Les accords commerciaux de l’Inde désavantagent nos exportateurs
Précisions au sujet de l’auteur
Nadeem Rizwan
Économiste, Centre d’information économique et politique
Dans cet article :
- Où le Canada se situe-t-il sur le marché indien comparativement à ses concurrents?
- Qu’offrent les accords commerciaux de l’Inde à nos principaux concurrents?
- Comment les ententes commerciales de l’Inde engendrent-elles un désavantage tarifaire pour le Canada?
- Au-delà des tarifs : mesures SPS, douanes et accès aux services
- Ce que les exportateurs canadiens devraient surveiller en Inde
Forte d’une économie de près de 4 000 milliards de dollars américains et comptant quelque 1,5 milliard d’habitants, l’Inde est impossible à ignorer pour les exportateurs canadiens. En tant que l’un des grands marchés qui connaissent la croissance la plus rapide — et qu’acteur économique clé dans l’Asie-Pacifique —, l’Inde offre d’importants débouchés pour les entreprises canadiennes qui cherchent à croître à l’international.
En novembre 2025, le Canada a relancé les négociations avec l’Inde afin de conclure un accord de partenariat économique global, emboîtant le pas d’autres grandes économies qui ont également conclu des ententes commerciales avec l’Inde.
L’accord commercial et de coopération économique de l’Inde avec l’Australie et son accord commercial et de partenariat économique avec l’Association européenne de libre-échange (Islande, Liechtenstein, Norvège et Suisse) sont en vigueur depuis 2022 et 2025 respectivement. L’Inde a également signé des accords de libre-échange avec le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande (pas encore en vigueur), alors que les négociations avec l’Union européenne (UE) se sont terminées et attendent d’être officiellement signées et ratifiées.
L’Inde fait également progresser son engagement commercial avec les États-Unis. Les deux pays ont accepté une entente-cadre. Conjugués, ces développements remodèlent les conditions de la concurrence sur le marché indien.
Comment ces accords se comparent-ils avec la capacité concurrentielle du Canada sur le marché indien? Une comparaison avec l’Australie, le Royaume-Uni et l’UE montre comment leurs accords avec l’Inde modifient l’accès relatif de notre pays au marché indien.
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« L’Inde demeure un marché à fort potentiel pour les exportateurs canadiens, mais le paysage concurrentiel se métamorphose rapidement alors que de plus en plus de pays s’y garantissent un accès préférentiel », affirme Neil Krell, représentant en chef d’EDC en Inde. « Pour les entreprises canadiennes, le fait de rester concurrentiel dépendra de plus en plus de leur compréhension des lacunes à combler et de l’adaptation subséquente de leurs stratégies de marché. »
L’Inde était le 11e marché en importance pour les exportations de marchandises canadiennes en 2025. Mais il existe une possibilité d’amélioration. La part du Canada pour ce qui est des importations de marchandises de l’Inde a légèrement décliné, passant de 1,1 % en 2017 à 0,9 % en 2024, bien en deçà de la part de la Chine (18,2 %), de l’UE (6,9 %), de l’Australie (2,4 %) et égale à celle du Royaume-Uni (0,9 %).
Depuis la fin de la pandémie, les exportations de marchandises du Canada en Inde sont toujours principalement dans les secteurs suivants : produits de base, dont carburants fossiles, produits agroalimentaires, engrais et produits de foresterie. Le Canada est en concurrence plus étroite avec l’Australie pour des produits dérivés de nos ressources, tels l’énergie, les métaux et l’agroalimentaire. Son chevauchement avec l’UE et le Royaume-Uni est moins important et se situe principalement dans la machinerie, les aéronefs et les métaux puisque leurs exportations sont plus axées sur la fabrication et les technologies. Cela indique l’avantage continu du Canada en matière de ressources et d’agriculture, mais une empreinte moins marquée dans la fabrication de grande valeur comparativement à ses pairs européens (tableau 1).
Les exportations de services du Canada en Inde ont rapidement pris de l’ampleur, passant d’environ 2 200 milliards de dollars en 2017 à 15 600 milliards de dollars en 2024. Cependant, la croissance récente des exportations de services canadiens a été fortement alimentée par les services liés aux voyages des étudiants indiens au Canada qui pourraient ralentir en raison des récents changements dans les politiques d’immigration. La part du Canada dans les importations de services en Inde était d’environ 3 % en 2024, ce qui est bien inférieur à celle des États-Unis (23,3 %), leur principal fournisseur. D’autres partenaires clés de l’Inde comprennent l’UE (quelque 17,9 %) et le Royaume-Uni (6,8 %), tandis que l’Australie détient une part similaire à 3,5 %.
Un défi commun sur le marché indien pour les exportateurs canadiens est son régime tarifaire élevé, complexe et souvent imprévisible. Selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le tarif moyen appliqué par l’Inde à la nation la plus favorisée était de 16,2 % en 2024 et de 36,7 % pour les produits agricoles.
Les récents accords commerciaux conclus avec l’Inde visent à réduire ou à éliminer les tarifs douaniers sur les marchandises. Les annonces officielles ont indiqué qu’en vertu de l’accord entre l’Inde et le Royaume-Uni, les tarifs seraient réduits pour 90 % des marchandises, dont 85 % deviendraient libres de tarifs d’ici dix ans. L’accord commercial et de coopération économique entre l’Inde et l’Australie a supprimé les tarifs sur 85 % des exportations de marchandises de l’Australie, et un autre 5 % sera progressivement ajouté sur six ans à partir de l’entrée en vigueur de l’accord. Pour l’UE, les rapports suggèrent que près de 97 % des marchandises profiteront d’une baisse ou d’une élimination des tarifs, et ce, de façon progressive sur 10 ans.
Bien que les détails varient selon les accords, l’Inde continue de protéger les secteurs agricoles sensibles comme les produits laitiers, la viande (sauf la viande de mouton) et les céréales. Les gains dans le secteur agricole se font principalement avec les produits de la mer (pour l’Australie et le Royaume-Uni) et les produits agroalimentaires transformés, comme le pain, les pâtisseries et les jus de fruits, où les tarifs sont souvent éliminés ou grandement réduits. Les boissons alcoolisées sont soumises à des réductions graduelles de tarifs plutôt qu’à une élimination. Ces baisses de tarifs sont significatives étant donné les taux tarifaires de départ très élevés.
Dans les secteurs non agricoles — notamment la machinerie et l’équipement électrique, les produits chimiques et pharmaceutiques, les métaux et les minéraux —, les réductions de tarifs sont plus importantes et se produisent plus rapidement. Les résultats pour l’équipement de transport sont plus variés : pour le Royaume-Uni et l’Australie, les gains en aéronautique se limitent surtout aux pièces et composantes d’aéronefs, alors que l’accès pour les véhicules automobiles demeure limité. Pour l’UE, l’information disponible suggère que les tarifs sur les aéronefs finis seront graduellement éliminés, alors que les véhicules automobiles bénéficieront d’un accès limité basé sur des quotas.
Les accords commerciaux déterminent des règles claires et reconnues à l’échelle mondiale en matière de salubrité alimentaire et de santé des plantes et des animaux (mesures sanitaires et phytosanitaires ou SPS), rendant les réglementations plus transparentes et accélérant les exportations. Ils encouragent également les autorités à traiter les règles de l’autre pays comme « équivalentes » lorsqu’elles procurent le même niveau de sécurité, ce qui permet d’éviter les vérifications en double et les retards.
Par contre, ces dispositions n’abattent pas tous les obstacles SPS, puisque les autorités indiennes ont tout de même la décision finale et évaluent les cas individuellement. Parallèlement, les procédures douanières se simplifient, grâce à l’utilisation accrue des documents électroniques, un traitement plus rapide et des options d’appel plus claires si des problèmes surviennent à la frontière. Le commerce de services profite également d’un meilleur accès au marché et d’une plus grande transparence, y compris un traitement équitable et une reconnaissance plus facile des qualifications professionnelles.
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En quoi les ententes commerciales de l’Inde engendrent-elles un désavantage tarifaire pour le Canada?
Alors que d’autres pays bénéficient de tarifs plus bas ou d’un accès préférentiel en vertu d’accords commerciaux, les marchandises canadiennes continuent d’être confrontées aux tarifs NPF standards (tableau 2). Cela signifie que les exportateurs d’autres pays pourraient être en mesure d’offrir des prix plus bas ou encore de pénétrer le marché plus facilement, les positionnant ainsi en tant que fournisseurs privilégiés pour les importateurs indiens.
Les lentilles : une étude de cas
Les exportations de lentilles de l’Australie vers l’Inde étaient modestes comparativement à celles du Canada jusqu’aux récents changements de politiques. D’octobre 2022 à mars 2025, une fenêtre temporaire libre de droits a profité à de grands fournisseurs qui ne provenaient pas des États-Unis, résultant ainsi en une hausse des exportations tant du Canada que de l’Australie. Avec l’entrée en vigueur de l’accord commercial et de coopération économique entre l’Australie et l’Inde en décembre 2022, l’Australie a pu obtenir un certain quota, permettant ainsi une réduction de 50 % des tarifs appliqués à la nation la plus favorisée sur 150 000 tonnes de marchandises exportées. Lorsque l’Inde a remis en place un tarif de 10 % en mars 2025, l’Australie a pu conserver son accès préférentiel en vertu du quota, conservant un avantage en matière de coût et un meilleur accès au marché pour ses producteurs. En 2025, les exportations de lentilles de l’Australie vers l’Inde ont baissé de seulement 2,9 % par rapport à 2024, comparativement à celles du Canada qui ont chuté de 24,2 %; les valeurs d’exportation sont tombées de 14,5 % pour l’Australie comparativement à 39,5 % pour le Canada.
Les mesures SPS sont souvent mentionnées par les exportateurs canadiens comme un problème majeur pour les exportations en Inde. Bien que les accords commerciaux qu’elle a conclus avec d’autres pays n’éliminent pas complètement ces obstacles, ils procurent des processus plus clairs et des avenues institutionnelles pour les administrer.
Des dispositions douanières améliorées offrent des avantages plus prévisibles et plus facilement applicables, contribuant à rationaliser les procédures et à réduire les retards et l’incertitude. Sans cadres comparables, les exportateurs canadiens demeurent exposés à des résultats SPS moins prévisibles et à des processus douaniers plus lents, les désavantageant par rapport aux autres. Leurs concurrents profitent également d’un accès hâtif au marché et d’un positionnement réglementaire dans le secteur des services grâce à des conditions d’entrée préférentielles.
Alors que certains pays concurrents profitent présentement d’accords commerciaux hâtifs, le Canada apporte des liens commerciaux de longue date, des relations personnelles solides et une réputation bien établie en matière de qualité et de fiabilité dans des secteurs clés, notamment l’agroalimentaire, l’énergie et la fabrication de pointe.
Se tenir informé de l’évolution des conditions du marché et des stratégies de vos concurrents sera essentiel pour renforcer ces forces et la présence du Canada en Inde.
Exportation et développement Canada (EDC) bénéficie de plus de 20 ans de présence sur le marché indien. Nous soutenons les exportateurs à l’aide de renseignements sur les marchés, de services consultatifs et de solutions de financement pour les aider à bien saisir les complexités réglementaires et à renforcer leur position sur le marché. Pour en savoir plus sur les conditions des marchés et les débouchés commerciaux, lisez l’article d’EDC Faire des affaires en Inde.