Difficile de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, petit ou grand, quand le panier en question semble le meilleur choix. Et quand le panier prend inévitablement la direction du Sud, nous avons peine à croire que nous nous sommes limités à un seul marché. Et la situation se répète inlassablement. Ce n’est qu’après coup que l’idée de la diversification nous vient à l’esprit. Alors, compte tenu de l’incertitude qui plane sur la relation avec notre principal partenaire commercial, le terme diversification refait-il surface dans le monde de l'exportation?

La diversification

D’un certain point de vue, on pourrait dire que ce terme n’est pas disparu des conversations. En 2000, pour ce qui est des destinations de nos exportations, la Chine disputait la quatrième place à l’Allemagne dans le classement général, derrière les États-Unis, notre principal marché, mais aussi – et de façon marquée – le Japon et le Royaume-Uni. À l’époque, à peine 1 % des expéditions internationales du Canada prenait la direction de la Chine. Or, l’excellente progression de nos exportations sur ce marché au fil du temps a fait de la Chine la deuxième destination des exportations canadiennes, loin devant le Royaume-Uni et le Japon, qui occupent respectivement les troisième et quatrième places. Cette situation n’a rien de nouveau, mais elle vaut la peine d’être répétée. La part de la Chine du total des exportations canadiennes de marchandises a grimpé à 4,5 %, et elle continue de progresser.

Naturellement, ce taux de 4,5 % est faible en comparaison de la part dominante du marché américain, ce qui en incite plusieurs à se désintéresser rapidement du marché chinois. La part de la Chine a de quoi impressionner, mais reste mineure pour susciter beaucoup d’enthousiasme. En fait, à la vue des risques, des pertes potentielles et du coût élevé pour explorer en Chine et s’y implanter, beaucoup d’exportateurs renoncent à la Chine. D’habitude, cette décision ne tient pas compte du fait que la croissance annuelle des ventes à l’export du Canada vers les États-Unis s’est établie en moyenne à 0,7 % depuis 2000, alors que la croissance de nos exportations vers la Chine s’élève à 12 % – chaque année. Certains secteurs ont fait mieux, mais c’est une autre histoire qui soulève des questions intéressantes.

Supposons que ce différentiel de croissance se maintient pendant l’horizon professionnel, comment évoluerait la part de la Chine dans nos activités commerciales? Voilà une excellente question. Je dirais que dans un peu plus de 25 ans, le Canada expédie autant de marchandises en Chine qu’aux États-Unis. Cela semble impossible à imaginer, mais à vrai dire le calcul est simple.

Quand la Chine deviendra-t-elle la première destination de nos exportations?

Certains contesteront – avec raison – cette proposition : la formidable récession planétaire qui a sévi au milieu des années 2000 à 2017 a pénalisé nos ventes vers les États-Unis bien plus que celles vers la Chine. Considérons alors des taux de croissance tendancielle plus raisonnables. Ce qu’on observe, c’est que l’écart de croissance entre nos exportations vers les marchés américain et chinois se réduit, mais reste important. Dans ce scénario, il faudrait environ deux fois plus de temps pour que la Chine devienne la première destination des exportations canadiennes. Dans les deux cas, le changement serait majeur et rapide. Tous les exportateurs canadiens auraient donc intérêt à se doter d’une stratégie pour le marché chinois.

Poussons notre analyse un peu plus loin. Fort d’une croissance s’étendant sur 17 ans, le secteur canadien des produits du bois a un peu plus de sept ans avant que la Chine soit son premier client. Pour le secteur des métaux affinés (exception faite de la filière de l’aluminium), cet intervalle est de 12 ans; pour le secteur des viandes transformées, un peu plus de 12 ans; et pour le secteur des produits de la mer, 16 ans. Plus haut sur la chaîne de valeur, cet intervalle est de 23 ans pour le sous-secteur des instruments de navigation, de mesure et de commande et d’instruments médicaux. Quant à l’automobile, le secteur canadien le plus tourné vers les États-Unis, cet intervalle est légèrement supérieur à 11 ans. Dans ce dernier cas seulement, la croissance est incroyablement robuste depuis une base très peu faible. Conséquence : uniquement pour ce secteur, notre proposition a peu de chance de se réaliser. Pourtant, elle est utile pour montrer que même du côté des activités les plus orientées vers le marché américain, une profonde transformation est en cours – et tous les exportateurs doivent en tenir compte. S’ils l’ignorent, ils le font à leurs risques et périls.

La carte de nos marchés d’exportation se transforme

Face aux inquiétudes au sujet de l’avenir des relations commerciales avec les États-Unis, les acteurs du commerce parlent de diversification comme jamais depuis la grande récession. Notre performance en Chine est révélatrice, mais il ne faut pas oublier que l’Inde est vite en voie de devenir la « prochaine Chine ». Nous devons aussi nous rappeler que nous intensifions nos activités sur d’autres marchés émergents à la croissance rapide. Au fil du temps, la carte des marchés d’exportation du Canada pourrait subir de profonds changements – à condition que nous élargissions notre perspective.

Conclusion?

On fait bien plus que parler de diversification. Elle est désormais une réalité et produit des résultats remarquables. Le moment est venu de vous joindre aux exportateurs canadiens qui en tirent pleinement parti.

 

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