L’industrie automobile tourne à plein régime, et les ventes en sont la preuve indiscutable. Voilà qui n’est pas nouveau : les ventes annuelles ont dépassé les 17 millions d’unités pour une troisième année. Malgré une croissance économique moyenne depuis sept ans – dans le contexte d’une évolution des préférences générales et de la présence d’une génération du millénaire pas très intéressée par l’achat d’un véhicule –, les ventes d’autos se sont envolées pour quitter les niveaux atteints lors de la récession, ce qui a sans contredit fait de l’auto le premier secteur a vraiment redémarré. Comment expliquer cette croissance fulgurante, et quelles sont les perspectives à court terme?

Par rapport aux phases de croissance antérieures, celle-ci est plutôt impressionnante. La vitesse à laquelle la reprise s’est installée s’apparente à celle observée pendant l’après-1982, même si les niveaux de l’époque ne rivalisent pas avec ceux d’aujourd’hui. Le précédent cycle de croissance s’est amorcé en 1992, et sa progression était plus lente. Les niveaux actuels avaient jadis été atteints uniquement après huit années d’expansion, et le point de départ avait été bien supérieur à celui de la présente phase. Cette fois, en partant du creux touché par le secteur lors de la récession, il a fallu à peine six ans pour que les ventes franchissent le cap des 17 millions d’unités.

Les véhicules qui ont la cote

Quels véhicules ont la cote? Le segment des camionnettes légères mène le bal grâce à un essor soutenu depuis sept ans. Par ailleurs, les fourgonnettes et les VUS, très prisés par les consommateurs, ne font plus grimper les ventes comme par le passé. Cet honneur revient désormais aux camionnettes (les pick-ups) – et malgré une nette progression, ce segment reste en deçà des pics précédents –, et aux TCL (ou crossover), dont les ventes pratiquement inexistantes en 2006 sont passées à six millions d’unités en 2017. Pourtant, le tableau n’est pas aussi éclatant pour tous les segments. Les ventes d’automobiles ont augmenté, mais depuis 2014 elles ont globalement reculé de 21 %.

Le marché a peut-être, dans son ensemble, redémarré sur des chapeaux de roue. Chose certaine, ce ne sont pas les Trois de Détroit qui mènent la course. Ils avaient déjà frôlé la catastrophe lors de la récession. Depuis, dans le segment des voitures comme dans celui des camionnettes légères, les Trois de Détroit ont perdu des parts de marché. Occupant jadis une position dominante dans le segment des camionnettes légères, les Trois de Détroit ont vu leur part de ce marché fondre de 65 % en 2007 à 54 % l’an dernier. Dans le segment des voitures, la situation est pire : à seulement 40 % en 2000, les Trois de Détroit accaparent désormais à peine 26 % du marché total.

Dans le même temps, la part des ventes de véhicules américains fabriqués en Amérique du Nord a suivi une trajectoire en dents de scie. Au milieu des années 80, la part des ventes de véhicules fabriqués aux États-Unis représentait environ trois quarts du total; dans les années 90, cette part a bondi à 89 %, mais elle a depuis glissé à 75 %, et se maintient à ce niveau. La répartition géographique des activités de production de véhicules a aussi changé, les gains faits par le Mexique étant jugés préoccupants par beaucoup d’Américains.

Le secteur automobile américain de retour à des sommets en 2016 et 2017

En adoptant une perspective différente, on constate que la production sur le marché américain semble connaître la même effervescence que les ventes. Selon les chiffres d’utilisation de la capacité du Conseil de la Réserve fédérale, l’industrie automobile aurait atteint des sommets en 2016 et 2017 – et il faut remonter aux années 70 pour trouver une plus grande utilisation de la capacité. Les récentes annonces d’investissement réduiront sans doute une partie de cette tension, mais la vigueur des ventes maintiendra les capacités serrées.

Les ventes de camions sont un autre signe positif. Les véhicules intermédiaires sont sur une lancée depuis plusieurs années, et pourraient s’approcher des pics antérieurs. Cette embellie est révélatrice de l’état de l’investissement commercial, puisque ces véhicules sont d’habitude utilisés dans le cadre d’activités industrielles. La récente impulsion des ventes de camions lourds est encore plus encourageante étant donné qu’elle est un baromètre bien établi d’une croissance plus étendue.

L’industrie automobile canadienne vulnérable à la renégociation l’ALENA

C’est une évidence : les ventes ont le vent dans les voiles. On s’inquiète toute de même de la façon dont toute cette activité se propage au marché local. Ce secteur occupe une place prépondérante dans la renégociation actuelle de l’ALENA, les États-Unis proposant d’ailleurs de strictes exigences relatives à la teneur américaine et nord-américaine de la production. Au Canada, l’industrie a naturellement profité du sursaut des ventes sur le marché américain, et elle a attiré des investissements qui annoncent de beaux jours pour ce secteur. Malgré tout, le secteur canadien est exposé aux changements qui pourraient survenir advenant une refonte de l’ALENA, ou pire, la disparition de cet accord. De toutes les industries, l’automobile est celle que nous estimons la plus vulnérable à de possibles changements.

Conclusion?

Les ventes d’automobiles aux États-Unis n’ont jamais été aussi dynamiques, et cet élan devait se maintenir. De manière générale, le secteur est rassuré, enchanté et assurément très occupé. Toutefois, en analysant les chiffres de différentes façons, ce portrait s’assombrit, ce qui a enflammé certains débats politiques au sujet de l’industrie, a engendré de l’incertitude sur son avenir et a fait hésiter certains à investir – au moment même où de nouveaux investissements sont jugés essentiels sur de multiples fronts.

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