Pour la plupart des habitants de l’hémisphère Nord, la saison estivale est le temps d’une pause bien méritée. Pourtant, les critiques du commerce, eux, ne prennent aucun congé. Les inquiétudes n’ont jamais été aussi grandes au sujet de l’avenir du commerce et de la voie où la rhétorique et les politiques actuelles risquent de nous entraîner. Voilà le genre de situation pouvant gâcher de belles vacances ou, dans le pire des cas, inciter les vacanciers d'un long week-end à annuler leur projet de voyage. Alors, le tourisme est-il la victime de la guerre commerciale?

Il est peut-être trop tôt pour le dire. Les données officielles les plus récentes sur les voyages de part et d’autre de la frontière s’arrêtent en mai, et couvrent des mois où l’activité touristique est généralement peu intense. Pendant cet intervalle, le nombre de visiteurs américains au Canada a reculé de 0,9 % par rapport à la même période en 2017. On serait tenté de croire qu’un dollar moins gaillard – je parle ici du huard – aurait fait de notre pays une destination plus attrayante.

Les États-Unis, toujours une destination prisée

Est-ce que les États-Unis demeurent une destination de choix pour les Canadiens? Cela ne fait aucun doute, malgré la vigueur du billet vert. En mai, le nombre de touristes canadiens vers cette région a augmenté de 11,5 %. Il s’agissait pour la plupart de voyages d’une journée en voiture. Si l’on fait abstraction des voyages d’affaires de courte durée, on constate que bon nombre de Canadiens font des escapades de magasinage chez nos voisins du Sud. On se demande pourquoi…

Devrions-nous attendre la publication des chiffres réels de la saison touristique pour avoir un portrait plus juste de la situation? Eh bien, à la différence du passé, nous avons une bonne idée du niveau d’activité en juillet. Grâce aux systèmes automatisés installés aux postes frontaliers, nous disposons désormais de données en temps réel du nombre de véhicules immatriculés aux États-Unis entrant au Canada et du nombre de véhicules canadiens franchissant la frontière pour revenir au pays. Cela représente le gros de l’ensemble des voyages et constitue un excellent indicateur de l’activité générale. Mais, au fait, que disent les chiffres?

En juillet, le nombre de voyageurs américains vers le Canada a diminué de 0,8 % en glissement annuel – ce qui est conforme aux données officielles. On note des déclins marqués des voyages des touristes américains vers le Québec (-4,5 %) et vers la Colombie-Britannique (-3,2 %). Dans le cas de cette province, le repli était en partie attribuable aux feux de forêt et aux communications relatives à la piètre qualité de l’air.

Les chiffres des voyages aussi en hausse pendant la haute saison

Les Canadiens semblent moins voyager aux États-Unis. Comparativement aux chiffres de l’an dernier, les résultats en rythme annuel ne sont pas aussi solides – malgré un bond de 0,6 % par rapport à l’an dernier. On est donc amené à faire le constat suivant : durant la haute saison, de plus en plus de touristes traversent la frontière malgré les tensions politiques et la valeur du huard.

La dynamique qui semble ici à l’œuvre ressemble à celle observée dans les autres sphères commerciales : les Canadiens poursuivent leur activité, dans un contexte où les répercussions sur l’activité réelle sont minimales. En fait, cette situation est logique quand on examine d’autres facteurs économiques influant sur les voyages. À ce titre, le revenu représente un facteur déterminant. Au Canada et aux États-Unis, l’activité économique s’accompagne d’une création d’emplois et d’une forte progression des salaires : les touristes, de part et d’autre de la frontière, semblent donc croire qu’ils ont les moyens de voyager. Du côté du commerce, la très vive croissance de l’économie américaine dynamise les expéditions transfrontalières – et ce, malgré l’imposition de droits de douane, l’adoption de mesures de représailles et les cycles de renégociation.

Sommes-nous dans l’œil de la tempête ou profitons-nous de conditions clémentes?

Dans un cas comme dans l’autre, on peut de manière générale envisager deux scénarios plausibles. Nous nous trouvons effectivement dans l’œil de la tempête, à la veille de subir l’effet de vents de la force d’une tempête et leurs conséquences dévastatrices. Ou bien nous évoluons dans deux dimensions distinctes : la première étant l’économie réelle, caractérisée par des mouvements concrets de biens et de services; la seconde dimension étant celle où le commerce est bousculé, une situation qui, nous l’espérons, nous conduira vers une meilleure conjoncture économique.

Si ces deux dimensions sont effectivement séparées, le véritable danger réside dans leur possible conjonction, ou collision ce qui serait un terme plus juste. Si la rhétorique se traduit par des actions concrètes, elle mettrait à mal la prospérité actuelle. Par ailleurs, si ces réalités demeurent séparées – c’est-à-dire qu’il y a dans tout cela une méthode permettant d’éliminer le reste des éléments protectionnistes du système et de façonner une réalité plus épurée –, nous pourrions alors accueillir ce contexte comme le prolongement des jours meilleurs que nous vivons.

Pour le moment, les voyageurs sont d’accord – les touristes tout comme les gens d’affaires parcourant les voies du commerce mondial. À ce jour, les craintes de ces voyageurs n’ont pas fait obstacle à leurs projets à court terme, mais il serait difficile d’en dire autant de leurs projets à long terme. L’horizon semble moins certain, et nous sommes d’avis que les personnes et les organisations sont moins enclines à délier d’avance les cordons de leur bourse pour des projets de grande envergure.

Conclusion?

L’acrimonie sur la scène politique n’a pas empêché les touristes de traverser en grand nombre la frontière. Il en va de même pour les exportateurs. Souhaitons qu’il en soit ainsi pendant encore longtemps. 

 

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