Cours énergétiques et tarifs : incidences sur l’économie mondiale
Le deuxième trimestre de 2026 a été marqué par la guerre en Iran. Le blocage du détroit d’Ormouz a mis à l’arrêt environ un cinquième du commerce énergétique mondial, avec comme résultats une inflation galopante, des tensions inflationnistes ravivées et de nouvelles inquiétudes quant à la croissance mondiale. Par chance, l’économie mondiale a de nouveau fait montre d’une remarquable résilience.
Malgré l’optimisme périodique des marchés des capitaux, les Services économiques d’EDC révèlent dans leur édition de l’été 2026 des Perspectives économiques mondiales que le retour aux niveaux d’avant la guerre ne se ferait pas avant 2027. À ce tableau s’ajoute la publication en mai des rapports de l’Agence internationale de l’énergie faisant état de stocks mondiaux historiquement bas et de pénuries en aval du côté des raffineries. Ces déconvenues donnent à penser que les difficultés persistantes liées à l’approvisionnement et la volatilité énergétique ne se dissiperont pas dans l’immédiat. Voilà qui est annonciateur pour bon nombre d’exportateurs d’une conjoncture plus difficile qu’anticipée en début d’année.
La montée des cours de l’énergie se répercute sur la croissance mondiale
Au moment de la publication de l’édition d’été de nos Perspectives, le 10 juin, nous tablions sur des cours mondiaux de l’énergie restant supérieurs à ceux d’avant le conflit jusqu’à la fin de l’année, le cours du pétrole brut West Texas Intermediate (WTI) devant atteindre en moyenne environ 96 dollars américains le baril en 2026 et près de 84 dollars américains le baril en 2027. Même si la moyenne pour l’année sera sans doute modérée par l’optimisme entourant le premier cycle de négociations de juin entre les États-Unis et l’Iran, l’incertitude tenace et les efforts déployés pour reconstituer les stocks épuisés maintiendront les cours élevés.
Au-delà des incertitudes liées à la guerre, l’économie mondiale doit toujours braver de nouvelles menaces tarifaires, ce qui complique le travail des prévisionnistes. Rappelons qu’en juin dernier le gouvernement américain a annoncé des tarifs de 12,5 % sur les importations en provenance de la plupart des pays, ou encore de 10 % sur les importations canadiennes et mexicaines ne respectant pas les dispositions de l’Accord Canada–États-Unis – Mexique (ACEUM). Par la suite, à la fin juillet, l’administration américaine a menacé d’imposer des droits de douane supplémentaires – devant entrer en vigueur à la fin d’août – visant un segment des importations canadiennes, sans exemptions.
En raison de son statut d’exportateur net d’énergie, les États-Unis sont mieux prédisposés pour absorber ces chocs. Alors que l’inflation corrigée des salaires a diminué, et même frôlé la contraction, l’embauche a repris du mieux au dernier trimestre. Cette dynamique continue de donner un élan au consommateur américain, dont la morosité demeure à des niveaux historiques. Soulignons que les dépenses d’infrastructure liées aux centres de données et les dépenses d’investissement sont un baume pour l’investissement des entreprises. Dans l’ensemble, la croissance de l’économie étatsunienne s’élèverait à 2 % en 2026 et à 2,1 % en 2027.
Tout comme dans d’autres pays, le coût élevé des carburants a fait grimper les prix pour les producteurs et les consommateurs américains, situation qui complique le travail d’anticipation de la Réserve fédérale américaine (Fed), sous la gouverne de son nouveau président, Kevin Warsh. Les premières attentes d’une baisse des taux d’intérêt ont changé, si bien que l’on escompte désormais que la Fed relèvera de 25 points de base ses taux d’ici la fin de l’année. La détente de l’inflation prévue au second semestre de 2027 inciterait la Fed à de nouveau adopter une posture accommodante, ce qui augmenterait la probabilité de futures diminutions des taux.
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Les perspectives pour le Canada restent plus modérées. Malgré une légère contraction dans le premier trimestre de l’exercice, nous prévoyons que l’économie du Canada inscrira une croissance de 1 % en 2026, puis de 2,1 % en 2027. L’incertitude commerciale, l’exposition aux droits de douane et l’investissement commercial en berne continuent de peser sur l’activité. Au vu de ce contexte, le consommateur reste prudent, et les récentes modifications apportées à la politique d’immigration ont effacé les retombées positives d’une croissance démographique historiquement élevée.
S’il est vrai que l’ascension des cours pétroliers mondiaux est une manne pour les provinces productrices et pour les gouvernements – sous la forme de recettes publiques –, il reste que l’envolée des coûts énergétiques pénalise le pouvoir d’achat et l’activité dans d’autres secteurs. À la lumière de cette conjoncture, nous prévoyons que l’inflation se situera en moyenne 2,9 % en 2026, avant de glisser à 2,3 % en 2027. Il y a fort à parier que la Banque du Canada s’efforcera de concilier une croissance moins vigoureuse et des tensions inflationnistes tenaces en maintenant sa politique monétaire pendant une bonne partie de 2026 et de 2027. Par rapport au billet vert, le huard devrait ainsi s’échanger en moyenne à environ 73 cents jusqu’à la fin de l’horizon prévisionnel, avec en toile de fond de possibles épisodes de volatilité.
Pour sa part, la zone euro se voit accoler des perspectives à court terme parmi les moins favorables des économies avancées en raison de sa sensibilité aux cours élevés de l’énergie et à une demande extérieure poussive. Nos prévisions de croissance pour la zone se fixent à tout juste 0,8 % en 2026 et 1,3 % en 2027.
On s’attend à ce que la tenue de l'économie allemande soit décevante, avec une croissance de 0,6 % cette année et de 1,1 % l’an prochain, soutenue de plus en plus par les dépenses publiques dans l’infrastructure et la défense. La morosité, la mollesse de la demande extérieure et la montée des coûts énergétiques continueront de tempérer l’élan du secteur privé. S’agissant de la France, nous prévoyons pour l’économie de l’Hexagone un essor de 0,6 % en 2026 et de seulement 0,9 % en 2027. Les dépenses des ménages et l’investissement des entreprises restent faibles, minées par les tensions inflationnistes et l’incertitude persistante planant sur la sphère politique à l’approche des élections présidentielles de 2027.
Chine : les exportations toujours essentielles à la bonne tenue de l’économie
Quant à l’économie chinoise, elle continue de pâtir d'une demande intérieure poussive et de tensions commerciales tenaces, alors même que le secteur des exportations continue d’éperonner la croissance globale. Selon nous, la croissance du produit intérieur brut (PIB) demeurera dans la fourchette cible plus souple et légèrement inférieure fixée par le gouvernement chinois à 4,7 % cette année. En 2027, la croissance devrait se ralentir à 4,4 %, mais demeurer robuste par rapport aux normes mondiales, et s’orienter vers une trajectoire plus modeste et plus durable. Le pays a géré la crise du détroit d’Ormouz en réduisant ses importations plutôt qu’en puisant dans ses réserves intérieures, ce qui a aidé les entreprises à maintenir la production pour les exportateurs et tempéré la demande sur les approvisionnements mondiaux.
La guerre en Iran a fait bondir le cours des matières premières, à l’exception de celui de l’or. Après s’être hissé à plusieurs reprises à des sommets inédits en 2024 et en 2025, le cours aurifère a entamé un épisode de consolidation porté par la prise de bénéfices, des attentes à la baisse des taux et d’une pause de la demande pour cette valeur refuge, dans un contexte de stabilisation des conditions macroéconomiques. D’après nous, le cours de l’or restera élevé par rapport aux normes historiques, s’échangeant en moyenne à 4 574 dollars américains l’once en 2026, puis à 4 700 dollars américains en 2027. Sa lancée stratosphérique semble terminée, du moins pour le moment.
Conclusion : ce qui se profile à l’horizon pour les exportateurs, selon nos dernières perspectives économiques
L'économie mondiale doit de nouveau encaisser un choc de taille, et même sa résilience semble mise à l’épreuve. La perturbation de l’activité dans le détroit d’Ormouz a fait flamber les cours de l’énergie, ravivé les tensions inflationnistes et jeté un voile sur l’évolution des politiques, alors même que la menace tarifaire continue de brouiller l’horizon commercial.
Selon nous, la croissance reculera à 2,8 % en 2026, l’essor des marchés développés se limitant à tout juste 1,5 % et celui des marchés en développement s’établissant à 3.7 %. L’an prochain, aucun nouveau choc ne devrait faire dérailler les progrès réalisés, si bien que l’économie mondiale devrait peu à peu retrouver de son allant. Nous tablons donc sur une relance de la croissance mondiale, qui se fixera à 3,2 %. Les marchés en développement renoueront avec le rythme de croissance d’après la pandémie, soit d’autour de 4,3 %, alors que les marchés développés réaliseront une croissance de 1,7 %.
Nous tenons à remercier chaleureusement Ross Prusakowski, économiste en chef adjoint et directeur de l’Équipe des renseignements sur les secteurs et les pays, pour sa contribution à la présente édition.
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