Si dans le domaine de l’économie la consommation représente Goliath, alors l’investissement est sans doute incarné par David : cet élément petit mais puissant qui vient constamment à la rescousse de l’économie et qui contribue à de meilleurs lendemains. Malgré son importance, l’investissement cède souvent la place à la consommation, qui fait les manchettes. Comment se porte l’investissement? Avons-nous de bonnes raisons d’être optimistes au sujet des perspectives à court terme?

Le rôle de l’investissement dans l’économie

Avant de répondre à cette question, il convient de faire un bref récapitulatif du rôle de l’investissement à l’égard des actifs matériels. Lorsque tout va à merveille, la consommation contribue au bien-être de l’économie et dynamise l’activité, c’est du moins le cas en ce moment. Pour sa part, l’investissement s’oriente vers l’offre future de biens et de services. Il crée les capacités de production nécessaires pour répondre aux besoins de demain. Dans l’économie, la somme de tous les investissements passés et actuels donne une excellente idée de la capacité – ou de l’incapacité – d’une économie à progresser. En fait, le stock de capital est l’un des trois piliers du potentiel économique calculé : il est donc crucial de déterminer comment l’investissement en tire parti.

Le tableau n’a rien d’encourageant. En vérité, à l’échelle mondiale, l’activité d’investissement a été plutôt terne depuis huit ans. Dans le grand ordre des choses, cet intervalle semble court, mais quand il s’agit d’investissement, pour beaucoup de monde, cela paraît une éternité. Au début des années 1970, l’investissement dans le monde développé affichait une croissance moyenne, corrigée en fonction de l’inflation, de plus de 6 %. À la fin de cette même décennie, cette croissance a chuté à 5 % et a maintenu ce taux pendant les années 1980.  Dans les années 1990, ce taux s’établissait en moyenne à 4 %, puis à 3,5 % de 2003 à 2007. La croissance de l’investissement après la récession a atteint un nouveau creux, soit en moyenne 2,9 % sur une base annuelle. En faisant abstraction des années de mise en œuvre des programmes de relance publics, la croissance moyenne s’élève à tout juste 2,6 %. Pas très impressionnant!

En guise de justification, les puristes nous diraient que l’économie n’avait sans doute pas besoin de plus d’investissements. Si c’était le cas, les entreprises auraient saisi cette occasion. Alors, il est surprenant de constater qu’après une période prolongée de croissance globale relativement faible, les économies de l’OCDE font face à des contraintes liées aux capacités. En ce moment, le taux d’utilisation des capacités atteint des sommets aux États-Unis et en Europe.

Comment expliquer le manque d’investissement?

Avons-nous tous négligé d’investir? Il semble que oui. Pourquoi donc? Les économies du monde ont investi de façon excessive à la toute fin du dernier cycle afin de suivre la cadence imposée par une bulle de surconsommation. Et la mondialisation a exporté ce phénomène partout sur le globe. Quand la bulle a éclaté, le sous-investissement bien nécessaire a persisté pendant si longtemps qu’il est devenu une habitude. Ce qu’elle n’a pas fait, c’est de prédire avec exactitude le point crucial où la demande nécessiterait le retour d’une croissance plus normal de l’investissement. En ce sens, nous pouvons dire les contraintes actuelles visant nos capacités sont auto-imposées. Nous pouvons certes créer plus de capacité, mais nous nous sommes enfermés dans une mentalité de faible croissance à laquelle ses signaux du marché tentent de nous faire renoncer. D’après les tendances récentes, cela semble fonctionner, mais seul le temps nous dira si c’est le cas.

La relation entre taux d’intérêt et investissement

La montée de taux d’intérêt vient-elle perturber ce mouvement? Il existe effectivement une relation négative entre les coûts de financement et l’investissement. Cependant, au moins trois facteurs permettent d’en atténuer les effets.

  1. Les taux d’intérêt sont demeurés pendant très longtemps à un niveau extrêmement bas, et même si un changement de régime exige des ajustements, les taux resteront généralement avantageux par rapport aux moyennes historiques.
  2. Les taux finiront par monter partout dans le monde, ce qui fera grimper les coûts de financement uniformément dans la plupart des économies du monde développé.
  3. L’investissement augmente malgré les hausses de taux d’intérêt, ce qui nous amène à nous demander à quoi ressemblerait cette augmentation si les taux étaient demeurés inchangés.

L’investissement sur les marchés émergents

Sur le front de l’investissement, le parcours des marchés émergents est unique. Les principales économies émergentes ont comblé le manque d’investissement après la récession en déployant d’imposants programmes de relance publics, qui dans certains cas, notamment celui de la Chine, a produit d’énormes excédents de capacité. D’autres marchés ont tiré avantage des coûts de financement nettement inférieurs pour lancer des projets d’investissement ambitieux. Le regain d’activité dans le monde développé contribue à résorber ces excédents, et nous nous attendons aussi à un retour de l’investissement privé qui agira comme une force motrice dans le monde émergent à moyen terme.

Conclusion?

Pendant des années, l’investissement a été timide et plutôt modeste, mais il semble maintenant reprendre de la vigueur. Si l’élan actuel se maintient, il bonifiera la capacité à dynamiser la croissance sur le long terme.

 

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