La technologie transforme notre vie d’innombrables façons. En un peu plus d’un siècle, elle nous a permis de voyager en avion, de nous déplacer en voiture, de communiquer au moyen de réseaux câblés et maintenant sans fil, de traiter des billions de données en quelques nanosecondes au moyen de puces fabriquées à partir de grains de sable – et la liste continue. Il est facile de devenir blasé par la rapidité du changement, mais quiconque ignore cette réalité le fait à ses risques et périls. Si le changement est si radical, il est essentiel de nous demander ce qui nous attend au prochain virage.

La réponse à cette interrogation devrait préoccuper en permanence les entreprises, et si ce n’est pas le cas, ça devrait l’être. La raison en est simple : dans une économie de plus en plus mondialisée et axée sur le numérique, il est primordial de maintenir et même accroître sa capacité concurrentielle. Parmi les multiples transformations en cours, une macrotendance déterminante mérite d’être surveillée. On sait depuis longtemps que les économies traversent diverses étapes de développement : elles reposent d’abord sur des secteurs primaires – notamment la pêche, la chasse, l’agriculture de base et l’exploitation rudimentaire des mines –, puis elles s’appuient sur un secteur manufacturier de plus en plus développé et, finalement, elles deviennent axées sur le secteur des services qui finit par dominer l’activité économique.

Il suffit de regarder du côté des économies développées actuelles pour cerner cette tendance dans le profil récent de leur croissance. Dans les années 1970, l’industrie manufacturière représentait le quart de l’économie américaine. Aujourd’hui, cette industrie contribue à tout juste 12 % du PIB, alors que durant le même intervalle l’apport du secteur privé des services à l’économie est passé de 53 % à 69 %. Cette dynamique ne se limite pas aux États-Unis. Durant cette même période, les données des Nations Unies révèlent la même évolution du secteur des services au Royaume-Uni, au Japon, en Italie, en Espagne et dans un important groupe d’autres pays de l’OCDE. On retrouve cette même tendance au Canada où la contribution du secteur des services à la production globale a progressé de manière plus ou moins constante pour atteindre 71 % durant ce même intervalle.

Malgré cette formidable transformation, le commerce extérieur est demeuré dominé par le mouvement des biens primaires et manufacturés pour l’essentiel de cet intervalle. Nous continuons de penser qu’un produit d’exportation doit être un bien matériel, et dans le cas contraire, nous le considérons surtout comme une activité se limitant à l’économie intérieure. Bien sûr, certains services comportent un volet de commerce international, comme le tourisme et le transport et, dans une certaine mesure, les activités financières. Mais, de façon générale, beaucoup considèrent toujours ces services comme des activités limitées et restreintes à une région.

La technologie pourrait changer cette perception. En s’appuyant sur l’explosion récente des capacités dans les domaines de l’informatique et des communications, les médecins peuvent désormais faire à distance une opération complexe à l’aide d’appareils d’imagerie à haute définition et d’appareils robotiques très évolués. Le secteur financier ne dort jamais; le secteur des exportations pourrait lui aussi être en activité quasi-permanente grâce à des services exportés par voie numérique dans des régions du monde où le jour est déjà levé. La mondialisation a intensifié les déplacements internationaux. On pourrait désormais envisager d’exporter le service typiquement restreint à une région : la coupe de cheveux. Un styliste renommé pourrait donc réaliser une coupe de cheveux pour un riche client se trouvant aux antipodes grâce à la technologie qu’utilisent les chirurgiens opérant à distance.

Les données illustrent cette tendance. La technologie permet aux services d’accroître leur contribution au commerce dans une économie après l’autre. Aux États-Unis, les services représentent maintenant 34 % des exportations, contre à peine 17 % en 1980. Une tendance semblable se dessine au Royaume-Uni et de façon un peu moins marquée au Japon, où les services comptent pour 20 % des exportations, soit une hausse de 12 points de pourcentage au cours du même intervalle. Même l’Allemagne, résolument tournée vers le secteur manufacturier, a vu ses exportations de services grimper de 13 % à 17 % du total des exportations depuis 1991. Quelques économies échappent à cette tendance récente, mais l’omniprésence de la technologie amène les entreprises de partout dans le monde à emboîter le pas.

Est-ce que cette tendance se maintiendra? C’est une quasi-certitude, à moins que l’évolution technologique ne fasse marche arrière. Grâce à l’avènement de la robotique, de l’impression 3D, du déplacement des centres de la demande, de la mondialisation et d’autres éléments du même genre, il est évident qu’avec le temps les idées circuleront plus facilement et la notion de territoire géographique sera moins importante pour la conduite du commerce international. Le mouvement vers des opérations de logiciel en tant que service permet de penser que le commerce des services aura une portée supérieure. Ils ne deviendront sans doute pas aussi dominants dans le commerce que dans les macroéconomies, mais ils continueront de tester les limites du commerce au cours des prochaines années et décennies.

Conclusion?

Les services occuperont une place de plus en plus prépondérante dans les flux commerciaux à l’échelle mondiale. Voilà pourquoi nous devons mieux évaluer le commerce des services, encourager la participation à cette forme de commerce, formuler des politiques qui favorisent son développement et en faciliter les flux. Cette vague continuera de gagner en force.

 

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