Établir ces fondations a nécessité beaucoup d’efforts. Les accords de libre-échange ont donné lieu à de vifs débats, mais une fois qu’ils ont été entérinés – et que leurs avantages sont devenus manifestes –, ils se sont multipliés. Il était alors facile de convaincre les gens ordinaires des gains tirés des échanges commerciaux, de l’avantage comparatif obtenu, des économies d’échelle et d’autres concepts économiques complexes. On les accepte sans difficulté lorsqu’ils produisent des résultats.
La question à laquelle il faut impérativement répondre est celle-ci : quelle est la stratégie à privilégier? Pour l’essentiel, l’acrimonie est alimentée par une croissance économique insuffisante. Si la stratégie prévoit un redémarrage ou une augmentation de la croissance, les responsables politiques ont intérêt à ne pas se tromper. Mettre à mal le système actuel et le remplacer par une version moins performante auraient des conséquences fatales. En toute logique, c’est ce qui se produirait si le mouvement de la mondialisation était ébranlé. Dans le cas du Brexit, les politiciens britanniques s’accordent sur une seule chose : il faut éviter un Brexit « sans accord ». Il semblerait qu’ils cherchent à enlever les éléments problématiques du présent accord. Il en va de même de l’ALENA : l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) qui est un accord moderne. Pour ce qui est de la relation commerciale entre les États-Unis et la Chine, les droits de douane servent à faire valoir ses prérogatives commerciales : encore une fois, les échanges commerciaux s’en trouvent renforcés.
Si tel est le cas, voilà une conclusion pour le moins radicale. Malgré la rhétorique antimondialisation utilisée pour gagner des votes, il ressort clairement des exemples que je viens de citer que l’objectif ultime des dirigeants est un renforcement de la mondialisation. Est-ce possible? Les autres scénarios ne sont pas réjouissants : un Brexit sans accord pourrait coûter au Royaume-Uni l’équivalent de 8 % de son PIB. L’imposition de tarifs américains à l’encontre de la Chine pourrait provoquer une récession. Enfin, l’annulation de l’ALENA mettrait en péril des millions d’emplois aux États-Unis, mais aussi au Canada et au Mexique. Ce n’est assurément pas le souhait des populistes, qui désirent un système qui fonctionne.