment que la mise en place d’un accord commercial se traduit à terme par une augmentation de 4,2 milliards de dollars du PIB du Canada et de 2,7 milliards de dollars des exportations. L’essentiel des gains provient des réductions tarifaires, plus grandes pour les autres nations que pour le Canada. Fait intéressant, par rapport à l’accord original du Partenariat transpacifique, le PTPGP procure des gains plus sensibles au chapitre du PIB et des exportations.

Les gains varieront selon les secteurs à l’export. Les gains les plus notables seront notamment observés dans la filière de la viande, où la hausse nette dépassera le milliard de dollars. Viennent ensuite les exportations de services, puis les exportations automobiles et de produits du bois. Pour ce qui est des exportations du secteur automobile, on s’inquiète de la présence de barrières non tarifaires et de facteurs culturels susceptibles de limiter la capacité à percer certains marchés.

Le mouvement général d’opposition au commerce gagnant du terrain, le regain d’intérêt envers le Partenariat transpacifique global et progressiste a été une belle surprise. Cet accord donne un coup de pouce opportun et bien nécessaire à la libéralisation du commerce et à la mondialisation. Il reste à espérer qu’il survient à temps pour réfuter l’idée erronée selon laquelle les gains induits par le commerce sont une illusion reposant sur une « fabrication économique », et que ces gains ont échappé à une bonne partie de la population. Heureusement, le cycle économique s’est accéléré et a changé la donne : les avantages se multiplient et font régulièrement les manchettes.

Conclusion?

Les politiques anticommerce – causes d’insomnie pour les exportateurs – ne devraient pas disparaître de sitôt du paysage. Aussi longtemps qu’elles séduiront les populations, ces politiques s’inviteront dans les discours visant à gagner des électeurs. À ce jour, ce qui l’emporte, c’est la logique voulant que la libéralisation du commerce génère des gains. La signature du PTPGP imprimera l’élan voulu à ce mouvement – et viendra calmer l’angoisse des exportateurs.

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