La semaine dernière, une imposante délégation péruvienne composée d’industriels, de décideurs politiques et d’acteurs du monde financier s’est rendue à Toronto à l’occasion de l’édition annuelle du congrès et salon commercial de l’Association canadienne des prospecteurs et des entrepreneurs (l’ACPE). De hauts représentants péruviens ont pris part au déjeuner-gala du mardi parrainé par le Pérou. Quelle est la source de toute cette attention? Quels liens unissent le Canada et le Pérou, et comment évolueront-ils au fil du temps?

Les minières le savent bien : le Pérou abrite de riches gisements de minerais, et il est sans doute mieux connu pour l’or des Incas, symbole bien visible sur le blason du drapeau national. Le Pérou regorge de ressources aurifères bon marché, mais pas seulement. Le pays recèle le troisième plus important gisement mondial de cuivre; il est le deuxième producteur de la planète de ce métal après le Chili; de plus, il compte parmi les quatre grands producteurs d’argent, de plomb-zinc, d’étain et de molybdène. Les gisements sont vastes et présents dans la plupart des provinces du Pérou. C’est donc un marché incontournable pour les sociétés actives dans l’exploitation ou la prospection minière.

Le Pérou tire parti du regain de la croissance mondiale

Pourquoi s’implanter au Pérou? À l’heure actuelle, les cours ne sont pas aussi élevés que lors des beaux jours ayant précédé – et tout de suite suivi – la grande récession. Or, la croissance mondiale s’accélère et tire les cours à la hausse par rapport aux creux atteints au début de 2016. Résultat : l’intérêt de l’industrie s’en trouve ravivé. De plus, l’élan naissant de l’économie mondiale devrait se maintenir pendant des années, et entraîner dans son sillage de grands marchés émergents avides de ressources minérales. Les perspectives sont excellentes pour le secteur des minéraux en général, d’où l’intérêt renouvelé pour les gisements du Pérou. 

C’est sans doute vrai, mais rappelons-nous que tous les projets nécessitent d’être financés et développés. Vu le début de resserrement des taux d’intérêt, l’ensemble des acteurs s’inquiètent de ne pouvoir obtenir du financement, surtout sur les marchés émergents. L’accès facile aux liquidités semble peu à peu révolu, si bien qu’on redoute une augmentation des écarts et l’incapacité de rembourser. Par chance, le Pérou se compare favorablement à nombre d’autres marchés émergents dans la course : il profite d’une cote de solvabilité de première qualité, et ce, depuis plusieurs années – occupant le deuxième rang en Amérique latine, classement qu’il partage avec le Mexique. Le Pérou est deuxième, derrière le Chili, pour ce qui est des conditions macroéconomiques, devançant largement d’autres marchés latino-américains très actifs dans le secteur minier. Selon l’enquête visant le secteur mené par l’Institut Fraser en 2017, le Pérou se hisse au 19e rang sur les 91 pays miniers étudiés, et au 2e rang en Amérique du Sud comme destination de l’investissement. À cela s’ajoutent un solide bilan en matière de gestion budgétaire et monétaire, et un secteur financier bien développé. Autant de bonnes raisons, semble-t-il, d’être présent au Pérou. 

Le marché péruvien comporte aussi des lacunes. Bon nombre de projets potentiels sont entravés par de piètres infrastructures de transport et énergétiques. Une fraction des projets potentiels sont allés de l’avant en 2017, et la majorité était liée à la reconstruction, rendue nécessaire après les graves inondations ayant causé neuf milliards de dollars en dommages. Les enquêtes de corruption, dans la foulée du scandale Odebrecht, mettent aussi des bâtons dans les roues aux projets de construction d’infrastructures. Lorsqu’on prend en compte l’insuffisance des capacités institutionnelles locales pour le financement et la gestion des projets d’infrastructure, les perspectives deviennent alors plus moroses. 

Le secteur minier péruvien : un riche filon

Malgré tout, les sociétés minières de par le monde se bousculent pour faire affaire au Pérou. La filière des projets miniers au cours des cinq prochaines années totalise 47 milliards de dollars américains, en plus des 42 milliards investis entre 2012 et 2015. Alors que le monde se presse aux portes du Pérou, pourquoi ce pays s’intéresse-t-il tant au Canada? Précisons avant toute chose que le Canada compte déjà parmi les pays lançant des projets au Pérou : la mise en valeur de deux nouveaux projets canadiens a été confirmée et neuf autres sont à l’étape de l’exploration. 

Cependant, les activités du Canada sur ce marché vont bien au-delà du secteur minier. On dénombre aussi des projets d’infrastructure de première importance. Plus de la moitié des transactions d’EDC au Pérou cible le secteur de l’infrastructure, et de toute évidence, il reste encore beaucoup à faire. 

Ce qui rend cette situation encore plus intéressante, ce n’est pas la nature des projets, mais bien la façon de réaliser les projets. J’ai entendu plusieurs délégués péruviens souligner la nécessité, pour le Pérou, de souscrire à des valeurs supérieures en matière d’éthique dans les domaines de la construction, du génie et des mines. Ils semblent conscients des problématiques qui pèsent sur leur système et freinent son évolution, et ils sont en quête de solutions pour mettre fin à la paralysie causée par les scandales de corruption. Les dirigeants reconnaissent ces difficultés, et s’affairent à trouver des solutions. Travailler avec des partenaires – comme le Canada – qui sont parvenus à régler des problèmes épineux est vu comme un moyen de mettre le Pérou sur la voie de la prospérité. 

Conclusion? 

Le Pérou recèle un énorme potentiel. Pourtant, des problèmes dans les sphères institutionnelle, environnementale et éthique empêchent ce potentiel de se réaliser. Le Canada est bien placé pour offrir des solutions très prisées par ce marché. 

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