Les craintes inflationnistes refont surface. Stables depuis plus d’une décennie, les prix semblent à nouveau progresser. Les épisodes inflationnistes passés ont eu divers effets : allant d’accroître l’inquiétude des analystes, des politiciens et de la population en général jusqu’à provoquer des moments de pure panique lorsque la bête était hors de contrôle. Or, au moindre sursaut de l’inflation, nous nous souvenons sans hésiter de ces moments – qui sont inscrits dans notre mémoire collective. Aujourd’hui, il y a un parfum d’inflation dans l’air, ce qui donne aux alarmistes l’occasion de jouer les trouble-fête. Ont-ils raison ou bien l’inquiétude actuelle est-elle prématurée?

Retour de l’inflation?

Au fait, que révèlent les données? Aux États-Unis, l’indicateur le plus visible est l’indice des prix à la consommation (ou IPC). D’une année sur l’autre, l’IPC a augmenté si bien qu’il dépasse désormais, à 2,9%, le point médian de la cible de la Fed. L’inflation de base – qui exclut les secteurs alimentaire et énergétique plus volatils – est plus modérée à 2,2 %, mais elle est néanmoins au-dessus du point médian, un seuil sensible, et a nettement grimpé depuis trois mois.

L’Europe occidentale observe le même mouvement à la hausse. Dans cette région, l’accroissement de l’ensemble des éléments de l’IPC a atteint 2 % en mai, après avoir avoisiné 1,5 % pendant environ une année. Les indicateurs de l’inflation de base restent maîtrisés, mais ce regain a retenu l’attention des Européens qui se méfient de l’inflation.

Face à cette montée de l’inflation, les banques centrales de ces deux zones économiques sont intervenues. Voilà aujourd’hui 30 mois que la Fed a lancé son programme de resserrement des taux. Dans ce dossier, l’Europe est à la traîne, mais la BCE a indiqué son intention de retirer son programme d’assouplissement quantitatif d’ici la fin de l’année et on s’attend à ce qu’elle relève ses taux à la mi-2019. Ces interventions sont une réaction au sursaut de la croissance, et ont pour but de donner un petit coup de pouce à l’économie afin de tenir l’inflation à distance. Cela n’a pas suffi à rassurer les pessimistes, qui redoutent que les banques centrales aient réagi trop tard.

Des hausses de prix inquiétantes

Ces craintes sont-elles justifiées? Non, si on examine l’évolution plutôt modérée du cours des produits de base, mais ailleurs, les chiffres laissent croire qu’il y a des raisons de s’inquiéter. Ainsi, les taux de chômage officiels se situent ou progressent rapidement vers des creux cycliques, ce qui est généralement annonciateur d’une inflation des salaires. Autre raison : le resserrement de la capacité industrielle pourrait engager les prix finaux dans un mouvement à la hausse inhabituel. À cela s’ajoute l’incertitude entourant de possibles augmentations des coûts faisant suite à la prise de mesures défavorables au commerce – notamment l’imposition de tarifs douaniers.

En analysant de plus près ces indicateurs, on découvre une autre réalité. Ces chiffres « élevés » ont été générés lors d’une période où, de l’avis de la plupart des analystes, la croissance a été inférieure à la norme. En fait, ce niveau élevé n’a rien de naturel. Sur le front de la main-d’œuvre, faute d’emplois disponibles, des millions de personnes ont quitté le marché du travail et se sont trouvées par le fait même exclues des chiffres officiels. Si on les prend en compte, les statistiques deviennent moins impressionnantes. Il en va de même des chiffres sur la capacité : ils sont artificiellement bas en raison d’un niveau d’investissement inhabituellement faible – encore une fois réprimé par une performance terne. L’élan de la croissance dynamise les marchés de l’emploi et de l’investissement, qui découvrent qu’ils ont bien plus de capacités que les chiffres publiés le laissent entendre.

La présence de l’inflation : une bonne nouvelle

Si l’économie a la capacité de maintenir sa croissance à un taux supérieur à celui constaté lors de la période ayant suivi la récession, alors l’inflation actuelle ne serait pas le signe que la capacité a frappé un « mur ». Ce serait plutôt le signe que l’économie tente de nous sortir de notre léthargie postrécessionniste et de nous envoyer le message qu’il est temps de revenir à une réalité semblable à celle d’avant la récession – en somme, l’ancienne normalité où la croissance pouvait pleinement utiliser les ressources de l’économie.

Si cette proposition est vraie, il y a beaucoup à dire sur la conduite de la politique monétaire. Elle vient confirmer la politique mesurée adoptée à ce jour par la Fed et la BCE, une politique bien dosée, qui semble empêcher l’économie de s’emballer alors même qu’elle retrouve pied. En fait, une politique plus agressive pourrait brouiller le signal d’une « relance de l’activité » et nous condamner à une piètre performance, qui est la cause d’une bonne partie de l’instabilité politique. Compte tenu de la fluctuation des prix, il faudra beaucoup de patience et de courage pour garder le cap.

Conclusion?

C’est vrai : les prix sont de nouveau à la hausse. Pourtant, à la différence des inquiétants épisodes inflationnistes du passé, l’augmentation actuelle des prix n’indique pas la fin du cycle économique, mais plutôt que l’économie suit une trajectoire de croissance supérieure. En pareil cas, un peu d’inflation n’est pas une mauvaise chose en soi.

 

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