Il y a plusieurs années, alors qu’elle était conseillère principale aux entreprises auprès des PME dans une grande banque, Ejibola Adetokunbo-Taiwo se voyait présenter de nombreux projets d’affaires. On lui proposait toute sorte d’idées ambitieuses, et elle recevait d’innombrables demandes de financement.

Les clients de sa succursale de Grande Prairie, en Alberta, souhaitaient prendre de l’expansion, ouvrir de nouveaux magasins, acquérir davantage de stocks, embaucher du personnel, former leurs employés et même conquérir des marchés étrangers. Mais il y a une chose qu’elle ne voyait pas souvent : des entrepreneures qui cherchaient de l’aide.

« Elles ne venaient pas à la banque. Il y avait des hommes qui venaient demander des fonds et du financement, mais les femmes ne le faisaient pas. J’appelais des clientes et elles disaient que tout allait bien, mais comment était-ce possible? », raconte la fondatrice de de Sedulous Women Leaders, un réseau national de professionnelles et d’entrepreneures dont le but est de soutenir les entreprises appartenant à des femmes noires, racisées et immigrantes et de renforcer leur autonomie.

Ejibola Adetokunbo-Taiwo est la fondatrice de « de Sedulous Women Leaders », un réseau national de femmes qui soutient les entreprises appartenant à des femmes noires, racisées et immigrantes et renforce leur autonomie.

Curieuse de comprendre l’expérience des femmes propriétaires d’entreprise qui s’assoyaient de l’autre côté du bureau du banquier, Mme Adetokunbo-Taiwo a rédigé un plan d’affaires pour lancer sa propre petite entreprise et a présenté sa demande de prêt à une banque concurrente, de l’autre côté de la rue. Le conseiller a jeté un coup d’œil rapide à la première page de son plan d’affaires et au nom de son entreprise et lui a dit catégoriquement que son entreprise était vouée à l’échec.

Surprise de subir un revers instantané, elle a posé sa carte professionnelle et l’épinglette portant son nom sur le bureau du conseiller. Et elle n’a pas mâché ses mots : « C’est plutôt surprenant que vous en arriviez à cette conclusion sans lire mon plan d’affaires. Je suis indignée du service que j’ai reçu ici aujourd’hui. »

Cette rencontre allait propulser la vie professionnelle de Mme Adetokunbo-Taiwo dans une autre direction. Peu de temps après, elle a changé d’emploi et est devenue coordonnatrice pour le volet entrepreneuriat du réseau d’innovation régional de Grande Prairie ainsi qu’entrepreneure en résidence à la Polytechnique Northwestern (anciennement connue sous le nom de Collège régional de Grande Prairie).

Ébranlée de l’expérience que vivent les entrepreneures racisées, elle a ensuite puisé dans ses connaissances et fait appel à son réseau pour mettre sur pied de Sedulous Women Leaders. Elle s’est donné comme mission d’apporter de la visibilité aux entrepreneures noires, racisées et immigrantes et de faire en sorte qu’elles puissent contribuer à l’économie en obtenant le soutien dont elles ont besoin pour croître.

Pour favoriser le succès entrepreneurial, de Sedulous Women Leaders a, entre autres, lancé le programme d’accélération de l’entrepreneuriat de détail, qui donne aux entrepreneures canadiennes immigrantes, de couleur et noires les outils nécessaires pour faire aboutir leurs produits sur les tablettes des détaillants grâce à des incubateurs ainsi qu’à du mentorat et de l’encadrement. Ce programme est offert conjointement avec le programme iLaunchHERproduct, un programme d’un an qui met en relation des entrepreneures avec des acheteurs de magasins à grande surface et d’autres commerces de détail.


En partenariat avec Exportation et développement Canada (EDC), la Banque de développement du Canada (BDC), WEConnect International, la Banque TD, le Service des délégués commerciaux (SDC) du Canada et le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE), le programme iLaunchHERproduct aide les femmes à placer leurs produits dans les rayons des détaillants à grand volume et assure la diversité des produits, notamment en ce qui concerne leur provenance et leur fabricant.

EDC a récemment appuyé un projet de recherche recueillant les données des candidates du programme iLaunchHERproduct pour aider de Sedulous Women Leaders à mieux comprendre les besoins des femmes d’affaires noires, racisées et immigrantes ainsi que les obstacles auxquels elles sont confrontées dans l’écosystème du commerce de détail.

L’Enquête sur le financement et la croissance des petites et moyennes entreprises menée par Innovation, Sciences et Développement économique Canada* (ISDE) a révélé que les entreprises appartenant à des femmes noires, racisées ou immigrantes contribuent grandement à l’économie canadienne. En effet, 28,7 % des PME appartiennent à des immigrants et 16,8 % sont détenues majoritairement par des femmes. Dans le rapport d’EDC, intitulé Une analyse en profondeur des entreprises appartenant à des femmes racisées, noires ou immigrantes, les données du programme iLaunchHERproduct aident à comprendre les moteurs de ces entreprises.

Par exemple, sur les 157 entreprises qui ont postulé au programme, 92 % appartenaient à des Noires, 83 % étaient dirigées par des propriétaires racisées et 78 % appartenaient à des immigrantes. Dans l’ensemble, 38 % des entreprises ont été lancées pendant la pandémie de COVID-19. Il est encore plus intéressant d’examiner les raisons qui ont incité ces femmes à se lancer en affaires :

  • 36 % des candidates souhaitaient renforcer l’autonomie d’une communauté ou promouvoir les soins personnels;
  • 27 % ont créé une entreprise pour répondre à un besoin particulier dans leur communauté;
  • 27 % souhaitaient mettre de l’avant des produits naturels ou écoresponsables.


Bien que les femmes qui ont répondu au sondage aient mentionné une multitude d’obstacles et de barrières, notamment en ce qui a trait à la recherche de fournisseurs et de clients, de même que la quête d’une personne-ressource pour obtenir des conseils judicieux et fiables, 83 % d’entre elles ont affirmé que le financement était leur principal défi. Plusieurs renseignements clés du rapport ont également mis en lumière certains facteurs qui pourraient aider les PME appartenant à des femmes à prendre de l’expansion et même à se positionner pour l’exportation :

Constituer juridiquement la compagnie

Environ 89 % des PME au Canada sont constituées en société, comparativement à seulement 52 % des candidates du programme iLaunchHERproduct. Pourtant, la constitution en société est souvent une étape logique dans la croissance de l’entreprise. Il est vrai que l’établissement d’une entreprise individuelle (à propriétaire unique) est simple et peu coûteux. Ce type de structure s’accompagne toutefois d’une plus grande responsabilité pour le propriétaire et d’un taux d’imposition plus élevé. Les entreprises constituées en société peuvent accéder plus facilement à des ressources financières, bénéficier du taux plus faible d’imposition des sociétés et jouir d’une meilleure protection de leurs actifs. Vous trouverez davantage de renseignements sur le processus de constitution en société au Canada ici.

Établir une entité financière

La plupart des petites entreprises sont financées par leur propriétaire, en son nom personnel. Mais pour établir un dossier de crédit, des antécédents financiers et une certaine crédibilité auprès des banques, il est essentiel qu’une entreprise possède sa propre identité financière. Elle doit être une entité distincte et détenir ses propres produits bancaires pour entreprises (compte bancaire, carte de crédit ou marge de crédit).

Obtenir des certifications pour entreprises

Parmi les candidates interrogées, celles qui tiraient le mieux leur épingle du jeu dans le commerce de détail détenaient des certifications bien ciblées qui les aidaient à faire connaître et à promouvoir leur entreprise. Parmi ces certifications, notons celles de Women Business Enterprises Canada (WBE), de Made in Canada et du Canadian Aboriginal and Minority Supplier Council. Il y a aussi ces autres certifications, qui sont également pertinentes : celles de Global Standard 1 (GS1), pour le respect des normes dans les communications d’entreprise, comme l’utilisation des codes-barres, celles de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, le Food Handler Certificate et le Children’s Product Certificate.

Une commerçante montre comment appliquer du maquillage.

Prévoir les difficultés

Les répondantes ont cerné quelques-uns de leurs principaux défis : obtenir du financement, trouver des partenaires ou des distributeurs, repérer de nouveaux marchés, faire face à une concurrence féroce, créer une stratégie commerciale de même que gérer la logistique d’expédition et la chaîne d’approvisionnement, pour ne nommer que ceux-là. Pour obtenir des conseils, du soutien et des stratégies de croissance, les femmes d’affaires peuvent faire appel à des ressources, comme le programme iLaunchHERproduct et le réseau de Sedulous Women Leaders, ainsi qu’à des organismes comme le PCFE, Coralus (anciennement SheEO), BDC et le SDC.

Utiliser les ressources comme outil de croissance

Quand on vise la croissance, il est essentiel de se constituer un réseau formé d’autres propriétaires d’entreprise et de partenaires compétents, et d’explorer le marketing par courriel et les applications comme TikTok, Instagram et Facebook pour cibler son public et mettre en valeur ses activités auprès des détaillants. Un autre incontournable de la croissance est le recours au financement et aux subventions pour faire passer votre entreprise au prochain niveau. Dans l’enquête, les femmes propriétaires d’entreprises prospères ont également su tirer parti des conseils partagés au sein de leur écosystème pour créer de nouvelles occasions d’affaires.

Envisager une diversification à l’international

Au Canada, les entreprises détenues par des femmes génèrent plus de 117 millions de dollars en activité économique, mais seul un petit groupe d’entre elles (environ 11 %) est présent sur les marchés internationaux. Dans l’enquête sur le programme iLaunchHERproduct, 12 % des entreprises candidates appartenant à des femmes vendaient indirectement leurs produits à l’extérieur du Canada, alors que 12 % le faisaient directement. Pour ces PME, l’exportation a entraîné de plus grandes économies d’échelle et une augmentation des ventes, à hauteur de plus de 50 000 $ par année. Pour percer sur la scène mondiale, il faut avoir accès à de grands bassins de capitaux, construire des réseaux solides et dénicher les bons partenaires commerciaux. Mais pour les femmes à la tête d’entreprises qui sont prêtes à exporter ou intéressées par le commerce international, EDC propose plusieurs ressources, programmes et outils, de même qu’un référentiel de connaissances spécifiques aux femmes en commerce et des solutions de financement.

Au-delà du rapport

Pour Mme Adetokunbo-Taiwo, le fait d’avoir pu bénéficier de l’expertise d’EDC pour colliger les résultats et rédiger le rapport du réseau de Sedulous Women ne lui a pas seulement permis de faire la lumière sur l’état des entreprises appartenant à des femmes noires, racisées et immigrantes au Canada.

« De mon point de vue, cela vient valider notre offre de programmes. Après une première saison, nous constatons le succès du programme iLaunchHERproduct : les participantes vendent leurs produits chez Winners, Marshalls, La Baie d’Hudson, Sodexo, Walmart et sur la plateforme de commerce électronique de Costco.

La participation d’EDC a une énorme incidence sur notre façon de raconter cette histoire. Bien sûr, nous pouvons toujours peaufiner notre propre histoire. Mais d’avoir un partenaire qui nous appuie et qui peut dire : “Nous accompagnons de Sedulous Women dans cette aventure. Voici les défis à venir”, cela fait toute la différence. Ce rapport est un jalon sur notre parcours, conclut-elle. »

Pour vous inscrire à la deuxième saison du programme iLaunchHERproduct, cliquez ici.

Des chiffres qui parlent

  • Au Canada, il y a 132 620 femmes qui sont les propriétaires majoritaires d’une PME : elles touchent un revenu annuel de 30 000 $ ou plus.
  • Parmi les candidates du programme iLaunchHERproduct :
    • 25 % étaient déjà présentes dans les commerces de détail;
    • 27 % avaient essayé;
    • 48 % n’avaient pas essayé.
  • 54 % des candidates étaient en activité depuis un à quatre ans, tandis que 38 % l’étaient depuis moins d’un an.
  • Des 157 candidates, 100 touchaient un revenu inférieur à 25 000 $ grâce à leur entreprise; deux touchaient plus de 500 000 $ par année.
  • Les entreprises faisaient surtout partie des secteurs des produits de beauté et des soins de la peau (26 %), des aliments et des boissons (24 %), de la mode et des accessoires (12 %) et des livres et des articles de papeterie (8 %).

Les trois principaux défis

  1. Obtenir du financement (83 %)
  2. Repérer des partenaires ou des fournisseurs (78 %)
  3. Trouver de nouveaux clients (76 %)

* PME exportatrices dirigées par des immigrants au Canada, Affaires mondiales Canada