L’automne qui s’installe apporte son lot de préoccupations aux exportateurs – avec en tête de liste l’état du commerce mondial et la vive réaction populaire envers la mondialisation. Alors que la renégociation de l’ALENA bat son plein, la plupart espèrent le maintien des acquis… mais considèrent aussi des occasions sur d’autres marchés. Compte tenu de la ratification prochaine de l’AECG, les débouchés en Europe sont naturellement dans la ligne de mire. Parallèlement, on évoque la conclusion d’un futur accord avec la Chine et la possibilité de la signature d’un APEG avec l’Inde. Ça faisait un bon moment que je n’avais pas autant entendu parler de diversification commerciale. Tout cela survient alors même que la croissance s’accélère aux États-Unis, en Europe et sur d’autres marchés de l’OCDE. Y a-t-il des signes que ce dynamisme gagne le monde émergent?

L’un des signes déterminants de cette présence est la performance des exportations. Lorsque la grande récession a éclaté, les marchés émergents tributaires des exportations ont vu leur activité chuter. L’intensité des échanges – soit la somme des exportations et des importations exprimée en part du PIB – est passée de près de 70 % à moins de 50 %, un plongeon mémorable qui a duré deux ans. Les conséquences auraient été catastrophiques si le gouvernement n’était pas intervenu en lançant un très imposant programme de relance. Ce qui a considérablement aggravé les choses, c’est que pendant les quelque sept années qui ont suivi, la situation n’a pas changé. Cette tranche du PIB n’a jamais été regagnée. Les économies émergentes n’ont pas toutes souffert autant que la Chine, mais elles ont collectivement enregistré une croissance beaucoup moins vigoureuse de leurs exportations après 2010.

C’était vrai, du moins jusqu’à tout récemment. Depuis la fin de 2016, on constate une certaine augmentation de l’activité d’exportation (rajustée en fonction de l’inflation) à l’ensemble des marchés émergents. La croissance moyenne de cette activité se situe dans la fourchette de 2 à 3 % depuis 2012, et la croissance en glissement annuel a bondi à 5 % durant la première moitié de cette année. On est loin de la croissance dans les deux chiffres couramment réalisée au début du nouveau millénaire, mais ces chiffres semblent trancher avec la tendance à la morosité ayant dominé après la récession.

Quelles sont les sources du dynamisme? On note des signes de ce mouvement en Amérique latine, bien que son intensité varie d’un pays à l’autre. Il y a eu une brusque embellie de la croissance dans la région de l’Afrique et du Moyen-Orient en 2016, mais cet élan s’est essoufflé depuis. Par contre, l’Asie émergente semble accélérer la cadence d’une façon inédite depuis 2012. La montée des exportations et des importations est suffisante pour pousser l’intensité des échanges sur une trajectoire ascendante, d’une manière qui n’avait pas été observée depuis des années. Ce regain d’activité nous donne à penser que la région se départit de certains des stocks excédentaires de marchandises accumulés pendant les années de croissance lente. Les chiffres sont tout aussi impressionnants en Europe émergente.

La production industrielle est un autre moyen de mesurer ce dynamisme. Au cours de l’année écoulée, on a assisté à un virage majeur de la croissance tendancielle sur les marchés développés et, encore une fois, il semble que l’Asie émergente et l’Europe orientale mènent la charge.

Les cours des actions – un indicateur avancé de l’activité économique générale – s’orientent aussi favorablement. L’indice des cours boursiers MSCI pour l’ensemble des économies émergentes a grimpé de 20 % en rythme annuel, soit le taux de croissance annuelle le plus élevé depuis 2010, et la tendance est en ce moment à la hausse. La déprime qui s’était installée après le plongeon des cours des matières premières de 2014 à 2016 a été remplacée par un fort vent d’optimisme, d’après les indices mesurant la confiance des investisseurs.

Même si ces signes nous portent à croire qu’il y a une amélioration dans le monde émergent, elle est trop récente et trop modeste pour annoncer qu’un revirement concluant soit en train de s’opérer. De façon générale, il faudra encore du temps aux économies émergentes pour éponger les excédents passés, et l’incertitude entourant les accords commerciaux à l’échelle internationale tiendra les exportateurs et les investisseurs en haleine jusqu’à ce qu’une forme de résolution intervienne. Pourtant, lorsque ce moment viendra, ce pan grandissant de l’économie mondiale promet d’impressionner à nouveau par des hausses annuelles du PIB qui feront pâtir le monde développé. Or, il est presque trop tard pour attendre ce moment puisqu’il risque de se perdre avec le retour précipité des « négociateurs ». Si la relance de la croissance est inévitable, la diversification constitue « maintenant » une bonne stratégie.

Conclusion?

Selon les fondamentaux de la croissance, les marches émergents vogueraient bientôt sur la vague de croissance qui déferle sur le monde développé. D’ailleurs, les données portent les premiers signes que la vague est en train de se former. Au lieu d’observer la scène de la plage avec des jumelles, il vaudrait sans doute mieux cirer notre planche, pagayer et se préparer à surfer sur cette vague – avant que la foule ne fasse de même.

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