Je trouve toujours fascinant qu’une pièce de métal magnétisée posée sur une surface lisse (en somme, une boussole) indique le Nord. Les personnes ordinaires et célèbres ont mis à profit cette découverte pour s’orienter, et elles ont sans nul doute une foule de récits de sauvetage spectaculaires et d’exploits de navigation à raconter. En économie, les métaux – certains plus que d’autres – jouent ce rôle de baromètre fiable. Alors que se multiplient les signes d’une relance très attendue de la croissance mondiale, les mouvements sur les marchés des métaux nous délivrent-ils un message particulier?

Si tel est le cas, cela serait un changement majeur. Les métaux ont perdu leur magnétisme lors des années post-récession, et ce, pour plusieurs raisons. La première : les imposants programmes de dépenses lancés par les gouvernements du monde entier en 2009 ont créé l’illusion d’une reprise, ce qui a catapulté les cours des métaux à leurs sommets d’avant la récession. Deuxième raison : des vagues successives d’injections de liquidités, rendues possibles grâce aux mécanismes d’assouplissement quantitatif des banques centrales, ont maintenu les cours élevés même lorsque les gouvernements ont mis fin à leur programme de dépenses. Troisième raison, plus tenace celle-là : l’intensification de l’investissement dans les projets d’exploration et de mise en valeur alors que les cours étaient artificiellement élevés. Ce contexte a fait augmenter l’approvisionnement bien au-delà des besoins du marché – et cela est devenu particulièrement apparent lors du retrait des programmes d’assouplissement quantitatif, au milieu de 2014. On connaît la suite : les cours ont plongé à des creux inimaginables.

Fait intéressant, la Chine a joué un rôle déterminant dans cette débâcle. Lors de ses belles années de croissance économique à deux chiffres, la grande préoccupation de la Chine était la sécurité de l’approvisionnement. Or, l’envolée des cours signifiait une chose : la rareté. Même si cela voulait dire détenir des stocks excédentaires, la Chine sentait qu’elle devait répondre à une pression extrême – celle d’alimenter son appétit vorace pour les métaux. D’ailleurs, on présumait que la Chine accumulait des stocks officiels et non officiels de tous les métaux de base. L’acier était sans doute le cas le plus évident. Étant donné son rôle de principal intrant du programme national de construction de la Chine, la création d’une vaste capacité de production était l’une des grandes priorités. Cette approche a été plus que fructueuse, puisque le Chine est passée de grand importateur net à grand exportateur net d’acier en l’espace de plus ou moins une décennie. La grande récession a réduit la demande mondiale pour l’acier. La Chine s’est donc retrouvée avec un énorme excédent – non seulement de capacités de production, mais aussi de stocks de produits d’acier.

Certains analystes voyaient la reprise dans un horizon lointain, peut-être même dans dix ans. Disaient-ils juste? Par chance, les cours des métaux ont orchestré une remontée partielle après l’effondrement constaté à la mi-2014. Ils ont atteint un creux au début 2016, et regagné la moitié du terrain perdu à la fin de l’été. Puis, il y a eu un rebond en fin d’année. Lors du premier semestre de 2017, les cours ont stagné et leur trajectoire était incertaine. Pourtant, depuis juin, ils ont grimpé de 11 % et cet élan soutenu a porté les cours à leurs niveaux du début de 2014. Au sein des diverses catégories de produits de base, les métaux font cavalier seul : la seule comparaison possible étant la hausse plus modeste du côté des produits de base industriels bruts.

Quels métaux sont à l’origine de cette impulsion? Les cours du plomb ont gagné 8,8 % depuis juin, et dépassent désormais les cours moyens d’après la récession. Pour ce qui est des cours du nickel, pénalisés par la mauvaise fortune de l’acier, ils se sont envolés de 32 % par rapport aux niveaux du milieu d’année – une embellie impressionnante, même si les cours se situent toujours à moins de la moitié des niveaux d’avant la récession. Les cours du zinc ne sont pas en reste : ils sont à un sommet depuis la fin de 2007 grâce à une récente augmentation de 19 %. Les cours du fer sont aussi en hausse. Ils avaient effectué une remontée semblable l’an passé, pour ensuite rechuter. Ses perspectives continueront d’évoluer étroitement avec celles du marché de l’acier, qui demeure peu vigoureux.

Qu’en est-il du cuivre, ce métal rouge qui nous renseigne sur l’évolution économique à venir? Il a perdu ce statut privilégié en raison des signaux erronés qu’il a envoyés en 2010. Toutefois, on envisage de lui redonner ce statut. Seul le temps nous confirmera si cette fois-ci le mouvement ascendant des cours du cuivre annonce des jours meilleurs pour l’économie mondiale. Depuis la mi-année, ces cours ont grimpé de 24 %, et ils sont résolument sur une lancée. En fait, il s’agit du bond le plus remarquable des cours du cuivre depuis la déconvenue de 2010.

Ces mouvements des cours des métaux, même s’ils sont étonnamment forts, cadrent bien avec la récente accélération de la croissance économique mondiale. Les grandes institutions revoient leurs prévisions à la hausse, et pour la première fois en environ sept ans, on pourrait assister à une relance marquée de l’investissement commercial à l’échelle mondiale.

Conclusion?

Si l’économie met le cap sur le Nord, il semble que les métaux jouent à nouveau le rôle de boussole indiquant la direction à suivre. Rien à voir avec les signaux trompeurs de 2010 – cette fois, l’aiguille pointerait vraiment vers le Grand Nord. Si c’est le cas, ce sera la première fois depuis la grande débâcle économique que nous sommes sur la bonne voie.

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