L’incidence des feux de forêt sur le commerce et les infrastructures
Précisions au sujet de l’auteur
Karicia Quiroz
Economiste | Renseignements sur les Pays et les Secteurs
William Thomas
Associé principal | Renseignements sur les pays et les secteurs
Dans cet article :
- Hausse des coûts associés aux feux de forêt et des conséquences économiques au Canada
- Répercussions économiques plus larges des feux de forêt canadiens
- Perturbation directe de la production et des exportations dans les régions touchées
- Incidence des feux de forêt sur les infrastructures ferroviaires, de transport et d’exportation
Les feux de forêt sont devenus une force de plus en plus dévastatrice du paysage et de l’économie au Canada. Bien que leur nombre n’ait pas nécessairement augmenté au fil du temps, les recherches démontrent qu’ils prennent de l’ampleur et sont de plus en plus destructeurs et coûteux.
Le Canada a connu plusieurs de ses saisons de feux de forêt les plus impitoyables ces dernières années. La saison 2023 a fracassé des records en brûlant 17,6 millions d’hectares de forêt, alors que la saison 2025 a été la deuxième plus dévastatrice avec 8,4 millions d’hectares partis en fumée.
La saison 2026 poursuit sur cette lancée. À la mi-août, déjà plus de 4 700 feux avaient ravagé plus de 4,1 millions d’hectares au pays. Les Territoires du Nord-Ouest, le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique comptent pour plus de 80 % des régions touchées. La Colombie-Britannique a été l’objet de tensions particulièrement intenses, en atteignant par moment le niveau d’alerte le plus élevé au Canada en matière de feux de forêt alors que les troupes combattaient des feux extrêmes et que les ressources s’amenuisaient. Les dernières saisons de feux de forêt ont forcé des évacuations à grande échelle, perturbé le tourisme, forcé la fermeture de routes de transport et drainé les ressources de lutte contre les incendies dans plusieurs régions du pays.
L’incidence des feux de forêt va bien au-delà de la destruction des habitations et des entreprises. Ils peuvent considérablement perturber les moyens de subsistance, nuire à la santé publique, interrompre la production, endommager des infrastructures essentielles et réduire l’activité économique des collectivités touchées. Pour les exportateurs canadiens, leur incidence est double : directe, en perturbant la production et les exportations d’une région, et indirecte, en interrompant le transport et les réseaux d’infrastructure qui relient les entreprises canadiennes aux marchés mondiaux.
Les conséquences économiques des feux de forêt
Bien que la fréquence des feux de forêt au pays ait décliné depuis 1989 (voir la figure 1), leur gravité a augmenté de façon spectaculaire. La hausse des températures et les saisons sèches prolongées, provoquées par les changements climatiques, continuent d’exacerber les conditions qui favorisent les feux de forêt.
Au cours des dernières années, la superficie brûlée par les feux de forêt au Canada a atteint des niveaux sans précédent. À elle seule, la saison des feux de forêt de 2023 a ravagé environ 17,6 millions d’hectares, soit plus du double du record précédent établi en 1989 (voir la figure 1). La saison 2025 a suivi la même tendance, car elle a été la deuxième saison la plus dévastatrice avec plus de 8,4 millions d’hectares brûlés à l’échelle du pays.
Même si la saison 2026 est en cours, plus de 4,1 millions d’hectares ont déjà été brûlés à la mi-août, dépassant la moyenne sur dix ans pour cette période.
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Il est important d’être bien préparé : le cours des produits de base peut avoir une incidence sur les exportations, le commerce mondial et votre entreprise.
Afin de mieux comprendre le coût réel des feux de forêt, il faut analyser les incidences locales ainsi que le coût financier direct qu’ils imposent sur les résidences, les entreprises et les collectivités.
Le fardeau financier des feux de forêt et des autres événements climatiques importants est aussi à la hausse. Selon le Bureau d’assurance du Canada, les pertes assurées contre les événements climatiques catastrophiques et les feux de forêt ont totalisé 37 milliards de dollars entre 2016 et 2025, ce qui dépasse largement les pertes (ajustées selon l’inflation) de la décennie précédente.
Le coût croissant des dommages causés par les feux de forêt reflète une tendance plus vaste. Comme les saisons de feux de forêt s’allongent et s’intensifient, les entreprises, les communautés et les gouvernements sont confrontés à des coûts plus élevés pour la reconstruction et à une exposition accrue aux perturbations économiques.
Plusieurs désastres récents causés par des feux de forêt illustrent bien l’ampleur de ces coûts :
- Les feux de forêt de 2016 à Fort McMurray, en Alberta, sont les plus coûteux de l’histoire, les dommages assurés s’établissant à près de 3,8 milliards de dollars.
- Les feux de forêt de 2024 à Jasper, en Alberta, et ceux de 2023 dans la région de l’Okanagan et de Shuswap, en Colombie-Britannique, se classent au deuxième rang (1,3 milliard de dollars) et au troisième rang (720 millions de dollars) en ce qui concerne les dommages assurés (voir la figure 2).
- Trois des feux de forêt les plus coûteux de notre histoire se sont produits au cours de la dernière décennie. Compte tenu de la gravité croissante (en superficie totale brûlée) des feux de forêt ces dernières années, ces feux qui coûtent cher pourraient devenir plus fréquents.
Les feux de forêt peuvent avoir des répercussions négatives sur l’économie canadienne de multiples façons, au-delà de la destruction immédiate des biens. L’un des secteurs les plus touchés est la foresterie, puisque les feux de forêt peuvent réduire l’approvisionnement en bois d’œuvre, perturber les activités de transformation et contribuer à la volatilité des prix. La mauvaise qualité de l’air peut aussi dissuader les touristes, réduire la productivité et nuire à la santé publique bien au-delà des zones de feux immédiates.
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Les exportations et les infrastructures commerciales perturbées par les feux de forêt
En plus de leur incidence directe sur la chaîne d’approvisionnement forestière, dont les produits transformés (comme les produits du bois, les pâtes, les papiers et les cartons) sont largement axés sur l’exportation, les feux de forêt peuvent se répercuter sur le commerce canadien d’au moins deux autres façons :
Perturbation directe de la production et des exportations dans les régions touchées
- Feux de forêt de 2016 à Fort McMurray : Selon les données de la Régie de l’énergie du Canada, les pertes liées à l’exploitation des sables bitumineux ont atteint un million de barils par jour (Mb/j) au plus fort du désastre, ce qui équivaut à près de 45,2 millions de dollars de pertes de revenus par jour (selon le cours du pétrole brut Western Canadian Select [WCS] de mai 2016). Ces pertes ont entraîné une chute de 14 % du volume des exportations de pétrole brut de l’Alberta, qui est passé d’une moyenne de 2,9 Mb/j au premier trimestre de 2016 à 2,49 Mb/j en juin. Heureusement, les installations de sables bitumineux ont subi des dommages limités et la production ainsi que les exportations ont rebondi rapidement, atteignant 2,84 Mb/j en août 2016.
- Feux de forêt de 2024 à Jasper : Jasper, une collectivité tributaire du tourisme, emploie près de 49 % de sa main-d’œuvre dans ce secteur d’activité. Selon Développement économique Canada pour les Prairies, en 2023, avant les feux de forêt, le parc national Jasper a généré 446 millions de dollars en dépenses de visiteurs, dont 80 % provenaient de l’étranger (les montants qu’ils ont dépensés au pays sont considérés comme des exportations). Les feux de forêt de 2024 ont provoqué un effondrement du nombre de visiteurs au parc national Jasper, qui est passé de 2,48 millions en 2023 à 1,13 million en 2024, soit une diminution de 54 % en glissement annuel, selon Parcs Canada. Bien que le nombre de visiteurs a rebondi à 2,13 millions en 2025, il est resté sous les niveaux d’avant les feux. Les feux de forêt de 2024 ont détruit 358 résidences et entreprises et, même si la reconstruction a bien avancé, la reprise est toujours en cours alors que la pénurie de logements et les défis de reconstruction continuent de perturber la communauté.
Incidence des feux de forêt sur les infrastructures ferroviaires, de transport et d’exportation
- Diminution du volume de transport de marchandises : Malgré la gravité des feux de forêt de Fort McMurray en 2016, le volume total de marchandises transportées sur le réseau ferroviaire en provenance de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest s’élevait à 58,3 millions de tonnes (Mt) en 2016, soit une modeste baisse de 1,5 % en glissement annuel, selon les données de Statistique Canada sur l’industrie ferroviaire. Cependant, les volumes de marchandises expédiées aux États-Unis et au Mexique ont chuté plus fortement, une baisse de 3,2 % en glissement annuel, à 20 Mt. Le mazout et le pétrole brut ont été les principaux contributeurs des envois destinés à ces marchés d’exportation, les volumes ayant fléchi de 17 % en glissement annuel. En 2023, pendant les feux de forêt dans la région de l’Okanagan et de Shuswap, les volumes totaux des marchandises expédiées par la Colombie-Britannique ont légèrement augmenté (1 % en glissement annuel pour passer à 60,7 Mt). En revanche, les volumes des marchandises expédiées aux États-Unis et au Mexique par la province ont chuté de 16 % en glissement annuel, en raison d’une baisse de 20 % des expéditions de bois d’œuvre.
- Perturbations ferroviaires et portuaires causées par les feux de Jasper en 2024 : La Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (le CN) a temporairement suspendu le service à Jasper, retardant le transport des marchandises vers les centres d’exportation de la Colombie-Britannique. La fumée a également causé des ralentissements de trains, retardant le transport des céréales destinées à l’exportation vers le port de Vancouver.
Bien qu’on ne connaisse pas encore l’ampleur des bouleversements attribuables aux feux de forêt sur les volumes d’exportation en raison de leurs effets sur les infrastructures qui facilitent le commerce, la question exige une attention accrue compte tenu de l’importance des réseaux de transport pour les exportations de marchandises canadiennes.
Les feux de forêt majeurs ont révélé la vulnérabilité des corridors de transport clés lorsque les feux menacent les autoroutes, les chemins de fer et les collectivités environnantes.
En 2025, le transport routier (38,6 %) et le transport ferroviaire (10,9 %) ont compté pour une part combinée de 49,5 % des exportations de marchandises du Canada, selon les données de Statistique Canada. Étant donné l’importance de ces réseaux de transport, de telles perturbations peuvent nuire au déplacement des biens vers les marchés intérieur et internationaux.
Puisque les exportateurs doivent composer avec ces infrastructures vulnérables, les analyses d’EDC sur l’optimisation des chaînes d’approvisionnement proposent des stratégies pour les aider à atténuer les risques et à renforcer leur résilience face à ce type d’événements.
Un pompier à Cache Creek, en Colombie-Britannique, a allumé un contre-feu pour combattre un incendie de forêt.
L’avenir des feux de forêt au Canada : risques économiques et stratégies de résilience
Les feux de forêt s’intensifient et leurs répercussions touchent de plus en plus de régions, de collectivités et d’industries au Canada. Les coûts économiques varient considérablement en fonction de facteurs comme la durée, l’endroit et les secteurs touchés.
Ces événements ne sont plus simplement des urgences environnementales isolées. Ils constituent un risque économique de plus en plus important qui ébranle les collectivités, les chaînes d’approvisionnement, les réseaux de transport et les activités d’exportation partout au pays. Alors que les saisons de feux de forêt s’allongent et s’intensifient, les coûts tant directs qu’indirects de ces feux ne feront qu’augmenter.
Comme l’économie canadienne est fondée sur les ressources, une part importante de l’activité commerciale se déroule dans des régions éloignées qui sont particulièrement vulnérables aux risques de feux de forêt. Ces secteurs dépendent aussi fortement d’infrastructures commerciales essentielles, comme les vastes corridors ferroviaires et autoroutiers du Canada, qui posent un défi de taille lorsqu’on veut une route alternative lors de perturbations majeures.
Pour préserver la productivité canadienne et réduire les pertes économiques, il est impératif d’investir de façon durable dans l’atténuation des feux de forêt et la résilience des infrastructures. Les gouvernements, les collectivités et les entreprises ont tous un rôle à jouer dans le renforcement de notre réponse collective à ces menaces croissantes.
Explorez le soutien qu’EDC offre aux exportateurs canadiens confrontés à l’incertitude commerciale et aux perturbations des marchés. Pour communiquer avec nos conseillers en exportation d’EDC, consultez notre Centre aide-export et créez un compte MonEDC.
Remerciements
Nous tenons à remercier les spécialistes externes qui ont apporté de précieuses contributions à cet article en 2025, notamment les personnes-ressources clés au sein de la Division de l’analyse économique de Statistique Canada, qui se sont beaucoup penchées sur les estimations du PIB en danger dans les régions touchées par les feux de forêt; Ryan Ness, directeur de l’adaptation à l’Institut climatique du Canada et Thibaut Duprey, directeur principal à la Banque du Canada, dont les recherches portent sur les répercussions économiques des catastrophes naturelles au Canada.
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Percer de nouveaux marchés, mondialiser votre entreprise et réduire les risques en toute confiance : les observations et les analyses financières des experts d’EDC peuvent vous y aider.