Que ça nous plaise ou non, nous sommes confrontés à la montée des taux d’intérêt – dont personne ne serait vraiment à l’abri. Même dans les pays considérés comme des victimes improbables (comme le Canada), le coût des emprunts augmente. Et les discussions tournent autour des conséquences attendues de ces hausses. Les taux ont été extrêmement bas pendant un très long intervalle, et ce contexte a sans aucun doute conditionné les comportements en matière d’emprunt à l’échelle de la planète. Ceux ayant un penchant particulier pour le crédit se sont peut-être laissé aller à la dépense ces dix dernières années, sans que cela soit trop apparent. Sont-ils sur le point de faire la une, et dans l’affirmative, quel est le résultat probable d’une telle situation?

Les États souverains sont les plus gros emprunteurs sur la terre ferme, sans exception. L’appétit de l’Europe pour l’endettement durant la période post-récession est légendaire, malgré les protestations de l’Allemagne. La dette publique s’est aussi envolée aux États-Unis, où elle constitue un point sensible pour l’électorat. Le Japon affiche un taux d’endettement particulièrement élevé, mais n’hésite pas à repousser toujours plus loin les limites de l’endettement. D’autres nations de l’OCDE, dont le Canada, ont aussi accumulé d’imposantes dettes ces dernières années. Avouons-le : nous sommes tous vulnérables à la hausse des coûts du service de la dette à mesure que s’installe le cycle de resserrement des taux.

Les marchés émergents ne sont pas épargnés, loin de là. Même si des conditions monétaires ultraaccommodantes ont permis à bon nombre de ces marchés de restructurer leurs dettes – notamment en réduisant leur exposition aux emprunteurs étrangers et à leurs devises, ainsi qu’en allongeant les périodes d’amortissement pour protéger le Trésor public des fluctuations à court terme des taux – il leur a été difficile de résister à des emprunts bon marché. Pourquoi? Tout d’abord, depuis déjà un bon moment les prêteurs avaient du mal à obtenir un rendement décent pour leurs portefeuilles. L’abondance des liquidités avait fait diminuer les rendements partout et incité les investisseurs à parcourir la planète en quête de rendements plus avantageux. Ils les ont trouvés dans des endroits plus risqués, notamment les marchés émergents. Ces investisseurs se sont par la suite dépêchés à engager ces rendements sur leurs investissements et, ce faisant, ils ont abaissé les rendements obligataires sur les marchés émergents bien en deçà du niveau indiqué par leur profil de risque. Ainsi, à un certain moment, les rendements des obligations de la Zambie étaient inférieurs à ceux de l’Espagne!

Tout cela est sur le point de changer – en fait, le retrait de l’assouplissement est déjà amorcé. Désormais, on s’inquiète beaucoup des implications de la fin des emprunts bon marché pour les marchés émergents, et du caractère inévitable de crises localisées de la dette. Pour évaluer les conséquences possibles de ces scénarios, les Services économiques d’EDC ont ressorti des placards l’un de ses outils développés en 2012, alors que la réaction au retrait de la politique d’assouplissement allait dévoiler ce qui pouvait arriver aux marchés mondiaux des titres d’emprunt. Notre Indice de vulnérabilité des pays, revu et amélioré depuis, prend en compte sept facteurs déterminants utilisés pour mesurer l’exposition à une situation en développement.

Pour simplifier, disons que notre indice attribue une pondération égale à chacun des sept facteurs, le classement général étant déterminé par la moyenne du rang occupé par les sept facteurs. Voici les facteurs en question, énumérés sans ordre particulier : croissance du crédit, corrigée de l’inflation; flux entrants des portefeuilles de placement exprimés en part du PIB; solde du compte courant en part du PIB; notation d’EDC de la limite commerciale du pays; nombre de mois de la couverture des importations; ratio de la dette extérieure à court terme aux réserves internationales; et besoins en financement extérieur brut exprimés en part du PIB.

En raison de la disponibilité des données, nous avons établi le classement en fonction de six des sept facteurs. Dans la plupart des cas, le rang du pays ne cause pas la surprise. Par exemple, le Zimbabwe, la Géorgie, le Nicaragua et la Mongolie occupent un rang peu enviable, ce qui est surtout attribuable à la présence d’importants déséquilibres extérieurs. Deux pays dans le tiers supérieur du tableau nécessitent une surveillance : le Venezuela (14e) et l’Argentine (33e), qui sont suivis de près par la Turquie (37e). L’ensemble des pays BRICA et le Mexique affichent de bons résultats et se trouvent généralement dans la moitié inférieure du groupe. Même les « prochains » marchés, comme l’Indonésie, font bonne figure.

Ce que nous sommes sur le point d’observer n’est rien de moins qu’un profond changement de régime monétaire pour lequel il n’existe aucun modèle complet. C’est la raison pour laquelle les régimes monétaires privilégient une approche par étapes, testent le marché par des mouvements modestes et exercent par la suite une surveillance. À ce jour, les conditions régissant la capacité ont favorisé une approche où la patience occupe une place de choix. Néanmoins, il subsiste le risque que l’inflation force les banques centrales à resserrer plus vigoureusement leur politique, ce qui mettra de la pression sur les débiteurs vulnérables. Il est utile de connaître où se trouvent les marchés les plus chauds, et de se prémunir le plus possible des risques.

Conclusion?

La hausse des taux d’intérêt est sans doute le meilleur signal d’une normalisation de la croissance à une cadence élevée, mais viable. Mais cette hausse suppose que les gouvernements souverains adoptent une nouvelle approche en matière de gestion de la dette et de la monnaie. Alors qu’ils revoient leur approche, il est bon de connaître les points de tension susceptibles de se manifester.

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