« Progression » n’est probablement pas le meilleur terme pour décrire les exportations canadiennes pendant les premiers mois de l’année. En effet, les chiffres de janvier et de février ont freiné l’élan respectable observé à la fin de 2017. Le Canada a donc été placé devant un paradoxe pour le moins fâcheux: alors que la croissance de l’économie mondiale – et américaine – s’accélérait, les résultats au pays restaient peu convaincants. Les jours de gloire sont-ils derrière nous ou bien existe-t-il d’autres raisons expliquant la faiblesse actuelle? 

Croissance en dents de scie des exportations

Il y a un an, ce sujet n’était même pas sur la table. En fait, les exportations suivaient une trajectoire ascendante. Tout laissait croire que le contexte était favorable et que le Canada tirait parti de la montée en puissance de l’économie américaine et mondiale. Pourtant, la croissance s’est essoufflée lors de la seconde moitié de l’année, une déconvenue qui a frappé le secteur pétrolier et gazier ainsi que l’industrie automobile nord-américaine qui s’était, disons-le, un peu emballée. Une reprise bien opportune à la fin de l’année a préparé la voie à la croissance, mais les reculs de janvier et de février ont complètement effacé les gains. Par chance, ce mouvement a été contenu. Le resserrement des capacités ferroviaires a provoqué une chute passagère des expéditions agricoles. Résultat : les secteurs de l’automobile et de l’équipement industriel ont enregistré des fluctuations considérées comme normales.

À vrai dire, cette situation n’aurait pas dû se produire. Après tout, ces derniers temps, la croissance du PIB américain se porte bien, et ce, alors même que la croissance se raffermit en Europe. Les chiffres pour ces deux économies dépassent les attentes initiales, d’où la décision de relever les prévisions. Autre point positif : l’entrée en vigueur l’automne dernier de l’Accord économique et commercial global (ou AECG) entre le Canada et l’Europe; tout le monde s’attendait à toucher des dividendes, et non d’accuser des pertes. En ajoutant à cela l’essor rapide et soutenu des marchés émergents, le tableau devrait s’embellir par rapport aux résultats du début d’année. 

Heureusement, le mois de mars a sauvé la mise et confirmé l’élan fondamental propulsant nos exportations, et le caractère transitoire des éléments qui nous ont ralentis en début d’année. En fait, le bond de 3,7 % de la croissance en mars a plus qu’effacé les pertes subies pendant les deux premiers mois du trimestre, et elle a permis de générer une croissance trimestrielle globale de 1 %. La solide performance de mars tient à une autre raison : même si le huard a perdu trois cents de sa valeur face au billet vert, il n’est pas la principale cause de la croissance durant ce mois. À vrai dire, la hausse du volume physique des expéditions était surtout à l’origine de cette croissance mensuelle, qui s’élevait à 3 %.

Sur une base sectorielle, la situation était à la fois rassurante et inspirante. Le regain plus tôt que prévu de la filière agricole a causé la surprise. Le secteur aéronautique – d’habitude soumis à la volatilité – a pris de l’altitude si bien que son essor a atteint les deux chiffres, et on s’attend à ce qu’il poursuive sur cette lancée cette année. Plus inspirante encore est la croissance mensuelle dans le segment de la machinerie et de l’équipement industriels, qui profite du fait que l’économie américaine doit augmenter l’investissement. Sur le marché américain, beaucoup de secteurs doivent composer avec des contraintes de capacité plus importantes que lors des pics d’activité de 2006 à 2008.

Que nous réserve l’avenir? Est-ce que la croissance continuera son parcours en dents de scie ou va-t-elle se stabiliser de façon plus durable? Les fluctuations seront toujours présentes dans les chiffres du commerce, mais dans l’ensemble, les données de mars montrent que le Canada compte parmi les nations participant à la croissance mondiale. D’ailleurs, plusieurs facteurs donnent à penser que la croissance se maintiendra cette année. Premier facteur : des tensions sur le plan des capacités se manifestent au sein même de l’économie américaine, qui cherchera à les atténuer en se tournant vers d’autres pays pour combler les déficits au chapitre de la main-d’œuvre et des capacités de production. Deuxième facteur : le huard devrait rester faible. Enfin, troisième facteur, de nature plus spéculative : une issue positive aux discussions entourant l’ALENA dissiperait de façon notable l’incertitude touchant les activités d’exportation et les projets d’investissement des exportateurs canadiens.

EDC prévoit une croissance de 6 % des exportations en 2018

Avant les données d’aujourd’hui, notre prévision d’une croissance de 6 % des exportations nous préoccupait un peu. Nous sommes cependant rassurés par les résultats de mars et la performance qui se dessine cette année. Pour nous, la croissance mondiale n’a jamais été un sujet de préoccupation. Toutefois, au départ, c’est la participation du Canada à cette croissance qui formait le gros de nos inquiétudes. Le secteur industriel américain tourne encore à plein régime. Les possibilités sur ce marché – et par voie de conséquence dans le reste du monde – sont aussi bonnes sinon meilleures que par le passé.

Conclusion?

Le mot « progression » fait de nouveau surface dans les discussions des acteurs du commerce extérieur du Canada. L’impulsion du mois de mars insufflera un fort dynamisme qui persistera jusqu’à la fin de l’année. La conjoncture est favorable depuis un bon moment, et nous sommes à nouveau en mesure d’en tirer parti.

 

 

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