Après l’eau, les aliments sont notre ressource la plus précieuse. Il est curieux qu’on y prête habituellement peu attention. Pourtant, lorsque l’eau et les aliments se font rares, ils deviennent des ressources inestimables. Aujourd’hui, l’abondance et la disponibilité des aliments rendent leurs prix abordables. C’est vrai au Canada, mais pas partout sur la planète. Par chance, notre pays est particulièrement riche en eau et en denrées alimentaires. Pour l’essentiel de son histoire moderne, le Canada a joué le rôle de « grenier céréalier » du monde. C’est précisément en raison de la richesse de ce secteur essentiel que les économistes s’y intéressaient peu… jusqu’à tout récemment. En effet, une partie de la vaste population des marchés émergents dispose désormais d’un meilleur revenu et demande à accéder à toujours plus d’aliments en provenance du monde développé. Alors, le Canada est-il dans la course?

Les économies développées demeurent les principaux marchés pour les aliments canadiens, bruts ou transformés. Les États-Unis occupent la tête du classement : ils sont la destination de 53 % de nos exportations mondiales, suivis du Japon (7 %) et des huit grands marchés de l’UE (un peu plus de 5 %). Toutefois, en part des exportations agricoles totales, la demande en provenance du monde développé est statique ou déclin. Pour preuve : en 2000, le marché américain représentait près de 60 % de l’ensemble de nos exportations agricoles, et le Japon, 10 %. Est-ce à dire que le Canada perd du terrain sur ces marchés? Pas vraiment. Depuis 15 ans, l’essor annuel vers les marchés développés s’établit en moyenne à 5,1 %. Si on retranche l’inflation, on obtient un taux supérieur à la croissance de la population – ce qui est le signe d’une présence accrue.

Comment expliquer le recul des parts d’exportations? La réponse est simple : l’appétit grandissant des marchés émergents. Sur ces marchés, la croissance annuelle s’est fixée en moyenne à 8,4 %. Résultat : la part des économies émergentes aux exportations agricoles est passée de 22 % du total en 2000 à 31 % en 2016. L’augmentation de la population n’est pas l’unique facteur déterminant derrière cette embellie, étant donné que de vastes régions du monde émergent doivent composer avec une démographie en berne. Il ne fait pas de doute que cette envolée de la croissance est en partie attribuable à plusieurs facteurs : amélioration des technologies de transport et d’entreposage frigorifiques; effet de la mondialisation sur les préférences alimentaires; et taille modeste des obstacles au commerce touchant les denrées alimentaires. Le facteur prédominant est probablement l’accroissement de la richesse. L’essor de la classe moyenne dans les économies émergentes est impressionnant. Au Brésil, cinq millions de personnes rejoindraient chaque année les rangs de la classe moyenne. En Indonésie, ce chiffre serait de sept millions. En Inde, il grimperait à 20 millions et atteindrait les 30 millions par année – un rythme fulgurant qui pourrait, en théorie, être maintenu pendant plus d’une décennie. C’est la Chine qui occupe la première marche du podium. Malgré le déclin de sa population, la Chine devrait voir sa classe moyenne grandir chaque année par l’équivalent de la taille de la population canadienne.

Cette réalité se reflète directement dans le tableau des exportations alimentaires du Canada. Onze des 20 destinations par excellence de nos exportations alimentaires se trouvent sur les marchés émergents. Ce groupe privilégié, collectivement, progresse chaque année de près de 12 %. Les marchés où la croissance est la plus vive réalisent des gains impressionnants pour ce qui est des parts de marché, et ils occupent le haut du classement depuis 16 ans. Malgré tout, pour la plupart de ces marchés, les parts se maintiennent autour de 2 % ou deçà. Le Mexique fait figure d’exception : il représente 2,9 % des exportations agroalimentaires canadiennes. Cependant, comme c’est le cas pour le reste du groupe, la part du marché mexicain n’a pas bougé depuis 2000.

Parmi les clients du Canada dans le monde émergent, la Chine se démarque. Grâce à une croissance annualisée de 15,5 %, la Chine constitue le deuxième marché d’exportation du Canada, à bonne distance du Japon, qui se hisse au troisième rang. La part de la Chine aux exportations totales du secteur agroalimentaire canadien n’est pas moins remarquable, passant de tout juste 3 % en 2000 à 11 % en 2017. Même si d’autres marchés sont porteurs d’une croissance aussi dynamique, la Chine est aujourd’hui l’incontournable marché dont la croissance sera le fait marquant du secteur agroalimentaire mondiale, et ce, pendant des années. La consommation accrue de viande est le principal élément dynamisant cette demande. Au-delà de la disponibilité, la qualité des produits alimentaires compte parmi les atouts indéniables du Canada sur le marché chinois. De plus, la gouvernance de notre système alimentaire joue en faveur du Canada en raison des scandales ayant ébranlé la production alimentaire en Chine et la méfiance de la population locale envers des éléments clés de la chaîne d’approvisionnement du pays. Conséquence : des consommateurs chinois mieux nantis manifestent le désir de se procurer des aliments dont la qualité est garantie. De plus en plus de producteurs canadiens découvrent cet appétit et comptent en tirer parti.

Conclusion?

Le secteur agricole décolle et affiche à nouveau une solide croissance. Même si le gros de l’activité du secteur se concentre sur les marchés traditionnels du Canada et même si l’entrée en vigueur de l’AECG ouvre de nouveaux débouchés en Europe, les marchés émergents sont – et resteront pendant des décennies – des moteurs de la croissance pour tous les segments de la filière agroalimentaire.

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