L’argent se fait moins abondant. Depuis la fin de la récession, le monde entier nage dans un excès de liquidités en raison de la politique d’assouplissement quantitatif. Cette politique a été efficace pour prévenir une douloureuse crise sur les marchés financiers, mais elle a eu des conséquences inopinées. Son retrait produit aussi des effets inattendus : certains se sont déjà fait sentir, ou se manifestent en ce moment même, et d’autres sont à venir. Alors, qu’est-ce qui devrait retenir l’attention des exportateurs canadiens?

Les distorsions causées par la politique d’assouplissement quantitatif

Les Services économiques d’EDC font le suivi de ces effets depuis la fin des années 2010. Dès la mise en place de cette politique, on a observé des distorsions sur des marchés clés. Bien entendu, des explications s’imposaient. À l’époque, les effets des ambitieux programmes de dépenses publiques commençaient à se dissiper. Malgré tout, la remontée des cours des produits de base s’est maintenue, et ce, en dépit de stocks élevés et de faible taux d’utilisation. Cette évolution était inexplicable jusqu’à ce que l’on tienne compte des immenses injections de capitaux effectués par les banques centrales un peu partout sur la planète. Il était nécessaire de rendre sans délai des fonds disponibles pour renforcer la confiance dans le système, mais personne n’avait vraiment besoin de cet argent pour mener à bien des transactions. Les consommateurs tentaient désespérément de payer leurs dettes, tandis que les entreprises avaient fait des investissements excessifs en capital et en équipement : elles n’avaient donc pas vraiment besoin d’investir avant un bon moment. Alors, où sont allés ces fonds?

Selon toute vraisemblance, une bonne partie a pris le chemin des instruments financiers. Rappelons-nous : au sommet du cycle économique, certains analystes ont persuadé beaucoup de monde qu’il y avait une pénurie de matières premières, notamment de pétrole, de gaz naturel et de métaux de base. Résultat : ce secteur a attiré beaucoup d’investissements, ce qui a fait grimper les cours. Les liquidités ont donc inondé le marché obligataire, et conduit les investisseurs en quête de rendement vers les instruments financiers offrant des rendements supérieurs – mais aussi plus risqués. Les marchés émergents présentant des risques ont pu accéder à du financement relativement bon marché. À un certain moment, les rendements obligataires en Zambie étaient inférieurs à ceux en Espagne, malgré des fondamentaux indiquant que tout cela n’avait pas beaucoup de sens. Ce n’était pas un cas isolé. Cette distorsion et d’autres du même genre pourraient se manifester; voilà pourquoi nous avons dressé une liste de candidats que nous avons fait connaître à notre auditoire un peu partout au Canada.

Le plongeon des cours de produits de base était prévisible…

Si nous disions vrai, alors nous avons prédit qu’un retrait éventuel des liquidités aurait de graves répercussions. Par exemple, les cours des matières premières risquaient de dégringoler. Les analystes se sont moqués de cette proposition, mais à la fin 2014, ils se démenaient pour expliquer pourquoi la croissance augmentait alors que les cours chutaient. Ces nouveaux cours moins élevés se sont en grande partie maintenus, ce qui donne à penser qu’ils se trouvaient auparavant à des niveaux très exagérés.

Tout comme les turbulences sur les marchés émergents

La prochaine vague d’effets ne s’est pas fait sentir tout de suite. En fait, ce n’est que récemment que les marchés émergents ont pris de sérieuses mesures pour retirer « l’argent facile ». Cela aussi, nous l’avons vu venir depuis longtemps et en avons communiqué les conséquences probables à la fin de 2013 – tout particulièrement, en désignant la Turquie comme l’un de marchés les plus vulnérables. Si ce développement était facile à anticiper, annoncer le moment où il surviendrait n'était pas une mince tâche. Maintenant que la première vague déferle, ce qui nous préoccupe aujourd’hui est l’étendue du retrait dans le monde émergent, ainsi que ses retombées générales sur le système financier mondial – un sujet que j’examinerai de manière approfondie dans un prochain Propos.

Naturellement, on se demande quelle sera la suite des choses. Les monnaies, le marché des obligations des sociétés (en particulier le segment le plus risqué), le crédit à la consommation et le marché des assurances sont tous des candidats, sans oublier les marchés boursiers dont l’optimisme semble à toute épreuve. Tous ces candidats risquent à un moment ou à un autre de ressentir les effets du retrait à divers degrés – effets qui seront annulés par la croissance économique réelle. Et le fait que le retrait de la politique d’assouplissement quantitatif est loin d’être terminé est une source d’incertitude. Ce processus est bien entamé aux États-Unis, alors qu’il débute à peine en Europe. Au Japon, la réalité est pour le moins différente.

Cette situation a tout de même du bon. En effet, l’argent facile mis à la disposition des marchés émergents devient maintenant plus accessible aux économies développées. Plus précisément, cet argent prendra la direction des secteurs de l’économie tournant à plein régime et, ce faisant, elle atténuera les tensions générées par des années de sous-investissement.

Conclusion?

Grâce à la croissance, l’argent est plus facile à trouver. Pourtant, accéder à des fonds – ce qui était d’une facilité déconcertante pendant une bonne partie de la dernière décennie – deviendra désormais plus difficile, surtout pour les projets plus risqués. Les exportateurs devraient en prendre bonne note.

 

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