Northland Power construit, détient et exploite des infrastructures d’énergie durable au Canada, en Europe et ailleurs dans le monde. Nous produisons de l’électricité à partir de sources renouvelables comme l’énergie éolienne, l’énergie solaire, la biomasse (où les turbines sont alimentées par la vapeur qui se dégage d’une matière organique) et la combustion propre de gaz naturel. Nous cherchons activement à investir dans les technologies et les régions où nous pourrons profiter de l’avantage du pionnier et établir une présence significative. 

Au bout du compte, que vous cherchiez à percer un nouveau marché, à trouver des partenaires sur place, à faire l’acquisition d’une entreprise outre-mer ou, dans notre cas, à établir une centrale électrique à l’étranger, il est capital de faire ses devoirs. Vous avez accès à un monde de possibilités, mais le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle.

Aujourd’hui le Canada, demain le monde

Comme bien des entreprises canadiennes, nous avons vite compris qu’une croissance constante nous amènerait à nous lancer à l’international.   

C’est en exportant que l’on devient exportateur. Mais prenez garde : tous les marchés sont différents. Vous devez faire des recherches exhaustives pour déterminer ceux qui sont faits pour vous.

John Pires  —  chef mondial, Fusions, acquisitions et financement de projets Northland Power

Pour nous, cette expansion a pris la forme de parcs éoliens en mer aux Pays-Bas et en Allemagne, puis de centrales solaires au Mexique, où nous avons établi des bureaux pour surveiller chaque nouveau projet. Nous avons aussi fait nos premiers pas en Asie grâce à un projet éolien au large de Taïwan et à la conclusion d’ententes avec la Corée du Sud et le Japon sur la production d’énergie renouvelable. Enfin, nous avons récemment fait l’acquisition d’un service public réglementé en Colombie. 

C’est en exportant que l’on devient exportateur. Mais prenez garde : tous les marchés sont différents. Vous devez faire des recherches exhaustives pour déterminer ceux qui sont faits pour vous. Une fois que vous aurez réalisé cet exercice une première fois, vous pourrez réutiliser les mêmes principes tout au long de votre expansion. Je vous présente ici les deux plus importants :

1. Constituer un registre des risques

Les risques se présentent sous différentes formes et peuvent entraîner des conséquences très variées selon le secteur. Voici les principaux risques à considérer lors de vos recherches et au moment de l’évaluation des marchés potentiels :

  • risque politique
  • risque financier ou économique
  • risque social
  • risque législatif ou réglementaire
  • risque opérationnel
  • risque environnemental
  • cyberrisque
  • risque lié à la chaîne d’approvisionnement

Comme vous pouvez le voir, il est important d’effectuer une étude de marché rigoureuse avant de se lancer. Vous pourrez ensuite consigner toutes vos découvertes dans un registre, qui vous servira de matrice pour recenser les risques de chaque marché ciblé.

Une fois que vous avez déterminé les risques, vous devez les quantifier. Le risque est-il déjà présent sur le marché? Est-ce qu’il représente une menace à court, moyen ou long terme? Quel est son degré de probabilité, et celui-ci risque-t-il d’augmenter avec le temps? Les conséquences du risque seront-elles de courte durée ou s’étaleront-elles dans le temps? Gardez en tête qu’aucune réponse n’est définitive puisqu’il s’agit toujours de prévisions, mais cet exercice vous aidera à obtenir une vision détaillée du marché. 

Les grandes sociétés ont recours à des algorithmes complexes pour effectuer leurs analyses de risques. Les petites entreprises peuvent parvenir sensiblement au même résultat en utilisant des feuilles de calcul Excel. Voici les étapes à suivre :

  • relever les risques
  • déterminer leur probabilité
  • évaluer votre exposition et les conséquences potentielles
  • élaborer un plan d’action pour y répondre

Cet outil flexible nous a été très utile pour nos activités mondiales, mais il peut l’être tout autant pour les petits détaillants qui cherchent à s’établir aux États-Unis. Assurez-vous simplement de ne pas oublier l’élément le plus important du processus : les rapports périodiques. Les risques changent constamment, alors vous devez rester informés sur les marchés pour évaluer régulièrement les risques et repenser leur probabilité, votre exposition et votre stratégie en conséquence.

2. Démontrer un engagement ferme envers le marché

Si je devais résumer ce à quoi vous devez réfléchir avant de vous lancer, je dirais que vous devez avoir une confiance absolue en la viabilité à long terme du marché ciblé. Cette conviction vous aidera à traverser les épreuves, car il y aura toujours des risques. 

Voici un exemple : en 2016, nous avons acquis une participation majoritaire dans un projet éolien au large de Taïwan, un marché risqué pour plusieurs raisons. Le secteur de l’énergie renouvelable du pays avait encore du chemin à faire, et son développement était plongé dans l’incertitude en raison des controverses de la campagne électorale de 2018. Cela dit, nous avons finalement accepté ce projet après avoir fait nos recherches, car nous étions certains de sa viabilité à long terme et de la fiabilité des indicateurs macroéconomiques sous-jacents. C’est particulièrement important pour une entreprise comme la nôtre, car nos projets demandent d’énormes investissements et doivent ensuite générer de la valeur pour les 20 à 30 prochaines années.

D’après notre expérience, les principaux risques énumérés précédemment pèsent sur tous les marchés, mais dans des proportions différentes. Laissez-moi présenter quelques exemples tirés de notre propre stratégie.

  • Prenez l’Europe par exemple. La construction d’infrastructures à long terme exige une bonne connaissance des risques relatifs aux marchés et à la réglementation. Nous devons toujours étudier attentivement le cadre législatif et le contexte politique pour nous assurer que le projet pourra créer de la valeur à long terme. 
  • Sur les marchés émergents comme ceux de l’Amérique latine, il est payant de bien suivre les fluctuations des taux de change et d’intérêt. Les devises moins négociées sont sujettes à une plus grande volatilité; par conséquent, il est plus difficile de couvrir ce type de risque à long terme et d’obtenir une protection économique. Ces marchés présentent aussi des risques politiques ou réglementaires accrus, ainsi que des risques pour la sécurité dans certaines régions. 
  • Parfois, le risque découle simplement de la différence de fuseaux horaires. En plus des risques réglementaires, politiques et de change, les projets à Taïwan et au Japon sont parfois difficiles en raison de l’important décalage horaire. La gestion des opérations à partir du Canada étant tout simplement impossible, nous avons mis en place des mécanismes de supervision dans chaque pays. Ces équipes réduites disposent de toute l’autorité nécessaire pour être pertinentes, efficaces et, surtout, conformes. 

La confusion culturelle : un risque à l’horizon

Ce dernier point n’est pas un principe de l’évaluation des risques en soi, mais plutôt une importante leçon que nous avons tirée de notre expansion internationale. Autrement dit, si vous ne faites pas les choses correctement, et je veux dire par là comprendre et intégrer les différences culturelles de chaque marché, votre entreprise s’expose à un risque supplémentaire.

Le commerce international peut s’avérer fascinant, car tout le monde fait les choses différemment. Et c’est justement pour cette raison qu’il faut éviter de tirer des conclusions en fonction de vos propres normes culturelles. Le langage corporel, les communications verbales ou écrites et les techniques de négociation peuvent varier de façon imprévisible si vous ne connaissez pas bien la culture. Assurez-vous d’avoir tous les outils nécessaires pour bien comprendre les marchés qui vous intéressent, car vous ne pourrez pas plaider l’ignorance devant un tribunal ou auprès de vos partenaires d’affaires autour du monde.
 

John Pires était l’un des panélistes du webinaire Prendre des risques à l’international, avec Peter Hall en novembre 2019.
 

Veuillez noter que ce billet a été rédigé par un blogueur invité. Les idées et les opinions de l’auteur ne représentent pas nécessairement celles d’EDC.