Le mécontentement politique est omniprésent. La confiance envers les leaders et les partis traditionnels bat de l’aile. La volonté de changement est dans l’air du temps et s’exprime dans les élections qui se tiennent un peu partout sur la planète. Or, ce ressentiment va plus loin et vise aussi les politiciens, les gouvernements et les grandes entreprises, le fameux 1 %, et les institutions de l’après-guerre en général. Cette confiance en berne envers les leaders provoque des bouleversements politiques, porte au pouvoir un nombre croissant de partis populistes dans certaines des grandes démocraties, et remet en cause d’anciens concepts économiques. Dans l’ensemble, le tableau est plutôt sombre. Pourtant, demandez à monsieur et madame tout le monde ce qu’ils pensent de l’économie, et ils vous répondront que « la conjoncture n’a jamais été aussi favorable »! Que se passe-t-il?

Cette réponse est tirée de la première enquête mondiale sur la confiance des consommateurs. Depuis plus d’un an, la confiance est à un sommet cyclique aux États-Unis; elle se manifeste dans toutes les régions du pays et dans toutes les catégories de revenu – elle est généralisée. En fait, il faut remonter à l’année 2000 pour trouver une phase où une telle humeur positive s’est exprimée. Ce qui est impressionnant, c’est que les chiffres actuels font suite à des années de piètres résultats, une panne de la confiance d’une longueur inquiétante qui a incité certains à se demander si la reprise était un jour possible.

Cette situation se limite-t-elle au marché américain? Pas vraiment. On peut reprocher aux États-Unis de parfois voir le « verre à moitié plein ». Tournons-nous alors vers l’Europe qui jette un regard plus posé. Eh bien, le sentiment d’euphorie semble avoir traversé l’Atlantique. Là-bas aussi, la confiance globale atteint des sommets cycliques, malgré les turbulences engendrées par de récentes élections clés, notamment en Italie où on assiste à une amélioration de la confiance. Au Royaume-Uni, en dépit de la situation entourant le Brexit, la confiance est à des niveaux respectables.

Comment expliquer ce fort sentiment de confiance? D’habitude, l’optimisme des ménages tient à la vigueur du marché du travail. Les taux de chômage étant à des creux cycliques, les perspectives d’emploi sont excellentes, les revenus sont en hausse, et pour la première fois depuis longtemps, les tensions sur les salaires s’accentuent. À ce stade-ci, les banques centrales pourraient s’inquiéter, mais les ménages accueillent favorablement cette conjoncture – ce que confirme d’ailleurs leur point de vue plutôt optimiste sur l’évolution à court terme. Ils sont enchantés par le contexte actuel, mais aussi par les perspectives pour eux-mêmes et leurs proches.

La belle humeur des ménages se retrouve aussi dans le monde du travail. Les responsables des achats nécessaires pour répondre aux besoins des entreprises sont aussi optimistes à l’égard du contexte. Ils le sont depuis plus de deux ans et ne semblent pas s’attendre à la fin imminente de cette période de prospérité. À vrai dire, c’est une sensation agréable au milieu de l’été, au moment de prendre des vacances pour se détendre un peu.

Nourrir ce sentiment de confiance est d’une importance capitale. L’économie mondiale se trouve à une difficile croisée des chemins qui, si elle est bien négociée, pourrait inaugurer des années de prospérité. Nous nous trouvons en ce moment dans la phase de reprise longuement attendue, mais difficile à réaliser après la grande récession. La confiance qui s’est installée est essentielle pour déclencher un mouvement de l’investissement commercial qui permettra de revenir à la cadence plus élevée qui constituait la normalité avant la récession.

Le fait de ne pas interpréter cette situation correctement pourrait avoir des répercussions désastreuses. Les gouvernements populistes pourraient percevoir cette confiance comme une forme de caution de leur bravade, ou pire, la conséquence de leurs critiques acerbes contre l’ordre établi. Si la confiance est presque uniquement liée au cycle économique – et non aux propos tenus par ces gouvernements populistes –, alors il importe de maintenir cet élan économique et non de poser des gestes qui perturberont la prospérité tant attendue.

Dans ce contexte, il est surprenant de constater que notre système du commerce mondial est la cible d’attaques. L’ouverture des frontières commerciales a augmenté le potentiel de croissance économique mondiale au-delà de notre imagination collective, et même si cette ouverture est imparfaite, elle a propagé la prospérité partout pendant une période comparativement brève de l’histoire. Le protectionnisme est l’ennemi juré de la prospérité. Malgré de belles promesses, il se solde par des pertes d’emplois, des prix plus élevés ainsi que des schémas d’investissement faussés et flous. Le ressentiment envers le commerce a fait naître de l’instabilité dans l’environnement économique, dont la stabilité exige de répondre à des besoins d’investissement croissants. Le fait de suspendre, voire de briser, la présente vague d’investissements risque de nous priver des moyens de maintenir l’impulsion économique actuelle. Les enjeux sont de taille...

Conclusion?

Le sentiment général est excellent – pour le moment. Pourtant, le niveau de confiance peut changer du jour au lendemain. Alors que la confiance règne, il est primordial que nous déterminions ce qui l’anime, et nous employions à la préserver. Les politiques défavorables au commerce ont l’effet contraire.

 

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