La semaine dernière, les marchés ont été secoués par une hausse imprévue des prix à la consommation aux États-Unis. Du jour au lendemain, on ne parle que de montées de l’inflation, de l’évolution des attentes au cours des prochains mois, et si la Fed est à la traîne, entre autres. Le mois dernier, j’ai indiqué que des augmentations modérées des prix étaient le signe d’une croissance soutenue. Était-ce seulement un début ou bien l’inflation fera-t-elle vraiment des siennes?

Regain inflationniste à l’horizon?

Pour le savoir, examinons les chiffres. En janvier, l’indice des prix à la consommation (l’IPC) a grimpé de 0,31 % aux États-Unis. Une hausse mineure en apparence, mais à cette cadence, la progression atteindra 3,8 % dans un an. Ce taux est problématique puisqu’il est largement supérieur à la fourchette cible d’inflation de la Fed. Considérons aussi le fait que depuis sept mois, la croissance s’accélère en moyenne au rythme annuel de 3,6 %. Alors, les anxieux ont-ils raison de s’inquiéter?

Du calme – rappelons-nous que les coûts énergétiques ont largement contribué au mouvement à la hausse. Si on les retranche des séries de prix et qu’on fait de même pour la catégorie volatile des aliments, le portrait de l’inflation de « base » est un peu différent. Des gains sensibles ont été réalisés depuis deux derniers mois, soit un taux annuel de 3,6 %. Au cours du même intervalle de sept mois, cependant, la moyenne est d’à peine 2,5 %. Mais est-ce que les chiffres les plus récents sont vraiment ceux qui importent, me direz-vous? C’est là un très bon point. Examinons tout ça en détail.

Hausse inattendue du coût des véhicules

En analysant les principales catégories de produits, on voit clairement que les prix des vêtements ont grimpé en janvier, mais il s’agit sans doute d’un mouvement saisonnier. La montée du coût des véhicules est un changement plus préoccupant – et pourrait annoncer une évolution plus significative. Il y a tout juste un an, on s’inquiétait des problèmes d’offre excédentaire et de stocks démesurés; depuis, de nombreux indices confirment un resserrement de l’offre. Vu les contraintes de capacité dans le secteur, nous surveillerons la situation de près.

Le coût des services de base s’est récemment apprécié, mais seulement au rythme observé en 2016, qui à l’époque avait causé l’étonnement. Les coûts liés au logement sont indéniablement au-dessus de la cible générale des prix de la Fed, et ils se trouvent à ce niveau depuis déjà un moment. Le coût de l’assurance auto, en constante augmentation, compte parmi les facteurs clés influant sur le coût des services. Jusqu’ici, cette situation est isolée et ne soulève pas d’inquiétude.

Certains indicateurs hybrides de l’inflation de base dressent un portrait plus troublant. Par exemple, en retranchant non seulement les aliments et l’énergie, mais aussi l’hypothèque des propriétaires de logement et le tabac, l’inflation de base affiche une augmentation supérieure à n’importe quel moment après la récession. Quelques autres indicateurs hybrides présentent des résultats semblables. Alors, sommes-nous en proie l’inquiétude?

Je dis depuis longtemps qu’après avoir redouté pendant un intervalle prolongé le phénomène opposé – soit la désinflation, ou pire, la déflation pure et simple – un peu d’inflation n’est pas une mauvaise chose en soi. Rappelons-nous, les banques centrales ont des moyens très limités pour remédier à la désinflation et la déflation, ce qui n’est pas le cas pour l’inflation.

Cela pourrait être un maigre réconfort si la situation exige un resserrement sensible des taux. Est-ce ce qui nous attend? Encore une fois, gardons notre calme. La croissance terne après la récession – un épisode qui a duré dix ans – a conditionné les acteurs économiques à s’attendre – et à se préparer – à bien moins que ce dont l’économie est capable. L’accélération actuelle de la croissance nous fait prendre conscience qu’il faut augmenter la capacité. Au cours de cette transition, il est naturel d’observer des fluctuations passagères des prix – qui sont, en réalité, un appel à l’action de l’économie. Vu la capacité qu’a dû ajouter l’industrie américaine et les signes évidents d’une demande comprimée, le rôle de la Fed n’est pas de stopper une croissance débridée, mais plutôt d’orienter la croissance sur une trajectoire ascendante qui soit gérable.

Se préparer à une montée de l’inflation

Que devrions-nous faire pour être prêts à négocier ce virage? Tout d’abord, il y a des chances qu’on assiste régulièrement à des moments de panique face à l’évolution des prix, mais comme cela se produit déjà chacun de ces épisodes devrait être bref. Ensuite, les taux continueront d’augmenter sur le marché – à court terme, mais aussi de plus en plus dans un horizon à long terme. Les rendements sur cinq et dix ans suivent une trajectoire qui s’apparente à un retour à la normale, le taux d’inflation s’établissant dans – et pas sous – la fourchette cible, et s’orientant vers une prime de risque plus habituelle pour les effets assortis d’échéances plus longues. Les entreprises averties semblent désireuses d’en profiter en prévision ce qui pourrait être une série continue d’augmentations.

Conclusion?

Attendons-nous à de surprenantes fluctuations mensuelles des prix – pas seulement sur le marché américain, mais aussi en Europe. Faisons fi des propos alarmistes. Ces fluctuations sont une heureuse conséquence d’une économie qui reprend enfin pied. On attendait ça depuis longtemps.

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