Du jour au lendemain, tout le monde parle de la croissance comme si elle était inattendue – ce qui est surprenant et même bouleversant. Beaucoup d’analystes, sans doute engourdis par une économie sous-performante, ont été pris au dépourvu par cette embellie. D’ailleurs, plusieurs se demandent ouvertement si nous pouvons accueillir toute cette croissance. Le secteur mondial du transport maritime réussit-il à gérer la situation?

Survol du secteur mondial du transport maritime

Le secteur s’est posé la même question en 2004. À l’époque, un sursaut de la croissance, après une expansion mondiale déjà prolongée, avait poussé le secteur aux limites de sa capacité. Les ports ne pouvaient gérer tout ce trafic, alors même qu’une capacité de transport par navire très serrée avait fait monter en flèche les taux de location. Même si le problème était plus aigu aux États-Unis, les effets ont été ressentis à l’échelle planétaire. La crise a entraîné des actions sur de nombreux fronts, et quand la récession a frappé, le secteur du transport maritime mondial a dû composer avec un excédent de capacité.

Le secteur a mis du temps pour se redresser, mais il avance aujourd’hui à toute vapeur. D’après certains indicateurs, 2017 a été la meilleure année depuis la grande récession et le faux départ du nouveau cycle en 2010. Le transport par conteneur a de loin affiché sa meilleure performance en six ans, grâce à un remarquable bond de 6,4 %. Depuis cinq ans, sa croissance annuelle s’est fixée en moyenne à tout juste 2,3 %.

Quel est le moteur de la croissance du secteur?

À quoi doit-on cette embellie? L’activité des ports réputés pour leur rôle de baromètre était nettement en hausse l’an dernier. Depuis deux ans, le nombre de navires transitant par le port de Singapour a augmenté, et l’activité a été très dynamique jusqu’à la fin de 2017. Aucune catégorie précise n’est à l’origine de cet élan, qui semble généralisé à l’ensemble du transport de marchandises diverses, de marchandises en vrac, de produits pétroliers et non pétroliers, et aussi de conteneurs.

À cet égard, la performance de la Chine retient l’attention. Après cinq ans en dents de scie, les expéditions de fret à ShanghaÏ ont inscrit une hausse décisive de 9,1 % en 2017. Il en va de même de la capacité des porte-conteneurs dans ce port, qui a grimpé de 8,4 %, soit de loin la performance la plus éclatante pour ce port depuis 2011. Cela nous amène à penser que non seulement la croissance mondiale se propage jusqu’aux rives de la Chine, mais aussi que les importants excédents de l’Empire du Milieu sont en voie d’être absorbés.

Une activité portuaire en hausse aux États-Unis

L’activité dans ces ports et d’autres ayant des liaisons avec d’autres ports de la planète ne pourrait être relancée sans un sursaut correspondant de l’activité sur les marchés développés. Le marché américain nous en offre un parfait exemple. L’activité est en augmentation dans les ports les plus importants du pays : Los Angeles a enregistré une forte croissance pour une deuxième année consécutive, confirmant cette tendance pour 2018. Son port jumeau de Long Beach peine a regagné son pic d’avant, mais la tendance ascendante qui se dessine depuis la fin 2016 l’a poussé au-delà de cette marque l’an dernier, un dynamisme qui annonce une belle performance en 2018. Sur la côte atlantique, l’important port de l’État de New York et du New Jersey a enregistré sa plus solide croissance depuis 2010, et la tendance pour 2018 est très prometteuse.

Il est difficile de déterminer l’évolution de l’activité des principaux ports en Europe vu le décalage des données européennes. Cependant, l’accélération actuelle de la croissance dans la zone euro, conjuguée à l’activité dans d’autres grands ports, nous porte fermement à croire que l’Europe est dans le coup.

Le secteur peut-il accueillir toute cette croissance?

Est-ce à dire que nous nous précipitons pêle-mêle dans une situation semblable à celle de 2004? Un examen peu attentif des récentes données pourrait nous inciter à la panique. Les taux pour les navires-vraquiers de l’Indice Baltic Dry auraient grimpé à l’incroyable rythme de 70 % l’an dernier. Ce taux est saisissant, ce qui contraste avec le niveau de l’indice : il se situe environ à la moitié du niveau atteint immédiatement après la récession, et avoisinerait les sommets de 2004 et 2007-2008.

Parallèlement, l’indice Harpex des prix pour les porte-conteneurs dresse le même portrait : récemment, les prix ont plus que doublé, mais si on fait abstraction de l’effondrement des prix en 2015, les taux actuels sont parmi les plus bas depuis dix ans. Globalement, le prix des expéditions permet de croire que les énormes ajouts de capacité qui ont progressivement gagné le marché au début de la grande récession font plus que répondre à la croissance actuelle. À en juger par les présentes capacités d’expédition, c’est un élément de la chaîne de logistique qui ne suscitera aucune inquiétude pendant des années.

Conclusion?

Les statistiques du transport maritime mondial illustrent à merveille l’embellie de l’économie mondiale. Les cyniques qui sont persuadés que l’élan mondial se brisera devraient jeter un second regard à la capacité industrielle excédentaire, et se raviser au sujet de la capacité de l’économie mondiale à poursuivre sur sa nouvelle lancée.

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