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Stuart Burgman

Comment le Canada peut tirer plus de valeur de ses innovations

Le dernier coup de sifflet a retenti à la Coupe du Monde de la FIFA, mais on ne l’oublie pas pour autant. Selon Brand Finance, la marque FIFA vaut plus de 5,2 milliards de dollars américains. Cette valeur provient non seulement de la vente de billets, de l’hébergement et du trophée lui-même, mais aussi des marques de commerce, des droits de diffusion, des commandites, des contrats de licence et, bien sûr, de l’une des marques les plus connues au monde. Une preuve éloquente que certains des actifs qui ont le plus de valeur aujourd’hui ne sont pas nécessairement palpables.

Pourquoi l’économie de l’ « intangible » est déterminante pour l’avenir du Canada

Pendant la majeure partie du vingtième siècle, la réussite économique était axée sur des actifs physiques comme des usines, de la machinerie et des ressources naturelles. Aujourd’hui, la valeur est de plus en plus créée par l’entremise de logiciels, de brevets, de marques, de données, de recherche et développement (R-D) et de savoir-faire organisationnel.

Contrairement aux actifs physiques, les actifs intangibles peuvent être adaptés plus facilement et dans plus de marchés, métamorphosant ainsi la façon dont les sociétés rivalisent. La question centrale n’est pas « où les produits sont-ils faits », mais bien « qui profite des idées qui y sont intégrées ».

Comment la propriété intellectuelle favorise la croissance, les exportations et la rentabilité

La propriété intellectuelle (PI) est l’une des plus importantes formes de capital intangible. Les brevets, les marques de commerce, les droits d’auteur, les dessins industriels et les secrets commerciaux aident les entreprises à protéger leurs innovations et à en tirer des gains économiques.

La recherche indique que les actifs intangibles comptent pour quelque 27 % de la valeur économique générée dans les chaînes de valeur mondiales du secteur de la fabrication. Une hausse de 10 % des actifs intangibles a été associée à des marges de profit supérieures d’environ 3 %, alors qu’on estime que les actifs intangibles ont contribué à hauteur de 22 % à la croissance de la productivité du Canada depuis 2000.

Les actifs intangibles sont aussi étroitement liés aux exportations. Selon Statistique Canada et l’Office de la propriété intellectuelle du Canada (OPIC), les PME canadiennes qui détiennent la propriété intellectuelle d’un produit ou service sont trois fois plus susceptibles de prendre de l’expansion au pays et quatre fois plus susceptibles de se lancer à l’international.

Le défi du Canada en matière d’innovation : transformer des idées en valeur économique

Le Canada est bien placé pour réussir dans une économie de plus en plus axée sur les actifs intangibles. Le pays bénéficie d’excellentes universités, d’institutions de recherche et d’une main-d’œuvre hautement instruite. Le Canada a conçu des innovations qui changent le monde, de l’insuline jusqu’à l’intelligence artificielle. Pourtant, il est confronté à ce que de nombreux économistes appellent un paradoxe d’innovation. Même si le Canada se classe relativement bien sur le plan de l’innovation, nous pouvons en faire plus pour que ces atouts engendrent des hausses de la productivité, des exportations et des gains économiques durables ici même au pays. Selon une étude menée par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), le Canada se classe au 13e rang mondial quant à la création d’innovations, mais au 20e rang pour ce qui est de convertir ces innovations en activité économique.

L’écart est visible selon plusieurs indicateurs. Au cours des dix dernières années, le Canada a accumulé un déficit commercial de propriété intellectuelle estimé à 71 milliards de dollars canadiens, ce qui signifie que les Canadiens paient beaucoup plus pour l'utilisation de propriété intellectuelle étrangère qu'ils ne tirent de revenus de la vente de leur propre propriété intellectuelle à l'étranger. L’investissement des entreprises en R-D continue également à être à la traîne par rapport aux pays comparables, ce qui contribue à un écart de financement cumulatif estimé à quelque 203 milliards de dollars comparativement à la moyenne établie par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Une partie de la R-D est effectuée par des multinationales étrangères qui ramènent la PI dans leur pays. Par conséquent, le Canada produit des idées novatrices, mais, trop souvent, le rendement économique qui en découle est engrangé ailleurs.

Les dépenses canadiennes des entreprises en R-D, comparativement à la moyenne de l’OCDE

Source : Données de l’OCDE.

L’un des principaux défis à relever concernant les actifs intangibles est qu’ils sont invisibles, difficiles à évaluer et souvent absents des relevés financiers traditionnels. Il est donc difficile pour les entreprises d’obtenir des prêts adossés à ces actifs. Pour remédier à cette situation, il faudra une coordination soutenue entre le secteur privé, le gouvernement et les institutions financières.

En conclusion : le Canada doit commercialiser ses innovations et les développer à grande échelle

Le Canada doit commercialiser ses idées, les développer à grande échelle et mieux en conserver les retombées au pays. Une élaboration plus précoce de stratégies de propriété intellectuelle, des conseils spécialisés, des évaluations de la valeur de leur PI et une offre plus vaste de financements adossés à la PI aideraient les sociétés novatrices à protéger leurs innovations, à obtenir des capitaux et à conquérir les marchés mondiaux.

Nombre de ces thèmes sont explorés dans le plus récent livre blanc des Services économiques d’EDC, Des ressources à la résilience : le Canada peut tirer plus de valeur du commerce, qui souligne six priorités pour renforcer la capacité concurrentielle du Canada à long terme.

Dans l’économie de l’intangible, il faut plus que de trouver la prochaine idée de génie pour gagner la partie : il faut aussi savoir conserver la valeur économique qu’elle génère.

Nous tenons à remercier chaleureusement Hassan Goreja, économiste principal, et Adam Hasham Parwana, associé débutant, des Services économiques d’EDC.

N’oubliez pas que votre avis est très important pour les Services économiques d’EDC. Si vous avez des idées de sujets à nous proposer, n’hésitez pas à nous les communiquer à l’adresse economics@edc.ca et nous ferons de notre mieux pour les traiter dans une édition future.

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Date de modification : 2026-09-24